jeudi 8 décembre 2022

QUAND L’ISLAMOPHOBIE GUIDE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU SÉNAT

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QUAND L'ISLAMOPHOBIE GUIDE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU SÉNAT

QUAND L’ISLAMOPHOBIE GUIDE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU SÉNAT

Par Jean-Michel Brun

Le Sénat, poussé par la diaspora nationaliste arménienne et l’islamophobie ambiante, vient d’adopter une résolution anti-azerbaïdjanaise, aussi honteuse qu’inutile.

Le 3 octobre, un groupe de sénateurs enregistrait une proposition de résolution violemment anti-azerbaïdjanaise. Cette proposition a été votée ce mardi 15 novembre à une large majorité.

Le Sénat n’ayant aucun pouvoir sur la politique extérieure de la France, et ne s’agissant, en tout état de cause, que d’une « résolution », sans aucun effet contraignant, il s’agissait avant tout, pour la « Chambre haute » du Parlement, très marqué à droite, et particulièrement sensible à la forte pression du lobby arménien qui possède une influence électorale non négligeable avec ses près de un million de membres, de manifester à celle-ci un soutien qui revêt parfois des allures d’allégeance.

Manifestant Azeri devant le Senat
Manifestant Azeri devant le Senat

Manifestation des Français azerbaïdjanais devant le Sénat
La session sénatoriale avait été précédée d’une manifestation pacifique des Azerbaïdjanais de France devant le Palais du Luxembourg qui exhortaient les sénateurs à ne pas voter une résolution sans fondement qui constituent un véritable déni des souffrances du peuple azerbaïdjanais et demandaient à être reçus en audition officielle par le Sénat.

Mais avec ses quelques milliers de représentants, la communauté azérie de France pèse de peu de poids dans la vie politique française face aux lobbyistes arméniens. Rappelons toutefois que le principal porte-parole de ce lobby, Jean-Marc Ara Toranian fut, dans les années 80, le porte-parole de l’ASALA (Armée Secrète Arménienne pour la Libération de l’Arménie) à l’origine de l’attentat meurtrier à l’aéroport d’Orly en 1983 (le seconde étant Mourad Papazian persona non grata en Arménie). Ce qui ne l’empêche pas d’être reçu aujourd’hui en ami à l’Élysée, à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Le texte voté demande notamment aux autorités françaises et européennes de procéder à un embargo sur le gaz venant d’Azerbaïdjan et d’« exiger son retrait immédiat du territoire arménien ». Un comble quand on sait que les Arméniens ont occupé, en violation de toutes les lois internationales et de 4 résolutions de l’ONU, 20% du territoire azerbaïdjanais et qu’ils occupent encore une enclave au Karabakh, qui doit être entièrement libérée en vertu des récents accords tri-partites.

Alors pourquoi cette mascarade, dont l’un des derniers avatars est la présence du drapeau arménien aux côtés de celui de l’Ukraine sur le fronton, de la mairie de Marseille ?
Il est vrai que les racines arméniennes du maire de la capitale phocéenne, Benoît Payan, y sont certainement pour quelque chose.

La partie la plus conservatrice de la classe politique française, qui, depuis les dernières élections a accru son influence à l’instar d’autres pays européens en situation économique difficile, comme récemment l’Italie, a choisi comme cheval de bataille la protection d’une hypothétique « identité européenne », qui devrait, selon elle, s’appuyer sur les racines chrétienne de l’Occident.

Cette vision identitaire, d’ailleurs contestée par le Pape lui-même qui mettait en garde contre cette vision de l’Histoire : « Quand j’entends parler des racines chrétiennes de l’Europe, j’en redoute parfois la tonalité, qui peut être triomphaliste ou vengeresse. Cela devient alors du colonialisme » prévenait-il récemment.

L’ « identité nationale » étant impossible à définir tant les racines de l’Europe, et de la France en particulier sont nombreuses et diverses, c’est en cherchant à démontrer ce que nous ne sommes pas que les identitaires cherchent à se positionner. Et ce que nous ne sommes pas, c’est naturellement, selon eux, des musulmans. Telle est d’ailleurs l’une des raisons principales du refus opposé à la Turquie d’adhérer à l’Union Européenne.

C’est naturellement oublier les racines musulmanes d’une grande partie de la culture française qui doit à Avicenne, Ibn Khaldoun, ou Nizami autant qu’à Saint Augustin ou Thomas d’Aquin.

