mercredi 30 novembre 2022

Le déplacement des Arméniens ne devrait pas être considérée comme un génocide, affirment des analystes

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Info TURQUIE NEWS - www.turquie-news.com - Nous vous proposons de découvrir cet article de GÖZDE NUR DONAT s’appuyant sur l’avis d’experts qui prouvé dans leurs recherches que le régime ottoman n’avait pas l’intention d’exterminer les Arméniens et que par conséquent les actes perpétrés à l’encontre des Arméniens en 1915 ne constituent pas un génocide, selon la définition de l’ONU. Turquie News vous livre la traduction de cet article en anglais paru sur le site du journal turc Today’s Zaman, le 8 janvier 2012.

Today’s Zaman

Légende photo : La déportation des Arméniens a été menée par l’administration ottomane en tant que mesure de sécurité territoriale pour aider l’Empire à mater les insurrections arméniennes pendant la Première guerre mondiale. (PHOTO AA)

Le déplacement des Arméniens ne devrait pas être considérée comme un génocide, affirment des analystes

8 janvier 2012 / GÖZDE NUR DONAT, İSTANBUL

Suite aux controverses concernant un projet de loi adopté le mois dernier par l’Assemblée Nationale française, loi qui pénalise la négation du “génocide arménien”, un groupe de chercheurs a avancé que les actes commis à l’encontre de la communauté arménienne en Anatolie orientale dans l’Empire ottoman, ne peuvent pas être considérés comme un “génocide” en raison du manque d’intention de l’Empire ottoman de détruire la communauté.

Après que la Chambre basse du Parlement français a accepté le projet de loi, malgré de fortes protestations de la Turquie, des débats sur les revendications arméniennes de génocide ont eu lieu dans un certain nombre de pays, y compris en Israël, un pays qui a été formé après que des millions de juifs européens ont été tués pendant le génocide commis par l’Allemagne nazie, au début et pendant la Deuxième guerre mondiale. La commission de l’Éducation, de la Culture et des Sports de la Knesset a tenu une audience publique sur les allégations de génocide après le vote français, mais finalement aucune décision n’a été prise.

L’Holocauste a été le premier cas de génocide internationalement accepté sur la base de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l’Assemblée Générale de l’ONU en 1948. La définition de génocide utilisée dans la convention a été celle écrite par Raphael Lemkin en 1944, un avocat polonais d’origine juive, comme : "des actes commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux." Ce qui est arrivé aux Arméniens en Anatolie orientale, pendant les dernières années de l’Empire ottoman, était-il un acte "de génocide", comme l’holocauste ? C’est un sujet qui fut débattu pendant des décennies. Middle East Critique, un journal basé aux États-Unis, publiant tous les quatre mois des articles de recherche politique et historique contemporaines, sociale et historique, a consacré son dernier numéro de 2011 à ce débat.

Tal Buenos, l’un des collaborateurs du journal et doctorant israélien étudiant la question du génocide à la Utah University, récuse toutes similitudes entre le génocide juif et les actes commis par l’Empire ottoman contre la communauté arménienne, qui, dit-il, ont été perpétrés en tant que mesure d’autodéfense dans des conditions de guerre, bien que cela ne signifie pas que ces actes n’aient pas eu des conséquences catastrophiques, y compris la mort de centaines de milliers d’Arméniens. Néanmoins, il a admis que la mort d’un si grand nombre d’Arméniens n’était pas le résultat de tueries délibérées de la part de l’administration ottomane, mais une conséquence des circonstances de la guerre ou des attaques illégales commises par des groupes qui n’étaient pas sous le contrôle direct de l’administration ottomane : par exemple, des unités kurdes armées qui "voulaient garder les Arméniens dans leur position politique subalterne", ainsi que des brigands et des soldats irréguliers. Le Comité Union et Progrès (CUP), qui gouvernait alors l’Empire ottoman, a organisé la déportation des Arméniens en Russie et dans des zones éloignées de l’Anatolie orientale, après qu’une rébellion arménienne a éclaté dans la province de Van, se ralliant à l’armée russe qui envahissait alors l’Anatolie orientale. Disant que les Ottomans n’avaient pas l’intention de détruire la communauté arménienne, Buenos a écrit que l’intégrité territoriale de l’Empire ottoman était en danger et que le déplacement de population a été une mesure militaire prise pour la survie du pays, ce qui est différent du génocide perpétré dans l’Allemagne nazie, qui a systématiquement exterminé la communauté juive au nom de la pureté de la race.

