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Ranald McDonell : un observateur britannique du nationalisme révolutionnaire arménien

dimanche 20 juin 2021 | par SibiryaKurdu


Ranald McDonell : un observateur britannique du nationalisme révolutionnaire arménien

Salâhi R. Sonyel "The Turco-Armenian ’Adana Incidents’ in the light of secret British documents (​July 1908 - December 1909)", Belleten, vol. 51, n° 201, décembre 1987 :

"Et pourtant, R. McDonell, du British Foreign Office, commentant ces incidents onze ans plus tard, a observé que les incidents d’Adana "étaient sans aucun doute le résultat de la propagande de la société (Dachnaktsoutioun) et de l’exhortation des Arméniens à la résistance armée" 112.

Cemal Pacha , d’autre part, jette tout le blâme sur Mgr. Moucheg, l’évêque arménien d’Adana, et sur le gouvernement local, qui n’a pas empêché son "oeuvre maléfique" 113. Selon des documents britanniques, Mgr. Moucheg avait reçu des pots-de-vin de Bahri Pacha ; avait encouragé les Arméniens à acheter des armes ; et leur avait vendu des armes défectueuses, faisant ainsi beaucoup d’argent. Il avait fait des discours provocateurs ; avait défilé avec des armes et des cartouchières, et s’était fait photographier dans une tenue portée par d’anciens dirigeants arméniens. L’ambassadeur britannique admet lui aussi, dans sa dépêche du 4 mai 1909, que Moucheg avait une grande responsabilité dans l’éclatement des incidents 114. (...)

112 FO 371/4974/E 2404 : mémorandum de R. McDonell, 25.3.1920.

113 Hatıralar (Mémoires), Istanbul 1959, p. 345.

114 FO 424/219, n° 83." (p. 1327)

Salâhi R. Sonyel "Turco-Armenian Relations and British Propaganda during the First World War", Belleten, vol. 58, n° 222, août 1994 :

"Avant le déclenchement de la Grande Guerre, il y avait quatre principaux partis arméniens en Turquie : le Dachnaktsoutioun, le Hintchak, le Hintchak Viragazmian et le Ramgavar. Les deux premiers étaient décrits comme "révolutionnaires ou socialistes nationaux", avec peu de différences dans leurs méthodes d’utilisation de la violence et du terrorisme pour atteindre leurs fins, qui étaient l’autonomie ou la semi-indépendance pour les Arméniens, pour commencer, et la pleine indépendance, finalement. Selon un mémorandum rédigé par R. McDonell, du British Foreign Office, les dachnakistes ont acheté des armes et des munitions en Russie, et les ont envoyés à travers le Caucase et la Perse en Turquie. Ils ont rassemblé des hommes et les ont secrètement entraînés. Ils ont planifié et organisé toutes sortes d’agitation et d’assassinats, y compris le meurtre de riches Arméniens qui ont refusé de contribuer à leurs fonds. La politique du parti Dachnak était basée sur le dicton : "la fin justifie les moyens". McDowell [McDonell] décrit comment, en mars 1918, la branche de Bakou a rejoint les bolcheviks afin d’être vengée des Tatars musulmans, alors que le parti dans l’est de la Turquie était "social-révolutionnaire". Lorsque la coalition bolchévique-arménienne fut formée, Chaoumian , le commissaire bolchevik (d’origine arménienne) fut prévenu qu’un massacre en résulterait, et répondit : "Est-ce qu’un bon dachnak penserait sérieusement à quelques milliers de femmes et d’enfants si l’on voyait la réalisation de ses idéaux ?" 32 (...)

32 FO 3714974/E 2404 : mémorandum de R. McDonell sur la "Société arménienne Dachnacktsoutioun", Foreign Office, 25.3.1920." (p. 391)

"R. McDonell, du British Foreign Office, nous informe que c’est Vorontsov-Dachkov [général russe et vice-roi du Caucase] qui, au début de la guerre, "a fait un très grand usage de (la société Dachnak) à des fins de services secrets en Turquie, et pour créer des troubles et combattre les Turcs en Asie Mineure" 46. (...)

46 FO 371/4974/E 2404 : mémorandum de R. McDonell sur la "Société arménienne Dachnacktsoutioun", Foreign Office, 25.3.1920." (p. 397)

Arnauld Hamelin et Jean-Michel Brun, La mémoire retrouvée, Paris, Mercure de France, 1983 :

"Comme l’indiquait, le 10 janvier 1914, le lieutenant Ian Smith, vice-consul britannique à Van depuis le 10 septembre 1913 :

Le Dashnak est plus influent et plus actif dans cette région que les deux autres partis arméniens. Ils se sont bien organisés. Des agents, qui sont en contact avec le comité central de Van, travaillent pour le parti. Celui-ci s’est intéressé, pendant ma dernière année, à l’importation clandestine des armes et à leur distribution parmi ses partisans. On affirme que les Arméniens sont maintenant mieux armés que les musulmans à Van.

