samedi 10 décembre 2022

Sarkozy instrumentalise les sentiments anti-turcs

Publié le | par Hakan | Nombre de visite : 200 |
Sarkozy instrumentalise les sentiments anti-turcs

Interview exclusive d’Egemen Bagis, secrétaire d’Etat et négociateur en chef pour la candidature de la Turquie à l’Union européenne.

Egemen Bagis, le ministre d’Etat et négociateur en chef pour la candidature à l’UE, s’est entretenu avec le journal Zaman pour faire état de l’évolution des relations entre la Turquie et l’UE. Pour Bagis, un certain nombre d’évènements, tels que l’affaire Ergenekon qui reste méconnue en France et en Europe, n’ont pas échappé à l’attention des spécialistes de l’UE. Les efforts consentis par le gouvernement turc ont été pris en compte dans le rapport émis par les instances européennes. En soi, cette nouvelle politique marque un tournant.

Les spécialistes font figurer dans les années à venir l’Inde, la Chine, la Turquie, l’Amérique latine parmi les pays dont le rôle va s’accroître. La Turquie est en ce moment en train de frapper à la porte de l’UE. Ce tableau peut-il changer ?

En 1999, Bill Clinton, l’ancien président des Etats-Unis, avait dit dans son discours prononcé devant l’Assemblée nationale turque (TBMM) : « dans le siècle à venir, les choix de la Turquie seront déterminants ». Le président américain n’a pas prononcé ces paroles pour rien. Il s’est écoulé 10 ans entre temps. Barack Obama a parlé de la tribune de la même Assemblée nationale et son message n’était guère différent. La vision de nos partenaires étrangers est très nette. Chaque jour qui passe renforce le potentiel de la Turquie. En 2002, elle était en 26ème position des plus grandes économies, aujourd’hui elle siège au 17ème rang. La Turquie possède un véritable potentiel. Elle représente un marché de 1.5 milliards qui se trouve à une distance de trois heures de vol de Bruxelles. Les besoins énergétiques de l’Europe sont concentrés à 70% au nord, au sud, ou à l’est de la Turquie. C’est-à-dire que les pays de l’UE n’ont aucune chance d’atteindre ces sources énergétiques sans passer par la Turquie. La Turquie peut-elle faire sans l’Europe ? Elle le peut. Mais il y a aussi une vérité à prendre en compte. Entre 2003 et 2004, les investissements étrangers sont passés en Turquie de 790 millions d’euros à 19.5 milliards d’euros. La Turquie se renforce au cours du processus de l’adhésion, son économie devient plus vive, les droits de l’homme gagnent davantage en visibilité, sa démocratie s’élève au niveau des standards internationaux. La Turquie fait véritablement peau neuve. Et le processus européen joue un rôle déterminant dans ce changement. Pour la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations Unies, 152 des 191 pays ont, toutes nations, toutes religions, toutes langues confondues, voté [pour la Turquie]... S’il y a 30 ans de cela, on nous voyait comme les occupants de Chypre et qu’on nous dit maintenant « réglons les problèmes de la planète ensemble », cela signifie que la communauté internationale présente des excuses.

Le leader français Sarkozy ne le voit-il pas ?

Sarkozy a réussi à faire chuter de 17 à 5% le parti d’extrême-droite lors des dernières élections du Parlement européen. Il connaît l’influence que les slogans contre la Turquie peuvent avoir sur l’électorat. Sarkozy sait très bien que les relations entre la Turquie et l’UE reposent sur un fondement juridique, et que ses slogans n’y changeront rien. Mais il fait de la politique intérieure. Nous aussi nous en avons de ces leaders d’opposition qui ne croit pas en ce qu’ils affirment. Nous aussi, nous avons des Sarkozy.

L’UE affirmait avoir quelques craintes dans son rapport sur les progrès turcs quant à l’évolution de l’affaire Ergenekon. Cette année, l’affaire a été interprétée comme une opportunité. Quelle est la cause d’un tel revirement, qu’est-ce qui a changé en un an ?

C’est sans doute qu’en un an les preuves accumulées, les explosifs saisis, la mise au grand jour d’enregistrements vocaux, de plans, de croquis, ont rendu les spécialistes de l’élargissement à l’UE suspicieux. Ils ont vu dans cette affaire une bonne chose puisqu’elle a permis à la Turquie de prouver sa capacité de réaction. L’unique cause réside dans les preuves concrètes rapportées, quelles causes peut-il y avoir d’autres ?

Lors des discussions avec des ministres européens, êtes-vous amenés à évoquer les interrogations que suscite Ergenekon ?

Il n’y a pas beaucoup de retours, le village qui pointe à l’horizon n’a nul besoin de boussole, tout est sur la table. La justice turque est indépendante, son indépendance est telle qu’elle peut être amenée, lorsque le besoin s’en fait ressentir, à poursuivre le parti au pouvoir. Dans un tel cadre, tous sont dans l’attente des conclusions de l’affaire, que l’on sépare le bon grain de l’ivraie. S’il y a vraiment des innocents, qu’ils sortent de ce processus de leur plein gré. Mais si des milices venaient véritablement à être fondées par des procédés anti-démocratiques, et si des groupes organisés se levaient pour renverser l’ordre démocratique, les Européens pourraient alors attendre des sanctions.

La Turquie par sa politique étrangère active contribue à la paix dans la région. Mais parvient-elle à faire entendre sa voix dans le monde ? On a l’impression que d’autres tirent profit des fruits de ses efforts.

Les anciens nous recommandaient, lorsqu’ils nous éduquaient de veiller à rester sérieux pour être digne, « ne cherche pas mon enfant à t’enorgueillir, mais laisse plutôt aux autres le soin de le faire ». Nous ne savons pas trop nous vanter en affirmant : « moi, j’ai fait ci, j’ai fait ça. J’ai établi la paix entre la Bosnie-Herzégovine et la Serbie. J’ai aidé l’Afghanistan et le Pakistan à se rencontrer... ». Les autres pays occidentaux sont de ce point de vue plus adroits. Peut-être que nous sommes en train de passer à travers un processus important qui vise à transformer nos faiblesses en matière de communication et de relation publique.

Est-ce que tout est en ordre concernant le processus d’adhésion à l’UE ? Vous pouvez faire une autocritique ?

Si seulement nous avions pu promulguer plus de lois bien avant. Si seulement nous avions pu mettre notre constitution en conformité avec les standards européens. Si nous avions pu modifier les règlements de l’Assemblée par le passé et consacrer une journée de la semaine aux lois de l’UE.

Vous pouvez nous raconter les fêtes passées, par exemple comme celles que vous avez vécues en Amérique ?

Les fêtes religieuses ne sont pas vécues de la même manière à l’étranger. Les policiers ferment les rues de Brooklyn, on étale du papier le long des routes devant les mosquées au cours de la matinée le jour de la fête et on déborde dans les rues devant la curiosité suscitée. Vous pouvez ressentir là-bas cette émotion. Il arrive parfois que l’on soit amené à faire deux tournées de prières. Je ne sacrifie pas moi-même le mouton. Je l’envoie aux endroits dont le besoin se fait ressentir. Cette année, j’avais un ami qui allait en Afghanistan, nous avons avec mon épouse envoyé par procuration.

SERVET YANATMA ANKARA

Source "Zaman"

À lire aussi