Cette ignorance, ou cet aveuglement, date principalement de Jules Ferry, le père de l’école laïque, colonialiste convaincu, qui a décidé de supprimer toute référence aux racines européennes arabes des manuels scolaires. Ce qui explique l’ignorance de nos concitoyens sur cette question.Elle se manifeste aujourd’hui par de violentes campagnes islamophobes, dont les français de confession musulmane font aujourd’hui quotidiennement les frais.

Pourquoi alors s’en prendre à l’Azerbaïdjan qui, même si une majorité de sa population est de confession musulmane, est un pays totalement laïque, où toutes les religions peuvent s’exprimer librement, et qui possède la plus importante communauté juive de la région ?

QUAND LE PUISSANT LOBBY ARMÉNIEN S’ALLIE À LA DROITE CATHOLIQUE INTÉGRISTE

Simplement parce que, en faisant mine de défendre les Arméniens en tant que « Chrétiens d’Orient » , lesquels seraient selon eux, menacés, par les musulmans, les identitaires français ont le sentiment d’engager une nouvelle croisade destinée à protéger la chrétienté, et par delà, la « civilisation européenne ».

C’est encore oublier qu’il existe en Azerbaïdjan plusieurs communautés chrétiennes, elles aussi appartenant, tout autant que les Arméniens, aux « Chrétiens d’Orient » qui, elles, ont été menacées de destruction par l’Eglise Arménienne, laquelle se pose en « guide spirituel » du nationalisme arménien.

Récemment, l’un des responsables de la communauté chrétienne orthodoxe d’Azerbaïdjan, le Père Constantine, appelait les chrétiens du monde à protéger celle-ci contre les destructions arméniennes.

Rappelons que la proposition de résolution incriminée a été rédigée par 6 sénateurs, qui se sont à maintes reprises illustrés dans leur soutien aux mouvements séparatistes arméniens : Bruno Retailleau, candidat à la présidence des LR, Christian Cambon, Éliane AssassiI, Patrick Kanner, Hervé Marseille et Gilbert-Luc Devinaz, président du groupe France Arménie.
Ces sénateurs s’étaient précédemment rendus en visite officielle en Arménie, et avaient participé, le 23 novembre, à un colloque où étaient réunies les principales personnalités pro-arméniennes de France : Jean-Christophe Buisson, rédacteur en chef adjoint du Figaro-Magazine et soutien indéfectible des séparatistes du Karabakh, Pascal Gollnisch, directeur de l’Oeuvre d’Orient, proche de la droite catholique conservatrice, Hovhannès Guervorkian, représentant de la soi-disant république du Haut-Karabagh, Michel Onfray et Valérie Boyer, pourfendeurs médiatiques de l’islam en France, François Pupponi, ex-député et président du « cercle d’amitié France-Artsakh », Alain Simonian, président du Parlement arménien, et Hasmik Tolmajian, ambassadrice de la République d’Arménie en France. Que du beau monde…

UN « COUP DE PUB » DE LA DIASPORA NATIONALISTE ARMÉNIENNE EN FRANCE ?

Cette résolution fait fi des 26 ans de souffrance du peuple azerbaïdjanais qui a vu une partie de soin territoire occupé et détruit, sa terre piégée par des mines anti-personnel, et ses habitants déportés. En demandant aux Azerbaïdjanais de « se retirer du territoire arménien », elle inverse sciemment les responsabilités. En exigeant le rapatriement des prisonniers arméniens, elle fait semblant d’ignorer les incursions permanentes de saboteurs arméniens, le refus du gouvernement arménien de livrer les cartes des mines enterrées sur le sol azéri, et de révéler le sort des 4 000 Azerbaïdjanais disparus pendant les conflits. Elle ne s’embarrasse pas non plus du paradoxe qui consiste à soutenir l’Ukraine et en même temps se placer du côté d’un pays, l’Arménie, qui se bat aux côtés des troupes russes, alors même que l’Azerbaïdjan a, dès le début du conflit, apporté son soutien et son aide à Kiev.

Mais l’Azerbaïdjan c’est si loin, et on aime tant Aznavour et André Manoukian… Et puis, l’Azerbaïdjan n’est-il pas un pays turcique, donc génétiquement proche de la Turquie, dont la politique française a fait un épouvantail ?

L’épisode du Sénat, dérisoire coup de pub des extrémistes arméniens qui ont réussi à entraîner, malgré eux, dans cette pitoyable mascarade, nos parlementaires, est à l’image de cette France qui, par sa politique intérieure islamophobe et sa politique extérieure méprisante à l’égard des nations émergentes du Caucase et de l’Asie Centrale, tourne le dos à ses principes fondamentaux, et perd progressivement son influence dans le concert des nations, tant au plan politique que culturel, et même linguistique.
Hélas.

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