D’après l’indication fournie par R. Mc Donell [dans son mémorandum de 1920], fonctionnaire au département Orient du Foreign Office, l’organisation Dashnak collectait de l’argent parmi la population arménienne [de l’Empire ottoman] en la terrorisant. Elle dépensait beaucoup en achat d’armes et de munitions et excitait les sentiments de haine contre les musulmans." (p. 85-86)

Anar Isgenderli, Realities of Azerbaijan, 1917-1920, Etats-Unis, Xlibris Corporation, 2011 :

"Après que les représentants azerbaïdjanais acceptèrent les termes [de leur capitulation], les dachnaks se mirent à piller, incendier et tuer dans les quartiers musulmans de la ville. Des milliers de Turcs azerbaïdjanais ont fui la ville. Ceux qui ne pouvaient pas partir étaient condamnés à être massacrés. Le vice-consul britannique à Bakou, le major Ranald MacDonell, a écrit : "Il ne reste aucun musulman d’importance [ndlr.]"144 "L’exode a encore plus modifié la situation démographique en faveur des éléments non indigènes. La branche de Bakou du Conseil national [azerbaïdjanais] a été dissoute. Les Azerbaïdjanais, depuis ces "jours de mars" jusqu’au mois d’août suivant, ne joueraient aucun rôle politique à Bakou. Il n’y avait aucun obstacle au contrôle soviétique sur Bakou. Le 9 avril, tous les journaux "bourgeois" ont été fermés. Les Arméniens avaient été chargés du commerce, des finances et de l’approvisionnement alimentaire." (...)

144 Rapport de MacDonell au War Office (5 décembre 1918), cité dans The British Archive Records on the Azerbaijani Democratic Republic (Bakou 2008), pp. 67-75." (p. 98)

"La nouvelle de l’aide financière britannique aux Arméniens a provoqué un grand mécontentement parmi les musulmans de Gandja et de Bakou. Lorsque les informations sur la prochaine allocation d’un montant de deux millions de roubles aux Arméniens ont atteint les membres de la branche de Gandja du Comité national azerbaïdjanais, ils ont organisé l’inspection de tous les trains allant de Bakou à Tbilissi pour empêcher le transfert d’argent. Dans de nombreux cas, Fatali Khan Khoyski a personnellement supervisé ces recherches. Après avoir reçu l’aide britannique, le régiment arménien a attaqué plusieurs villages kurdes et massacré leur population. Après cet incident, le lieutenant-colonel Pike, chef de la mission britannique à Tbilissi, a mis un veto sur l’aide financière aux détachements arméniens. Au cours des massacres de mars 1918 des Turcs musulmans, R. MacDonell, l’ancien vice-consul britannique à Téhéran, était à Bakou et a été témoin de l’unification arméno-bolchevique. Selon MacDonell, le massacre "a versé de l’huile sur les flammes" de la haine parmi les musulmans caucasiens envers les Britanniques. MacDonell, témoin du carnage, a exprimé sa protestation devant le Conseil national arménien et a déclaré qu’en s’unissant aux bolcheviks (en fait, la majorité des bolcheviks étaient arméniens ) contre les musulmans, ils avaient commis la plus grosse erreur de leur histoire, et l’entière responsabilité des conséquences devrait revenir au Dachnaktsoutioun.

Le 20 juillet 1918, le commandant en chef de l’armée britannique en Inde rapporta confidentiellement à Londres que les Arméniens avaient sapé leur travail parmi les Tatars (c’est-à-dire la population azerbaïdjanaise). Dans le rapport, il a noté que les Tatars avaient acquis la certitude que les Britanniques poursuivaient une politique anti-musulmane délibérée en raison des massacres de Tatars par les Arméniens." (p. 100-101)

Stéphane Yerasimos, "Caucase, la grande mêlée (1914-1921)", Hérodote, n° 54-​55, 4e trimestre 1989 :

"L’offensive de la commune de Baku avait avancé jusqu’à Gioktchay le 28 juin, quand une offensive turco-azerie l’obligea à reculer. Ainsi débuta la lente progression des Turcs vers Baku, émaillée d’événements multiples.

Ses arrières protégés par la mission Wagstaff, installée entre Mianeh et Zendjan, Dunsterville revient à Enzeli le 27 juin et s’entend avec Bitcherakov. Celui-ci, jouant le bolchevik, doit se faire inviter par le soviet de Baku et préparer la voie pour l’arrivée de Dunsterville. Bitcherakov était en contact avec Chaoumian depuis le mois de mai. Le soviet d’Enzeli assura en juin Chaoumian que Bitcherakov était devenu un vrai bolchevik. Ainsi, celui-ci débarque à Baku le 5 juillet. Mais Lénine est sans illusions sur le sort de Baku et préfère s’adresser directement aux Allemands. Joffe, l’ambassadeur soviétique à Berlin, est en pourparlers avec les Allemands qui proposent d’arrêter les Turcs contre une partie du pétrole de Baku. L’assassinat de l’ambassadeur allemand à Moscou, le comte de Mirbach, freine les négociations tandis que la situation évolue sur le terrain.