Les provinces peuplées d’Arméniens, y compris Erzurum, Elazığ, Ourfa, Van et Diyarbékır, étaient situées sur des lignes de communications cruciales pour les armées ottomanes combattant les Russes sur la frontière caucasienne de l’Empire et les Britanniques en Mésopotamie et en Palestine. Sur ces trois fronts, les armées ottomanes n’étaient pas autonomes en matière de nourriture, de munitions et d’équipement médical, et elles étaient donc dépendantes des transports routiers de l’ouest de la Turquie pour se ravitailler. Les comités révolutionnaires arméniens armés, les Daschnaks et les Hintchaks, créés à la fin du dix-neuvième siècle, qui contrôlaient ces villes, ont commencé à attaquer et à couper ces lignes de communications en 1915, grâce à l’aide financière et aux armes de la Russie, de la France et du Royaume-Uni, tous des envahisseurs des territoires ottomans pendant la Première guerre mondiale. La décision ottomane de transférer les Arméniens hors de ces villes était une politique de contre-insurrection développée en réponse aux attaques des groupes arméniens qui s’étaient engagés dans des actions violentes pour fonder un État arménien indépendant dans l’Anatolie orientale de l’Empire ottoman. "Tant que les Ottomans ont eu des forces militaires disponibles, ils n’ont jamais été obligés d’utiliser des stratégies de déplacement de population..." a affirmé Edward Jay Erickson, un autre auteur de l’édition spéciale du journal. Edward Jay Erickson est un ancien officier de l’armée américaine à la Marine Corps University et un éminent spécialiste de l’Armée ottomane pendant la Première guerre mondiale. Il affirme que la déportation a été employée pour la première fois en 1915 par les Ottomans, qui, dit-il, devaient gérer de nombreuses rébellions des minorités aspirant à l’indépendance entre 1890 et 1914. Il affirme que l’envoi de grandes forces armées pour soumettre les rebelles était impossible en 1915, "car l’intérieur de l’Empire manquait de forces régulières et de la gendarmerie." Il soutient que le transfert a été une stratégie efficace née de la faiblesse militaire plutôt que de la force. De plus, Erickson déclare que les importants transferts précédents, en tant que stratégie de contre-insurrection, ont été effectués par les Occidentaux, y compris par l’Espagne à Cuba en 1893, les États-Unis aux Philippines en 1900-1902 et la Grande-Bretagne en Afrique du Sud en 1899-1901, pour séparer les guérilleros des populations civiles amicales. Soutenir cette stratégie de transfert était la seule option pour les dirigeants ottomans, étant donné les conditions contemporaines de guerre ; ils ont adopté cette stratégie bon marché qui avait bien réussi à leurs homologues espagnols, américains et britanniques. "En ce qui concerne la question de savoir si le transfert était nécessaire pour la sécurité impériale ottomane pendant la Première guerre mondiale, la réponse est clairement oui", a écrit Erickson. Cependant, il poursuit en disant que la nécessité militaire ne peut pas être acceptée comme une excuse pour les crimes commis pendant ces déportations.

Des sources historiques montrent que des massacres arbitraires d’Arméniens ont eu lieu, commis par des bandits attaquant les convois des déportés, ainsi que l’usurpation de propriétés appartenant à la communauté, comme le citent des universitaires contribuant à l’édition. Cependant, Yusuf Sarinay, le Directeur général du Bureau des Archives d’État, fournit quelques décrets officiels se prononçant contre les abus pendant les transferts, avec une résolution du Cabinet du gouvernement du CUP datant de mai 1915, indiquant que : …Les vies et les propriétés des Arméniens transférés doivent être protégées pendant le transfert et si un quelconque cas d’abus survenait, les fonctionnaires et les gendarmes, qui étaient responsables des mauvais traitements des transférés, seraient immédiatement renvoyés du service public et déférés devant des cours martiales."

Il a prouvé, en accord avec deux autres auteurs, un manque ’d’intention’ de l’État de détruire la communauté arménienne, l’aspect d’action agressive qui doit exister pour pouvoir qualifier un acte de "génocide", selon la définition généralement acceptée du terme. Le fait que l’holocauste a été motivé par la haine raciale contre les juifs et incluait des massacres pré-planifiés, alors que certains considèrent la déportation arménienne comme une mesure de sécurité nationale, distingue les deux cas, tandis que d’autres chercheurs du génocide se concentrent sur les ressemblances entre les deux évènements, particulièrement en ce qui concerne leurs conséquences. Hakan Yavuz, un professeur assistant du Département de Sciences politiques à l’Université de l’Utah et le rédacteur en chef invité de l’édition, a critiqué l’approche consistant à définir le génocide uniquement en termes du résultat, comme étant "constamment la recherche d’une victime et d’un persécuteur", et l’ignorance des diversités des contextes dans lesquels les évènements catastrophiques surviennent. Par conséquent, il appelle à une approche "humanisante" qui évalue les incidents dans leurs contextes historiques.

Lien/Source : Today’s Zaman

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