dimanche 4 décembre 2022

Mustafa Kemal Atatürk et l’Islam

Publié le | par Ali Bal | Nombre de visite : 5869 |

Nous vous proposons de lire des échanges captés sur facebook à propos d’Atatürk et de ses rapports avec l’Islam.


Adem Altan :
A l’attention de tous, je voudrais communiquer une information majeure sur la perception et le respect d’Atatürk à l’égard de l’Islam. Cette information invalide la prétendue antipathie d’Atatürk pour l’Islam.
Le professeur Nevzat Yalçıntaş, ancien député de l’AKP et ancien professeur du président turc Abdullah Gül, a révélé avoir vu, en 1981, un télégraphe signé d’Atatürk à destination du roi d’Arabie Saoudite le menaçant de faire intervenir l’armée turque si celui-ci poursuivait la destruction des tombes et notamment celle du prophète Muhammed.
En effet, en 1926, les Saoudiens décidèrent de raser toutes les tombes du pays, y compris celle du prophète Mahommet. La tradition arabe n’accorde pas de place aux tombeaux jugés trop ostentatoires.
Beaucoup de sépultures dans les pays arabes se résument à une sobre pierre allongée, si elles n’ont pas carrément disparu.
Selon le professeur Yalcintas, lorsqu’Atatürk fut informé de la situation, il posta le message suivant au roi d’Arabie :
« J’ai appris avec une profonde consternation que la tombe du prophète Muhammed allait disparaitre. Je vous interdis de toucher à cette sainte sépulture. Si une seule pierre devait bouger, je vous enverrais aussitôt l’armée turque ».

Il faut savoir que les Turcs ottomans ont toujours été les fervents défenseurs de l’Islam, dont le califat avait pour siège Istanbul.
Lorsque, sous l’incitation des Anglais, le chérif de la Mecque, Hüseyin, trahit les Turcs en soulevant les Arabes contre eux, l’armée ottomane lutta de toutes ses forces contre les Britanniques et les Arabes. Le commandant ottoman Fahrettin Pacha s’évertua, avec ses hommes, à protéger les lieux saints. Les soldats turcs endurèrent la faim et durent même manger des sauterelles pour survivre. Puis à l’armistice de Moudros, les Turcs ottomans négocièrent leur retrait des villes saintes de l’Islam à la condition de pouvoir emmener les objets sacrés de l’Islam (kutsal emanetler). D’ailleurs, le Palais impérial de Topkapi abrite certains de ces objets ayant appartenu au Prophète : un poil de barbe, sa douillette, son empreinte de pied, la poignée de son épée, etc.

Au final, sans Atatürk, le Saint Prophète Muhammed n’aurait peut-être pas de sépulture aujourd’hui.

Je vous invite à visionner ces vidéo en turc où le professeur Yalçintas s’explique :
http://www.youtube.com/watch?v=ilv0jiVG_0E
http://www.youtube.com/watch?v=iEWUhDBjuH0

A la question de savoir pourquoi ce document n’est pas rendu public, le professeur, imam et ancien député, Yasar Nuri Öztürk, apporte une réponse intéressante :
« Sans ce document, il est plus facile de désigner Atatürk comme l’ennemi de l’Islam ; ça arrange certains milieux. »

Je crois qu’il faut cesser inlassablement d’opposer Atatürk à l’Islam.


Adem Altan :
L’auteur du livre « Mustapha Kémal ou la mort d’un empire » éd. Albin Michel, est très loin d’être une source fiable et sérieuse sur Atatürk.

Jacques Benoist-Méchin écrit à la page 323 :
« Depuis plus de cinq cents ans, [...] les règles et les théories d’un vieux cheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la Constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes.
L’Islam, cette théologie absurde d’un Bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies. »

Jacques Benoist-Méchin a été condamné à la Libération pour collaboration avec l’ennemi allemand (il a passé dix ans derrière les barreaux), proche du nazi suisse François Genoud dans les années 1950.

Il a été très favorable au nazisme et à Hitler en qui il a vu « un régénérateur de l’Europe ».
En outre, dans son livre, Éclaircissements sur Mein Kampf, publié en 1939 chez Albin-Michel, il écrit à propos de Hitler :
« C’est un visionnaire qui a décidé de réaliser son rêve avec le réalisme d’un homme d’État ».

A chacun ses références.


Maxime Gauin :
Pour autant que je sache, Atatürk était un libre-penseur, pour qui les religions — toutes les religions — étaient vouées à s’éteindre, mais Benoist-Méchin force vraiment le trait, en lui attribuant des citations apocryphes. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que son approche concrète a été très pragmatique : en 1919-1921, il a utilisé la carte de l’islam, et même du panislamisme, pour trouver des soutiens, notamment financiers, aux Indes.
En 1922, il a supprimé le sultanat pour n’avoir aucun concurrent, aussi dérisoire soit-il, à Lausanne, et aussi parce qu’il avait son deuil depuis un certain temps de la forme impériale du gouvernement (la République existait en pratique depuis janvier 1921, et même depuis avril 1920).
En 1923, après le triomphe de Lausanne, il a formalisé ce qui existait déjà : la République. En 1924, il a sapé les deux piliers de la domination religieuse dans la vie publique : le califat (symbolique) ; les écoles coraniques, tribunaux religieux et autres instruments pratiques. Il a achevé ce travail de sape en 1926, avec l’adoption d’un code civil, d’un code pénal et d’un code commercial calqués sur des modèles occidentaux (suisse, italien, allemand). En 1928, il a supprimé la mention de l’islam comme religion de l’État. Par contre, il a laissé encore deux ou trois ans les manuels liant la fidélité à l’islam et la fidélité à l’État.
Et puis, à la fin, ce fut l’inscription de la laïcité dans la Constitution (1937) et la disparition progressive (achevée en 1939) de l’instruction religieuse (rétablie à partir de 1949). Atatürk avait une politique anticléricale, mais antireligieuse.

Je reproduis là peu ou prou l’analyse de Tekin Alp dans « Le Kémalisme », Paris, Félix Alcan, 1937 (première édition en turc : « Kemalizm », Istanbul, Cumhuriyet gazete ve matbaası, 1936).


Adem Altan :
Atatürk en voulait non à l’Islam mais à ses représentants qui ont préféré, de façon éhontée, l’aveuglement et l’obscurantisme pour le peuple, afin de conserver leurs autorités et privilèges. La chute de l’Empire ottoman est en grande partie causée par leur nombrilisme et leur irresponsabilité. L’abolition du Califat par Mustafa Kemal sera une résultante directe de ce constat.

Sources :
-Page facebook de la radio : "RADIO MADE IN TURKEY"
-Page facebook de Adem Altan

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