dimanche 4 décembre 2022

Décès de Jean-Paul ROUX : hommage à l’un des pères de la turcologie française

Jean-Paul Roux, spécialiste de la Turquie et des arts de l’islam

Publié le | par TN-pige | Nombre de visite : 1294 |
Décès de Jean-Paul ROUX : hommage à l'un des pères de la turcologie française

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Spécialiste en turcologie, Jean-Paul Roux est mort, à Saint Germain-en-Laye (Yvelines), le lundi 29 juin. Il était âgé de 84 ans. Il a consacré son oeuvre à faire connaître, dans le monde érudit comme dans le grand public, l’histoire et la mythologie des peuples turcs et mongols, sans cesser d’élargir, tout au long de sa vie, le champ de ses travaux.

Né à Paris le 5 janvier 1925, il s’était tourné vers la recherche après avoir étudié à l’Ecole des langues orientales et à l’Ecole pratique des hautes études. Il entre à 27 ans au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), où il accède rapidement au rang de directeur de recherche (1957). Sa thèse d’Etat, consacrée aux Faune et flore sacrées dans les sociétés altaïques, est publiée en 1966.

Dès 1953, pour le 500e anniversaire de la prise de Constantinople, il se faisait remarquer tant par le monde scientifique que par les autorités turques par son livre La Turquie (Payot). A partir de cette date, avec une fécondité exceptionnelle, il accumule publications, missions, conférences, entretiens et voyages, avide de faire partager ses connaissances auprès d’un public séduit par son ton chaleureux et son savoir accessible à tous.

Il alterne les analyses spécialisées (notamment Etude d’iconographie islamique) et les fresques historiques consacrées à l’Asie turco-mongole (Histoire des Turcs, Histoire de l’empire mongol, L’Asie centrale, Histoire de l’Iran et des Iraniens...). Il s’attache à souligner le rôle historique, à la fois passionnant et déterminant, de grands personnages qui demeuraient en France largement méconnus (tels Tamerlan ou Babur).

Nommé professeur à l’Ecole du Louvre en 1965 sur proposition d’André Malraux, il y enseigne pendant vingt-six ans les arts de l’islam. A ce titre, il est chargé d’organiser sur ce thème deux grandes expositions, d’abord à l’Orangerie des Tuileries (1971), puis au Grand Palais (1977).

RESPECTUEUX DE L’AUTRE


Ces manifestations ont eu pour effet de réveiller l’intérêt pour la culture islamique ; elles aboutissent, avec la persévérance de la responsable des collections, Marthe Bernus-Taylor, à la création, en 2003, au sein du Musée du Louvre, du département des arts de l’islam.

Dans la perspective de son ouverture dans de nouveaux espaces conçus par les architectes Ricciotti et Bellini (finalement retardée à 2011), la Réunion des musées nationaux (RMN), en association avec les éditions Fayard, lui commande un Dictionnaire des arts de l’islam (2007), qui est le fruit d’un demi-siècle d’études, de voyages et d’enseignement.

Il s’est toujours intéressé en érudit mais aussi en chrétien respectueux de l’autre à l’histoire des religions et des mythes (La Religion des Turcs et des Mongols ; Montagnes sacrées, montagnes mythiques ; Le Sang, mythes, symboles et réalités...).

Avec Un choc de religions (2007), il traverse les siècles pour décrire "la longue guerre de l’islam et de la chrétienté". Il rappelle dans ce livre, au-delà des échanges réciproques, que, si l’expansion musulmane s’est effectuée par la volonté de conquérir et de s’imposer, elle résulte aussi du rayonnement de sa foi et de sa mystique. Aussi s’inquiétait-il que l’islam ne glane en Occident dans l’immense champ des masses déchristianisées.

Précédemment, dans Les Ordres d’Allah, il s’attardait sans parti pris ni polémique sur ce qui, selon son analyse, fait souvent problème aujourd’hui : la vision anthropologique de l’islam.

HONORÉ EN TURQUIE

Pour la qualité de ses travaux et son honnêteté intellectuelle, Jean-Paul ROUX était un érudit justement reconnu et apprécié en Turquie. D’ailleurs, de nombreuses associations et fondations scientifiques dont l’illustre Centre Culturel Atatürk d’Istanbul en ont fait leur membre honorifique. En outre, il a reçu les insignes de l’état turc en 1973 et en 1998, il a été décoré de la médaille de l’Ordre National du Mérite (Liyakat Madalyası).

DÉCRIÉ PAR LE LOBBY ARMÉNIEN

A l’instar de nombreux spécialistes de l’histoire turque, Jean-Paul Roux estimait que le qualificatif "génocide" était inapproprié pour décrire les évènements historiques de 1915. Cette position scientifique lui avait attiré le courroux du lobby arménien. De plus, les activistes arméniens n’hésitaient pas à le rudoyer pour avoir osé mentionner une référence à “une vaste diaspora, active, douée, virulente” (p. 379 - Histoire des Turcs, Fayard 1984) et de le traiter de « turcophile ardent et négationniste ». Il est affligeant de constater qu’en France des historiens mondialement réputés comme M.Roux sont ainsi vilipendés par des extrémistes.

Nous nous courbons humblement devant ce grand spécialiste de la Turquie et lui rendons un hommage chaleureux. Que son âme repose en paix.


Dates clés :
 5 janvier 1925 Naissance à Paris.
 1953 La Turquie (Payot).
 1957 Directeur de recherche au CNRS.
 1965-1991 Professeur à l’Ecole du Louvre (arts de l’islam)
 2007 Un choc de religions (Fayard).
 29 juin 2009 Mort à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).

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