samedi 4 février 2023

Marc Lévy : "La Turquie est le pays où sont mes racines"

Publié le | par Hakan | Nombre de visite 1425
Marc Lévy : "La Turquie est le pays où sont mes racines"

Le romancier Marc Lévy, dont les titres ont été traduits dans 41 langues, a confié vouloir écrire un livre qui s’articulerait autour d’Izmir, une ville avec laquelle il entretient un rapport particulier.

Le romanToutes ces choses qu’on ne s’est pas dites, de Marc Levy vient de paraitre aux éditions Can en Turquie. Marc Lévy est l’un des auteurs les plus lus au monde mais ce que l’on sait moins c’est qu’il est le petit-fils de Nesim Levi Bayrakli, le constructeur du grand ascenseur d’Izmir visant à relier la partie haute de la ville à sa partie basse. Nous avons échangé avec l’auteur qui vit à New York sur la littérature et ses romans. Nous avons également discuté de la Turquie qui lui est chère.

Vous avez écrit votre premier roman Et si c’était vrai pour votre fils et si je ne me trompe pas celui-ci est paru sur les conseils de votre sœur. Je veux dire par là que votre vocation première n’était pas d’être romancier. Si votre sœur ne vous y avait pas poussé, les Français auraient été privés d’un des écrivains qu’ils lisent le plus et la planète aurait à son tour était privé d’un bon romancier. Quelle place aurait eu la littérature dans votre vie alors ?

J’ai toujours aimé lire. J’ai eu la chance de grandir dans un environnement où la littérature était très présente, mon père étant éditeur d’art. Il a toujours aimé lire et il lit encore aujourd’hui. Il est celui qui m’a transmis l’amour du mot et de la lecture. Je dois avouer que petit je ne rêvais pas de devenir écrivain. Et comme vous le dites, j’ai commencé à écrire mes histoires pour mon fils en imaginant l’homme qu’il allait devenir et non pas dans le but d’être lu un jour par un éditeur. On peut donc dire que ma carrière relève plutôt d’un coup de chance. A l’époque où j’écrivais mon premier roman j’avais un bureau d’architecte qui marchait très bien. Quelle vie j’aurais eu aujourd’hui si les éditions Laffont n’avaient pas tout de suite été favorables à la parution de mon premier roman, et si le public n’avait pas manifesté un tel enthousiasme ? Je ne saurais répondre. Mais une chose est sûre : la littérature et les livres auraient été partie intégrante de cette autre vie.

Vous aviez confié que vous vous sentiez à l’aise quand vous parliez anglais, de plus vous vivez à New York. Pensez-vous un jour écrire en anglais comme Nabokov ?

Je pense que vivre dans un autre pays et parler la langue de ce pays comme si elle était votre langue maternelle vous donne une incroyable liberté. L’anglais étant une langue internationale, elle permet le contact et la rencontre entre des gens de différents horizons. Mais écrire et être publié en anglais demande un autre niveau de maîtrise de la langue, moi je ne m’en sens pas capable. Cela ne me porte tout de même pas préjudice car j’ai la chance d’être traduit en 41 langues. J’ai pu atteindre avec mon livre le lectorat turc, coréen, libanais et roumain, cela me parait incroyable.

Votre roman Et si c’était vrai a été adapté au cinéma par Steven Spielberg. Que pensez-vous de la relation littérature-cinéma ?
Selon moi, la version d’un livre adaptée au cinéma ne sera jamais aussi bonne que l’histoire écrite avec une sorte d’illumination. A partir du moment où un livre est adapté au cinéma, l’histoire n’appartient plus à l’auteur mais au scénariste, au réalisateur. Ils raconteront, eux, l’histoire selon leur propre point de vue. Et je pense que l’adaptation cinématographique ne constitue en aucun cas une menace pour la littérature qui pousse le lecteur à l’imagination.

Vous êtes l’écrivain le plus lu en France et vos livres sont parmi les plus lus dans le monde. Certains pensent que lorsqu’un livre se vend beaucoup cela remet en question la qualité de celui-ci…

Chacun pense comme il veut et chacun a sa définition de la qualité. Cela dépend pas mal du pays. Par exemple en France, lorsqu’un livre se vend cela crée immédiatement des préjugés quant à la qualité de celui-ci. Aux Etats-Unis c’est tout à fait l’inverse. En ce qui me concerne je fais mon travail avec passion, honnêteté et sérieux sans pour autant me prendre au sérieux. J’ai le sentiment d’avoir été brillant lorsque des lecteurs m’adressent un courrier dans lequel ils me confient qu’ils ont été touchés par mon roman ou par l’histoire, qu’ils se sont évadés, qu’ils ont fait une sorte de voyage ou lorsqu’ils disent s’être reconnus dans ce que j’avais écrit.

Votre arrière grand-père Nesim Levi est celui qui a construit le grand ascenseur à Izmir. Vous avez donc une partie de vous qui est turque. Que vous inspire la Turquie ?

La Turquie est le pays où sont mes racines, elle est la terre de mes ancêtres. De plus, il s’agit d’un berceau de diversité culturelle, le lieu où mes ancêtres ont rencontré l’Autre.

Il y a quelques années, lors d’une visite en Turquie vous aviez évoqué l’écriture d’un livre qui s’articulerait autour de la ville d’Izmir. Est-ce toujours d’actualité ?

Oui, c’est une chose que j’aimerais pouvoir faire un jour.

Vous aviez également évoqué l’idée d’acheter une maison à Izmir en 2007, avez-vous réalisé ce projet ?

Non, mais j’ai toujours l’intention de le faire.

Vous disiez à cette époque que vous étiez très confiant concernant le processus d’entrée de la Turquie en Europe. Est-ce toujours le cas ?

Je fais partie de ceux qui pensent que l’entrée de la Turquie en Europe sera profitable à l’Europe. J’aimerais vraiment célébrer l’admission de la Turquie dans l’Union européenne.

Vous avez parlé de diversité culturelle. Vous connaissez l’Alliance des civilisations dirigée par l’ONU dont le projet a été lancé par la Turquie et l’Espagne, que pensez-vous de l’avenir de ce projet ?

Je pense que toute organisation qui a pour but d’accepter l’autre avec ses différences et de ne pas en avoir peur est très importante. Il n’existe rien de plus dangereux que l’ignorance pour l’humanité. L’homme a toujours eu peur de l’autre, mais cette peur s’atténue dès qu’il entreprend de le connaitre.

Quels sont les auteurs turcs que vous suivez ?

Orhan Pamuk, bien évidemment. Il est pour moi un modèle avant tout, c’est un grand écrivain.

Dans votre roman Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites et dans Sept jours pour une éternité l’amour est le thème clé, si bien que le deuxième roman fait passer le message que l’amour peut sauver l’humanité. Croyez-vous au pouvoir salvateur de l’amour ?

Je suis quelqu’un de positif par nature, j’essaie toujours de voir le bon côté des choses et des personnes. J’aimerais dire que l’amour sauve mais ce serait naïf de ma part. Mais je peux dire que l’intérêt et le contact de l’Autre, sa connaissance et la solidarité peuvent un tant soit peu rendre la vie plus belle.

Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites Marc Lévy, traductrice Ayça Sezen, Can Yayinari, 304 Pages, 18.50 TL

Source Zaman France

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