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Loi de censure arménienne : le sénateur cantalien qui a surpris Sarkozy

mardi 6 mars 2012 | par Hakan


Comment le sénateur cantalien Jacques Mézard, président du groupe radical, a réussi à faire mordre la poussière au gouvernement et à éviter à la France une grave crise avec la Turquie.

" On y va ! " Ce 31 janvier, Jacques Mézard tient à se rendre personnellement au Conseil constitutionnel. Le sénateur radical a réussi. Il dispose des soixante signatures nécessaires pour demander l’annulation de la loi punissant la négation du génocide arménien.

En coulisse, la bataille des signatures a été aussi rude que discrète. Certains parlementaires ont fait l’objet de pressions de l’Elysée mais aussi du PS, à l’origine huit mois plus tôt d’une proposition de loi similaire.

Grande première dans l’histoire du Sénat, ces signatures – au nombre de 82 –, émanent de l’ensemble des groupes politiques. Les quinze élus du groupe RDSE que Jacques Mézard préside le suivent dans cette bataille " pour la liberté d’expression ". Tout comme une majorité des membres de la commission des lois opposée au texte. L’ancien président UMP du Sénat, Christian Poncelet, ou l’ex-responsable communiste Robert Hue rallient sa position.

Sur le terrain, d’autres préoccupations surgissent. La Fédération nationale bovine contacte les parlementaires. L’enjeu économique est de taille. Les exportations bovines françaises vers la Turquie représentent un marché de 1,2 milliard d’euros par an. C’est ce débouché qui a permis la remontée des prix.

Ce 31 janvier, le simple dépôt du recours a pour conséquence la suspension des sanctions économiques. L’affaire fait la une en Turquie. " Cela a créé beaucoup d’espoir et de joie, notamment dans la classe politique qui a unanimement remercié la France ", observe le journal Turquie aujourd’hui. Pour certains membres du gouvernement d’Ankara, Jacques Mézard " a sauvé les valeurs " de la France.

L’intéressé multiplie les interviews dans les médias turcs. Il est l’invité du 13-Heures. Sans concessions, il répète : " Cette affaire est une folie. Je n’ai rien contre les Arméniens, je ne conteste pas l’existence du génocide mais ce n’est pas au Parlement d’écrire l’histoire. Il ne peut pas voter une loi qui punit ceux qui la contestent. "

Dans les couloirs du Palais du Luxembourg, il s’en prend à Nicolas Sarkozy qui " cherche à monter les communautés les unes contre les autres pour des raisons purement électoralistes ".

Mardi dernier, lorsque le Conseil constitutionnel censure la loi, les représentants des éleveurs disent leur soulagement. Un responsable d’Airbus appelle personnellement Jacques Mézard pour le remercier d’avoir évité un éventuel boycott.

Radios et télés turques se précipitent à nouveau dans son bureau du Sénat. En France, l’élu cantalien ne fait l’objet que de rares citations. Nul n’est prophète en son pays…

Richard [email protected]

Source : La Montagne



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