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lundi 23 mai 2022

L’Arménie suspend la ratification d’accords historiques avec la Turquie

Publié le | par Hakan |

L'Arménie suspend la ratification d'accords historiques avec la Turquie

La coalition au pouvoir en Arménie a annoncé jeudi le gel de la ratification d’accords historiques avec la Turquie, alors que les deux pays s’accusent depuis des mois de vouloir poser des conditions préalables à leur processus de réconciliation, après un siècle d’hostilité. Cette décision réduit à néant le mince espoir qu’il restait de voir avancer rapidement le rapprochement arméno-turc après des mois de temporisation, selon des analystes.

Les trois partis formant la majorité au Parlement arménien ont indiqué que "la partie turque refusait de ratifier les protocoles sans poser des conditions préalables et dans un délai raisonnable". En conséquence, "nous pensons qu’il est nécessaire de stopper ce processus", ont-ils précisé dans un communiqué, soulignant que cette question serait retirée de l’ordre du jour de l’Assemblée arménienne "jusqu’à ce que la Turquie soit prête à poursuivre le processus sans conditions préalables".

Dialogue de sourds

Les partis arméniens reprochent à la Turquie de vouloir lier les efforts de réconciliation au conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan voisin sur le Nagorny-Karabakh, territoire azerbaïdjanais peuplé majoritairement d’Arméniens. La récente déclaration du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, selon laquelle la partie turque "continue de lier le processus de ratification des protocoles turco-arméniens avec le processus de règlement du conflit" au Nagorny-Karabakh est "inacceptable", selon le communiqué des trois partis (républicain, Arménie prospère et Pays de la loi). Le président arménien, Serge Sarkissian, devait prononcer jeudi une déclaration à la nation au sujet des relations avec la Turquie. A Ankara, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a indiqué que la Turquie "étudiait le contenu de cette déclaration (arménienne) et sa signification".

La Turquie et l’Arménie, divisées sur la question des massacres d’Arméniens sous l’empire ottoman (1915-1917), ont signé du bout des lèvres en octobre dernier deux protocoles historiques prévoyant des relations diplomatiques et la réouverture de leur frontière commune. Mais depuis, la ratification des protocoles par leurs parlements traîne en longueur en raison des différends sur les massacres d’Arméniens - considérés par Erevan comme un génocide, un terme que rejette résolument Ankara - et du contentieux sur le Nagorny-Karabakh. Serge Sarkissian l’a répété au Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, le 12 avril à Washington, soulignant que l’Arménie n’accepterait pas que le processus de normalisation des relations entre les deux pays dépende de "conditions préalables", tel un lien avec le conflit au Nagorny-Karabakh.

De son côté, la Turquie reproche à l’Arménie de remettre sur la table la question des massacres d’Arméniens par les Ottomans-turcs, pendant la Première guerre mondiale. La décision arménienne annoncée jeudi constitue un "grand pas en arrière dans le processus (de normalisation) et je ne suis pas sûr qu’il puisse être poursuivi sous sa forme actuelle", a estimé l’analyste politique Gevorg Pogossian, installé à Erevan, qualifiant cette annonce de "tout à fait inattendue". Elle intervient deux jours avant qu’Erevan ne célèbre le 95e anniversaire des massacres sous l’empire ottoman, durant la Première guerre mondiale. La réconciliation entre les deux pays est vivement encouragée par Washington et l’Union européenne. Elle favoriserait le développement économique de l’Arménie, avec l’ouverture de la frontière, et serait un atout diplomatique pour la candidature d’Ankara à l’UE.

Source AFP

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