mercredi 30 novembre 2022

Une résolution pro-arménienne adoptée aux Etats-Unis

Un vote sous influence

Publié le | par Ali Bal | Nombre de visite : 655 |
Une résolution pro-arménienne adoptée aux Etats-Unis

La commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine a adopté jeudi 4 mars 2010 la résolution HR252 qualifiant de « génocide » les évènements de 1915 relatifs au déplacement forcé des Arméniens par les forces ottomanes au début du XXe siècle.

La séance a duré plus de 6 heures et a été clôturée par le zélé Président pro-arménien Howard Berman sous les cris de joie des Arméniens venus nombreux pour assister au vote.

Les députés américains se sont prononcés par 23 voix contre 22 en faveur de cette résolution non contraignante (le texte qui n’a pas force de loi) qui enjoint les autorités américaines à utiliser le terme de "génocide" à chaque fois qu’elles évoqueront le sujet. En avril dernier, Obama s’était abstenu de l’utiliser provoquant l’ire des nationalistes arméniens.

L’issue de ce vote ouvre la voie à un examen du texte par l’ensemble des élus américains, mais on ignore s’il sera mis aux voix.

LE COMPORTEMENT HONTEUX DU PRESIDENT BERMAN
Depuis le début, Howard Berman, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, affichait ouvertement et avec zèle son parti-pris pro-arménien déclarant : « Le moment est venu pour la Turquie de reconnaître le génocide arménien ».

Le Président Howard Berman, 69 ans, de confession juive, est né en Californie, où vit une importante population arménienne. Depuis son élection de 1983, il est Représentant démocrate du 22ème district de Californie.

Ce fervent défenseur de la « cause arménienne » ne ratait pas une occasion de condamner la Turquie en l’appelant à « reconnaître son crime de génocide ».

En exhortant ses collègues à voter en faveur de la résolution, il a eu un rôle décisif sur l’issue du vote. En outre, son comportement partial lors du vote a été indigne et honteux. En effet, l’ambassadeur Sükrü Elekdağ explique que le président Berman n’a cessé de repousser la durée du vote pour obtenir une majorité favorable :
« Monsieur Berman avait indiqué que le vote aurait lieu entre 21h15 et 21h45, heure turque, mais il n’a pas respecté cet intervalle de temps. Il était 21h45 lorsque le comptage des votes montrait un rejet clair de la résolution par 22 voix CONTRE et 20 voix POUR. Monsieur Berman a alors décidé de prolonger la séance de vote pour attendre 4 députés absents. Ainsi, le délai a été repoussé à 22h20 puis à 22h30. Il était 22h45 lorsque trois des élus absents sont entrés dans la salle et ont voté en faveur du texte. Ainsi, 23 voix POUR contre 22 CONTRE étaient comptabilisées. C’est alors que soudainement le président Berman a décidé de clore la séance de vote sans attendre le vote du quatrième député absent. Il avait enfin obtenu ce qu’il voulait »

Le chef de la Commission des affaires étrangères du parlement turc Murat Mercan a pour sa part qualifié ce vote de « comédie ».

Le journal Radikal a, lui, écrit que le vote s’était transformé en une « parodie » se référant aux manipulations de Howard Berman.

LA TIEDEUR DU GOUVERNEMENT US
L’ancien ambassadeur turc aux Etats-Unis, Sükrü Elekdağ, a indiqué que le manque d’ardeur de l’administration Obama avait largement contribué à l’issue de ce vote.
« Chaque fois, l’administration américaine prenait des mesure efficaces pour la prévention de ce genre d’initiative pro-arménienne, cette fois, elle n’a quasiment rien fait. Seule Madame Clinton a mis en garde les députés ; et ce, juste avant le vote mais aucune action sérieuse n’a été menée par le gouvernement américain pour enrayer cette résolution » a-t-il précisé.

Des résolutions similaires ont été approuvés par la Chambre des représentants en 1975 et 1984, mais non avalisés par le Sénat. En 2000, une résolution sur le « génocide » était arrivée jusqu’à la Chambre lorsque le vote a été brusquement annulé à la demande insistante du Président Bill Clinton. En 2007, il en a été de même avec le Président George Bush.

L’INDOLENCE DES ORGANISATIONS JUIVES
L’ambassadeur Sükrü Elekdağ a, en outre, souligné l’indifférence des organisations juives lors de ce vote. « Alors qu’elles étaient toujours aux côtés de la Turquie, les organisations juives se sont nettement abstenues cette fois ».

L’un des membres de la délégation turque présente pour le vote a, pour sa part, indiqué que l’indifférence des organisations juives s’expliquait par les tensions entre la Turquie et Israël, nées essentiellement des critiques du Premier Ministre turc Recep Erdogan concernant les raids de l’armée israélienne sur Gaza et la mort d’innocents palestiniens.

LA REACTION DE LA TURQUIE
La Turquie a rappelé son ambassadeur aux Etats-Unis « pour consultations » aussitôt après l’adoption de la résolution pro-arménienne.
« Nous condamnons cette résolution qui accuse la nation turque d’un crime qu’elle n’a pas commis » a déclaré le gouvernement turc.
« A la suite de cet incident, notre ambassadeur à Washington, Namik Tan, a été rappelé à Ankara pour consultations », ajoute le communiqué officiel.

Le président turc Abdullah Gul a également condamné la résolution : elle n’a «  aucune valeur aux yeux du peuple turc  », a-t-il dit, ajoutant : « La Turquie ne sera pas responsable des conséquences négatives que ce vote pourrait avoir dans tous les domaines ».

Les conseillers du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s’inquiètent, en outre, des conséquences de ce vote sur les relations entre Ankara et Washington et sur le processus de réconciliation entamé avec l’Arménie.

AB


Les événements de 1914-1922

Des affrontements inter-ethniques et des déplacements forcés de populations en Anatolie orientale, entre 1914 et 1922, ont fait plusieurs centaines de milliers de morts parmis les Turcs et les Arméniens. L’Empire ottoman était alors engagé dans la Première Guerre Mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Empire Austro-Hongrois. Dès 1914, des Arméniens ottomans ont massivement pris le parti des Russes, contre les Turcs, se livrant à des massacres de masse et à des pillages dans l’est de l’Anatolie. A la suite de ces événements, le gouvernement ottoman décida d’éloigner une partie de la population arménienne des zones de front et à risque. Ce transfert se solda par un lourd bilan humain.

La Turquie et de nombreux historiens rejettent catégoriquement la thèse controversée d’un "génocide" que le gouvernement ottoman aurait perpétré contre la population arménienne de l’Empire. Cette thèse, défendue par les nationalistes arméniens, est aujourd’hui instrumentalisée afin d’exercer des pressions politiques sur la Turquie, notamment pour entraver la perspective de son adhésion à l’Union Européenne.

À lire aussi