mercredi 30 novembre 2022

LA TURQUIE ET L’ARMENIE ONT ENFIN SIGNÉ

Publié le | par TN-pige | Nombre de visite : 469 |
LA TURQUIE ET L'ARMENIE ONT ENFIN SIGNÉ

Les ministres turc et arménien des Affaires étrangères ont paraphé samedi soir, 10 octobre 2009, à Zurich un accord visant à l’établissement de relations diplomatiques normalisées et à l’ouverture de leur frontière commune.
Ce protocole, dont la signature a été différée de trois heures en raison de divergences de dernière minute, doit tourner la page de près d’un siècle d’hostilité liée aux massacres interethniques survenues pendant la Première Guerre mondiale dans l’Empire ottoman.

La cérémonie concluant le processus mené sous médiation de la Suisse s’est déroulée en présence de Javier Solana, porte-parole de la diplomatie européenne, du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, de la secrétaire américaine d’Etat Hillary Clinton, et de Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française (Russie, Etats-Unis et France forment le groupe de Minsk qui tente de régler la question du Haut-Karabakh).

DES ACCORDS SALUÉS EN TURQUIE

La presse turque a salué dimanche comme une avancée historique la signature la veille d’accords en vue de la normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie mais a prévenu que la suite du chemin serait parsemée d’obstacles.
"Une signature historique", titraient en "Une" de leur édition dominicale les journaux libéral Radikal et progouvernemental Yeni Safak, tandis que le quotidien à grand tirage Sabah clamait : "La paix est passée outre la crise", faisant référence aux trois heures d’ultimes négociations qui ont précédé la signature des accords.

LE HAUT-KARABAKH : LA CLEF DE CES ACCORDS

Au lendemain de la signature de l’accord historique en vue de l’établissement de relations diplomatiques entre la Turquie et l’Arménie, la question du Haut-Karabakh s’est imposée comme une des clefs de la réussite du processus.

Ce territoire de l’Azerbaïdjan occupé par l’Arménie est à l’origine du conflit armé qui a opposé les deux anciennes républiques soviétiques du Caucase en 1991. Quelque 30.000 personnes ont péri et un million d’Azéris contraints au départ.
Un accord de cessez-le-feu a été signé en 1994 entre Erevan et Bakou, mais l’Arménie occupe toujours plusieurs régions d’Azerbaïdjan. La Turquie, principal allié de Bakou, a fermé sa frontière avec l’Arménie en 1993.
L’ONU a plusieurs fois condamné l’occupation du Haut-Karabakh par l’armée arménienne. En mars 2008, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution ne reconnaissant pas la République du Haut-Karabakh et exigeant le retrait immédiat des forces arméniennes des territoires occupés de l’Azerbaïdjan, tout en confirmant le droit de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh et les territoires attenants.

Dimanche, le Premier ministre turc Tayyip Erdogan a réaffirmé que l’Arménie devait se retirer des zones azéries qu’elle contrôle afin d’assurer la ratification de l’accord de Zurich par les députés turcs.
"La Turquie ne peut prendre de disposition positive vis-à-vis de l’Arménie à moins que l’Arménie se retire des territoires azerbaïdjanais (...) Si cette question est réglée, notre peuple et notre Parlement auront une attitude plus positive vis-à-vis de ce protocole (d’accord) et de ce processus", a-t-il dit devant les cadres de son parti AKP réunis à Ankara.

Le Premier ministre turc s’est parallèlement attaché à rassurer l’Azerbaïdjan, dont le ministère des Affaires étrangères a jugé dimanche que :
"la normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie avant le retrait des forces arméniennes du territoire azéri occupé (était) en contradiction frontale avec les intérêts nationaux de l’Azerbaïdjan".

COMMISSION INTERNATIONALE SUR LES ÉVÉNEMENTS DE 1915

Concernant le délicat contentieux historique qui oppose les deux pays, la Turquie et l’Arménie ont sagement prévu de mettre en place une commission internationale d’historiens pour étudier les événements de cette période.

OPPOSITION DE LA DIASPORA ARMENIENNE

L’accord doit être ratifié à présent par les Parlements turc et arménien, et la partie s’annonce difficile du fait de l’opposition des nationalistes des deux bords et de l’hostilité véhémente de la virulente diaspora arménienne. Celle-ci s’en est violemment prise au Président arménien Sarkissian, qualifié de « traître » lors de ces visites dans les pays occidentaux et notamment en France et aux Etats-Unis.

« L’établissement de relations entre les deux pays est crucial pour les Arméniens d’Arménie », estimait l’homme d’affaires turco-arménien Dikran Altun. Et de conclure :
« Les Arméniens de la diaspora s’y opposent. Mais le président arménien, Serge Sarkissian, est obligé de penser à la prospérité de son peuple. »

UNE PAIX NECESSAIRE ET UTILE

L’établissement de relations normalisées entre Ankara et Erevan revêt une importance stratégique majeure.

Cette région du Sud-Caucase est un carrefour crucial entre les gisements de pétrole et de gaz de la mer Caspienne et les marchés européens.

Il constitue aussi un nouvel atout dans le jeu d’Ankara qui négocie difficilement son adhésion à l’Union européenne.

Mais l’enjeu est crucial pour l’Arménie. Enclavée, sans ressources pétrolières et économiquement asphyxiée depuis de longs mois, la petite Arménie espère, elle, rompre son isolement régional pour se refaire une santé économique.

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