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lundi 28 novembre 2022

Turquie : un conflit social embarrasse le gouvernement

Publié le | par Hakan | Nombre de visite : 133 |
Turquie : un conflit social embarrasse le gouvernement

Depuis 48 jours, 1.200 ouvriers d’un ancien monopole d’État campent en plein centre d’Ankara pour sauver leur emploi, un conflit qui suscite un élan de solidarité dans la population et embarrasse le gouvernement islamo-conservateur.

Depuis début décembre, bravant parfois des températures glaciales dans la capitale turque, les travailleurs de l’ancien monopole turc des tabacs et alcools, Tekel, manifestent, soutenus par les habitants du quartier et les passants.
Tekel, qui veut dire littéralement "monopole", a été vendu par le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) en 2008 à British American Tobacco (BAT), en dépit de vastes protestations.

Et 12.000 travailleurs sont menacés soit de perdre leur emploi, soit de se retrouver avec un contrat précaire, avec une perte de salaire et de leurs droits sociaux.

Arrivés de toute la Turquie et décidés à ne pas rentrer chez eux sans avoir obtenu gain de cause, 1.200 ouvriers ont maintenant assiégé les abords du quartier d’affaires de Kizilay, où ils ont dressé un grand campement de fortune.
Leur lutte est devenue un symbole pour une grande partie de la population turque frappée par la politique libérale du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui, face à la récession, tente de réguler son budget à coups de hausses d’impôts, assurent les responsables syndicaux.

"Je suis ici pour mes enfants. C’est pour eux que je dors chaque nuit sous la pluie ou la neige", explique à l’AFP Nazli Yildiz, une mère de trois enfants de Samsun (nord) qui tente de se réchauffer autour d’un brasero offert par des habitants du quartier.

Nombreux sont ceux qui ont attrapé rhumes ou grippes, et des médecins viennent les soigner gratuitement.

"La solidarité est émouvante. Les commerçants nous apportent quotidiennement des vivres", indique Mahmut, la quarantaine, les cheveux en bataille, qui explique que les patrons de bars, nombreux dans ce quartier, autorisent les femmes grévistes, emmitouflées dans plusieurs manteaux, à dormir dans leurs établissements.

Le Premier ministre, qui a dénoncé un "mouvement idéologique" des ouvriers, ordonné aux forces de l’ordre à le réprimer quand les grévistes ont manifesté dans les rues, a finalement rencontré jeudi la direction de la centrale syndicale Türk-Is, qui menaçait d’une grève générale.

Une mission d’études doit rendre ses conclusions dans la semaine, mais les travailleurs s’affirment déterminés.

Une grève de la faim entamée par plusieurs d’entre eux début janvier a été abandonnée, certains des grévistes étant tombés malades.

"Nous sommes ici depuis 48 jours, nous resterons davantage s’il le faut, jusqu’à la mort", lance Mahmut qui montre du doigt un ouvrier de Batman (sud-est) qui, dit-il, a perdu sa fille atteinte d’une maladie chronique alors qu’il manifestait dans la capitale.

"Il est rentré chez lui pour enterrer son enfant grâce à l’argent qu’on a collecté ici, puis il est revenu", dit-il.

Chaque jour, les ouvriers reçoivent la visite de syndicats, d’ONG, de politiques et de citoyens ordinaires, pour qui se conflit est révélateur des difficultés du pays, confronté à un chômage croissant : 13% de la population active officiellement, mais le double, selon les experts.

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