mercredi 7 décembre 2022

Une histoire de pionnier : les Turcs d’Allemagne

Un film à voir en famille

Publié le | par Sophie C. | Nombre de visite : 364 |

Almanya, de Yasemin Samdereli, raconte les tribulations de trois générations de Turcs émigrés en Allemagne.

Deux sœurs allemandes d’origine turque, Yasemin et Nesrin Samdereli, se sont alliées pour concocter une comédie optimiste sur l’intégration, Almanya , qui a remporté un joli succès public l’an dernier outre-Rhin. « Depuis quelques années, plusieurs films dramatiques ont dépeint la vie des Turcs en Allemagne, explique Yasemin Samdereli, qui assure la mise en scène. Ma sœur et moi avons coécrit le scénario en privilégiant les bons souvenirs, et le côté plus léger de notre vie turco-allemande. »

Pour elle, la notion d’identité n’est pas quelque chose de figé. « Parfois je me sens plus turque, parfois plus allemande », dit-elle. Ce balancement entre les deux pays rythme l’histoire de la famille Yilmaz dans Almanya. Le dernier rejeton, le petit Cenk, six ans, se demande s’il est turc ou allemand après avoir été renvoyé comme un ballon entre les deux équipes de foot « nationales » de l’école. Son grand-père, Hüseyin, s’inquiète comme d’une défection d’avoir obtenu la nationalité allemande, alors que sa grand-mère s’enchante de leur naturalisation.

Une histoire de pionnier

Flash-back : en 1964, Hüseyin, apprenant que l’Allemagne recrute de la main-d’œuvre, décide de quitter son village natal d’Anatolie, où il ne parvient pas à faire vivre sa jeune femme et leurs trois enfants. Quelques années plus tard, il les fait venir dans le cadre du regroupement familial. L’arrivée dans une cité ouvrière donne lieu à quelques scènes de comédie un peu stéréotypées, choisies pour leur valeur emblématique de dépaysement : la langue (la mère ne parvient pas à demander du pain à l’épicerie voisine), la religion (les enfants sont effrayés par un crucifix), les usages (ces bizarres cabinets qui ne sont pas « à la turque »).

Puis les enfants vont à l’école, un quatrième naît sur le sol allemand. On voit le mélange de cultures s’opérer pendant quarante-cinq ans, avec des dosages différents selon les personnes et les générations, jusqu’aux dernières vacances en Turquie organisées par Hüseyin pour toute la famille. C’est parfois un peu facile, gentiment consensuel, mais vivant et sympathique. Et le personnage de Hüseyin (joué par deux comédiens, selon l’âge), fait passer toute une histoire de pionnier, volontaire et nostalgique.

Sources : Le Figaro

Almanya : au-delà des frontières

C’est un film haut en couleur où l’humour se mêle à la tendresse et qui nous prouve que l’immigration peut nous offrir de très belles histoires. Le sujet est traité avec intelligence et le casting est excellent. Les acteurs sont au service de l’intrigue avec une mention spéciale pour Vedat Erincin dans le rôle du patriarche.

Qui suis-je ? Allemand ou Turc ? Voilà la question que se pose Cenk, 6 ans, lors d’un match de football, où ni ses camarades allemands, ni ses camarades turcs, ne le choisissent dans leur équipe. Pour le consoler, sa cousine lui raconte l’aventure de sa famille, des terres de Turquie jusqu’à cette Almanya devenue leur pays d’adoption.

Yasemin Samdereli et Nesrin Samdereli, respectivement réalisatrice et scénariste, ont réussi à faire un film léger sur un sujet grave. A l’aide de leurs souvenirs d’enfance, elles nous livrent une douce comédie, sur l’identité d’un pays à l’autre et sur le métissage des cultures. Alors que l’actualité cantonne l’immigration comme un problème délicat teinté d’angoisse, les cinéastes nous proposent une vision beaucoup plus optimiste mais pas naïve. Elles décomplexent ce phénomène en s’appuyant sur des petites anecdotes du quotidien. La famille turque arrivant en Allemagne est d’abord complètement perdue. Tout comme dans le Dictateur, la réalisatrice a eu l’idée de créer un langage allemand fictif afin de donner aux spectateurs la même sensation d’étrangeté face à une nouvelle langue. C’est avec intelligence que le film abolit les frontières, rendant cette famille trop turque pour être allemande et trop allemande pour vivre en Turquie.

Le film est construit comme un puzzle, voyageant entre le passé et le présent, entre l’Allemagne et la Turquie tout en se jouant des clichés. Les enfants turcs ne voient en leur nouveau pays qu’une réserve inépuisable de Coca-cola alors que les allemands vont les obliger à manger du porc et à partir en vacances à Majorque... C’est à travers des petits tableaux aux couleurs enfantines que la réalisatrice abolit les stéréotypes entretenus des deux côtés. A travers les générations, de l’arrivé à la fin des années 1960 de Hüseyin, joué par le charmant Fahri Ögün Yardim, jusqu’à l’obtention de sa nationalité allemande en 2011, le jumelage des cultures a opéré. Certaines traditions restent tandis que d’autres intègrent le quotidien de la famille. On rit, on est ému au fil des scènes qui nous questionnent sur le fait d’être un étranger. Finalement cette famille est tout aussi étrangère dans son pays d’adoption que dans son pays natal. A la sortie du film, les frontières nous apparaissent presque obsolètes.

Sources : Tout le ciné

Pour voir la bande annonce : http://www.cinefil.com/film/almanya-2/bande-annonce

À lire aussi