jeudi 16 septembre 2021
Accueil | Nos rubriques | Portail | Mediathèque | Documents

La politique "pro-arménienne" et "anti-kurde" des Jeunes-Turcs (1908-1914)

mercredi 30 juin 2021 | par SibiryaKurdu


La politique "pro-arménienne" et "anti-kurde" des Jeunes-Turcs (1908-1914)

"Le Soulèvement des Kurdes et ses causes", Mècheroutiette , n° 55, avril 1914, p. 6-7 :

"Une seconde cause de l’indignation actuelle est que les Jeunes-Turcs n’ont pas eu envers toutes les nationalités de l’Empire l’unité de politique et de conduite qui était nécessaire.

Ils ont témoigné une indulgence toute particulière aux nationalités qu’ils croyaient leur être favorables. En Roumélie, par exemple, ils avaient un faible pour les Bulgares au détriment des Albanais et des Grecs, et agissaient ainsi en Anatolie vis-à-vis des Arméniens et des Kurdes.

C’est pourquoi les députés bulgares et arméniens ont pendant quatre ans, soutenu les Jeunes-Turcs, alors que les députés grecs , albanais et kurdes leur ont toujours été hostiles.

Et cependant il était possible de contenter les Arméniens et les Bulgares, sans mécontenter et surtout sans opprimer les Grecs, les Albanais et les Kurdes.

Le comité n’a pu y réussir, et n’a même pas voulu.

Cette néfaste politique nous a coûté les provinces rouméliotes, et pousse maintenant les Kurdes à la révolte.

Il est juste, il est nécessaire que les Arméniens, qui ont tant souffert [par la faute de qui ? ], même sous le règne du comité Union et Progrès , obtiennent les réformes demandées. Ce peuple mérite d’être traité avec beaucoup de justice et de bonté, mais il faut bien se garder pour cela d’instaurer un régime de sévérité et de tracasseries contre les Kurdes, les plus fidèles sujets du sultan , qui, ne l’oublions pas, sont en majorité écrasante dans l’Anatolie orientale, et de plus, des guerriers très courageux.

Les Jeunes-Turcs ont commis là les mêmes fautes qu’en Roumélie, fautes qui ont plusieurs fois provoqué les Albanais à la révolte et qui ont déterminé les Grecs à entrer dans l’alliance balkanique [l’agression de la coalition balkanique était en préparation depuis 1909 ]."

Michael A. Reynolds, Shattering Empires : The Clash and Collapse of the Ottoman and Russian Empires 1908-1918, New York, Cambridge University Press, 2011, p. 63-65 :

"Les efforts des Ottomans pour maintenir le contrôle de leurs provinces orientales ont été compromis par le programme de la Russie visant à étendre son influence. En 1912, les Russes acheminaient des quantités importantes d’armes et d’argent pour les tribus kurdes. Le réseau de soutien secret s’étendait des responsables russes locaux dans la région jusqu’à Saint-Pétersbourg, et comprenait des officiers de l’armée, des diplomates, des universitaires et des agents commerciaux. Les Russes ont utilisé leurs consulats à Istanbul et dans les villes anatoliennes et iraniennes de Bayezid, Bitlis , Erzurum , Khoy, Maku et Van, comme refuges pour tenir des réunions avec des dirigeants kurdes. Ils ont infiltré des saboteurs à travers la Géorgie. En octobre, au moins quatre officiers de l’armée russe habillés et déguisés en Kurdes ont traversé les terres ottomanes afin d’inciter les Kurdes. Les missions commerciales envoyées par le gouverneur général russe du Caucase avaient parmi leurs objectifs l’établissement de contacts avec les dirigeants kurdes et la conduite de l’espionnage. La Banque commerciale russe a été utilisée en partie pour gérer les opérations de renseignement russes en Anatolie. Un correspondant du journal de Saint-Pétersbourg Birzhevyia Vedomosti voyageant en Anatolie, au printemps 1913, répandait des rumeurs selon lesquelles les Kurdes des environs de Diyar-ı Bekir et Bitlis avaient "déclaré l’indépendance" et demandaient la protection d’une grande puissance. Les Ottomans ont reconnu que la collaboration des chefs kurdes équivalait à "une victoire pour le gouvernement russe" et à un "désastre" et "un grand danger" pour "notre Etat". Mais l’incapacité d’Istanbul à entreprendre des réformes structurelles n’a laissé qu’une série de mesures tactiques pour garder l’Anatolie orientale sous contrôle. La plus évidente était de réprimer purement et simplement les révoltes, ce que les forces armées ottomanes ont fait à plusieurs reprises. A l’occasion, les forces ottomanes, dans un renversement de la tactique d’Abdülhamid II, se joignaient aux Arméniens pour combattre les Kurdes, comme en juin 1913 lorsqu’une force de 500 dachnaks, dirigée par Aram Pacha, c’est-à-dire Aram Manukian [futur meneur de l’insurrection de Van (1915) , il a eu de bonnes relations avec Halil (oncle d’Enver) ], combattit aux côtés des réguliers ottomans contre les Kurdes de la tribu Gravi, entre Van et Başkale. La répression a parfois obtenu des résultats notables, comme lorsque les autorités ottomanes ont tué Berazi et fait prisonniers plusieurs membres d’İrşad lors d’un échange de tirs en 1913, étouffant ainsi efficacement cette organisation. Une tactique connexe consistait à envoyer des agents infiltrés pour capturer ou assassiner des personnalités telles qu’Abdürrezzak et Simko, ou pour mettre leur tête à prix. Pourtant, de telles mesures ne pouvaient assurer que des victoires momentanées. La pression diplomatique sur la Russie et l’Iran pour maintenir Abdürrezzak, Simko, Cheikh Taha et d’autres à l’écart de la frontière ottomane, n’a été, au mieux, efficace que temporairement."

Voir également : La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste

Le prétendu "massacre jeune-turc" d’Adana en avril 1909

Contre-révolution de 1909 : le rôle des "libéraux" anti-unionistes dans les violences anti-arméniennes

Ernst Jäckh et les Arméniens

Le général Mahmut Şevket Paşa et les Arméniens

Le gouvernorat de Cemal Bey (futur Cemal Paşa) à Adana (1909-1911)

Le projet ottomaniste d’admission des Arméniens dans l’armée ottomane : des Tanzimat à la révolution jeune-turque

Second régime constitutionnel ottoman : les frondes (féodales, réactionnaires et séparatistes) parmi les musulmans non-turcs Les tentatives de mise au pas des chefs tribaux kurdes (tourmentant notamment les paysans arméniens) par les Jeunes-Turcs

L’alliance entre le Comité Union et Progrès et la FRA-Dachnak brouillée par l’agitation tribale kurde

1914 : le soulèvement kurde contre l’application du plan de réformes arméniennes Tahsin Bey : protecteur des Arméniens, homme de confiance de Talat Paşa et membre de l’Organisation Spéciale

Le général Halil Paşa (oncle d’Enver) et les Arméniens

Cevdet Bey (beau-frère d’Enver) à Van : un gouverneur jeune-turc dans la tempête insurrectionnelle

La politique arménienne des Jeunes-Turcs et des kémalistes

Le vaste réseau paramilitaire de la FRA-Dachnak dans l’Anatolie ottomane

Les sources documentaires ottomanes et russes démentent les mensonges de Taner Akçam


Voir en ligne : http://armenologie.blogspot.com/202...


A la Une

Nombre de visite 173

Sélection d'article