Monsieur le député, vice-président du conseil régional,
Nous avons récemment appris que M. Queyranne, président du conseil régional de Rhône-Alpes et député, a posé la première pierre du Centre de la mémoire arménienne à Décines-Charpieu, ville dont la Maison de la culture arménienne (MCA) se trouvait, paraît-il, à l’étroit. M. Queyranne cautionnait ainsi — sans le savoir, du moins voulons-nous l’espérer — la glorification des « cinq de Lisbonne », cinq terroristes kamikazes (ils ont tué un policier portugais, puis la femme du chargé d’affaires turc à Lisbonne et se sont fait exploser dans l’ambassade) auxquels une plaque rend hommage, depuis juillet 2008, dans l’enceinte de la MCA de Décines-Charpieu. Nous avions attiré votre attention sur ce faits, en particulier lors de la fête de la Rose à Saint-Chamond. Nous regrettons le manque de curiosité de M. Queyranne, les cérémonies de juillet 2008 en l’honneur des « cinq de Lisbonne » ayant fait l’objet d’annonces publiques, et se plaçant dans la continuité, entre autres, de la manifestation de la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA, qui contrôle les MCA) en 1982, devant le consulat des États-Unis à Lyon, en soutien à l’assassin Hampig Sassounian, membre de la FRA, qui purge depuis vingt-neuf ans une peine de prison à perpétuité, pour avoir tué le consul général de Turquie à Los Angeles. M. Queyranne ne savait pas non plus, sans doute, que les jeunes de la FRA Nor Seround de Décines-Charpieu sont regroupés dans une section qui porte le nom de Drastamat Kanayan, alias Dro, commandant du 812e régiment arménien de la Wermacht pendant la Seconde Guerre mondiale, exfiltré aux États-Unis en 1945.
Indépendamment même du type d’associations qui sont appelées à contrôler le futur Centre de la mémoire arménienne de Décines-Charpieu, et de leur positionnement politique (très loin à la droite du Front national), les subventions publiques massives qui servent à financer la construction de cet établissement posent plusieurs questions.
175 000 Turcs et Franco-Turcs habitent dans la région Rhône-Alpes, sans compter les enfants d’immigrés qui n’ont que la citoyenneté française. De nombreuses personnes originaires de Turquie participent, de façon substantielle, au développement économique de Rhône-Alpes, notamment dans les secteurs du bâtiment et travaux publics. Ils payent des impôts et des cotisations sociales, comme tous les résidents et citoyens français. Les exportations de Rhône-Alpes vers la Turquie se sont élevées, en 2009, à plus de huit cents millions d’euros, plaçant la Turquie au neuvième rang des clients de la région, et Rhône-Alpes au premier rang des régions françaises vers la Turquie. La croissance du PIB turc a dépassé les 10 % en 2010, et devrait s’élever à 4,1 % en 2011, selon la Banque mondiale. Au moins vingt-trois entreprises rhônalpines sont implantées en Turquie. Inversement, le commerce extérieur avec l’Arménie est négligeable : quelques centaines de milliers d’euros. De façon significative, Entreprise Rhône-Alpes International (ERAI) a un bureau à Istanbul, depuis 2006, mais n’en a pas à Erevan.
— Comment se fait-il, par conséquent, qu’aucune association franco-turque ne reçoive de subventions du conseil régional de Rhône-Alpes — une illustration parmi tant d’autres du désintérêt des pouvoirs publics pour la Turquie et les personnes originaires de ce pays ?
— Comment se fait-il, à l’inverse, que l’argent public soit distribué si libéralement à des associations arméniennes, y compris pour des projets en Arménie, malgré le degré très élevé de corruption et d’opacité qui existe là-bas (http://www.armenews.com/article.php3?id_article=64922), et empêche de savoir, selon les propres déclarations de M. Kizirian, maire de Saint-Chamond, si l’argent versé parvient effectivement aux destinataires prévus ? La région Rhône-Alpes et les collectivités ne sont pas seules dans ce cas : le conseil général des Hauts-de-Seine vient d’attribuer 500 000 euros pour le développement de l’agriculture en Arménie, sans se donner les moyens de vérifier l’utilisation finale de ces fonds.
— Pourquoi est-il si urgent de subventionner un Centre de la mémoire arménienne (pas même franco-arménienne), c’est-à-dire une institution spécialisée dans l’instrumentalisation politique, communautariste et diviseuse de l’histoire, alors que la France, pays le plus touché, avec la Turquie, par le terrorisme arménien des années 1970 et 1980, n’a jamais jugé nécessaire de rendre hommage à ces victimes-là, notamment les deux personnes tuées par l’ASALA au consulat général de Lyon, le 5 août 1980 — un attentat qui n’aurait probablement pas pu avoir lieu si une protection policière suffisante avait été fournie à temps, et dont les auteurs n’ont jamais été arrêtés ?
Nous lirons vos réponses avec le plus grand intérêt.
Veuillez recevoir, d’ici là, nos respectueuses salutations,
Yakup Kus, président de Confluence France-Turquie (CFT).
Maxime Gauin, vice-président de CFT.