L’arrivée de Bitcherakov n’empêche pas une nette victoire turque quelques jours plus tard et les troupes du soviet, composées en grande partie d’Arméniens refluent vers Baku. Le Conseil national arménien veut appeler les Britanniques et McDonell, le consul anglais à Baku, finance la contre-révolution. Le 25 juillet, Chaoumian et les bolcheviks sont mis en minorité par 258 voix contre 236. Ils sont destitués et remplacés par la « dictature centro-caspienne » qui fait appel aux Britanniques. L’appel est réitéré par le Conseil national arménien le 27. Un premier détachement arrive le 4 août, alors que les Turcs avaient assiégé la ville depuis le 1er. Un déplacement plus important des troupes dans la Caspienne nécessite la mise en place d’une flotte, ce qu’avait décidé l’amirauté britannique. Une nouvelle mission britannique arrive à cet effet à Enzeli au mois d’août et la Dunsterforce débarque à Baku le 17 du mois.

Moscou essaie de s’opposer jusqu’au bout à l’arrivée de Dunsterville, convaincue que les Turcs seraient plus faciles à déloger que les Britanniques. Mais quand il ne resta plus rien à faire il fallut reprendre contact avec les Allemands. Ainsi une annexe au traité de Brest-Litovsk sera signée le 27 août à Berlin. La Russie accepte la reconnaissance de la Géorgie par l’Allemagne et en contrepartie celle-ci s’engage d’interdire l’accès au Caucase de toute force armée appartenant à une troisième puissance, c’est-à-dire les Turcs, mais aussi la Grande-Bretagne. Dans un protocole secret annexe, la Russie accepte de fournir du pétrole et du manganèse géorgien à l’Allemagne.

Informé de cet accord, Talât Pacha , le Premier ministre turc, arrive le 7 septembre à Berlin pour défendre sa cause. Selon lui, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan devraient servir d’Etats tampons contre la Russie , tandis que l’avance de la Turquie vers l’est devrait permettre d’organiser militairement les 14 millions des musulmans du Turkistan , qui pourraient combattre aussi bien la Russie que l’Angleterre. Pendant ce temps, l’armée turque, solidement installée à Tabriz, occupe Mianeh le 9 septembre et le col de Kaflan-kuh entre cette ville et Zendjan, repoussant la mission Wagstaff." (p. 170-172)

Arnauld Hamelin et Jean-Michel Brun, op. cit. :

"Dans un rapport envoyé à Washington, l’amiral A. Bristol , haut commissaire américain à Istanbul, indique que les événements de Cilicie ont été grossis outre mesure dans des buts politiques visant à aider les efforts de fondation d’une Arménie indépendante qui fait partie des plans de morcellement de la Turquie. Le message télégraphique de l’amiral Bristol date du 10 janvier 1920 et porte le n° 122.

Dans un rapport daté du 25 novembre 1920, le général Gouraud , haut commissaire et commandant en chef des forces françaises en Syrie, souligne que les Arméniens mènent contre les Turcs une lutte acharnée et « se livrent à des massacres, saccages et incendies ».

Cette indication amène R. Mc Donell, un des responsables du Foreign Office, à faire l’observation suivante :

Il est dommage que cette révélation n’ait pas été faite auparavant." (p. 88)

Sur les sources britanniques : Le Blue Book (1897) : une source d’information sur les provocations insurrectionnelles des comités arméniens en Anatolie

Les ravages des troupes russo-assyro-arméniennes pendant la Première Guerre mondiale : une réalité admise par les Britanniques contemporains

Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l’armée russe durant la Première Guerre mondiale

Sur les sources américaines : Les témoignages américains sur la tragédie arménienne de 1915

Cemal Azmi Bey et les Arméniens

Tahsin Bey : protecteur des Arméniens, homme de confiance de Talat Paşa et membre de l’Organisation Spéciale

L’installation des déportés arméniens à Deir ez-Zor (1915)

Charles T. Riggs et la cessation des massacres d’Arméniens

Première Guerre mondiale : les efforts pour ravitailler et aider les déportés arméniens

Caleb F. Gates, la Turquie et les Arméniens

Le major-général James G. Harbord et les Arméniens

L’amiral Mark L. Bristol et les Arméniens Voir également : Les Arméniens pendant la Première Guerre mondiale : les réflexions rétrospectives de Clair Price et Arnold J. Toynbee Le contexte de l’acquittement de Soghomon Tehlirian (1921) : conflit germano-polonais et volonté de rapprochement avec l’Angleterre de Lloyd George Transcaucasie (1918) : les tueries de populations azéries par les forces dachnako-bolchevistes

Les Arméniens en 1918 : des partenaires non fiables pour l’Entente

Les Arméniens (notamment dachnaks), troupes de choc de la dictature bolcheviste en Asie centrale

Drastamat "Dro" Kanayan : de Staline à Hitler, parcours d’un "héros national" arménien

La première République d’Azerbaïdjan et la question arménienne

Le panislamisme et le panturquisme de Nuri Paşa (frère d’Enver Paşa)

Comment Staline n’a pas "donné" le Karabakh à l’Azerbaïdjan


Voir en ligne : http://armenologie.blogspot.com/202...


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