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lundi 4 juillet 2022

La banque centrale turque ne prononce pas le mot de récession mais...

Publié le | par Hakan |

"La banque centrale a agi sur la base de craintes sérieuses de ralentissement économique. Il est certain que l’économie turque va entrer en récession, si ce n’est déjà fait" estime Goldman Sachs.
La bourse d’Istanbul a réagi à la baisse ce mardi à l’annonce par la banque centrale de l’absence de changement de cap de sa politique monétaire (-1,64 % pour l’indice ISE National 100).

Celle-ci a annoncé le maintien de son taux repo à 5,75%, son plus faible niveau, tout en évoquant la possibilité de futures baisses si nécessaire.

Elle a aussi confirmé ses prévisions d’un ralentissement de la croissance mondiale et nationale et prédit une hausse de l’inflation "passagère" avec un retour autour des 5,5% pour 2012.

Ces annonces ont particulièrement frappé Ahmet Akarli, économiste chez Goldman Sachs, interrogé par la chaine CNBC-e : "la banque centrale a agi sur la base de craintes sérieuses de ralentissement économique. Il est certain que l’économie turque va entrer en récession, si ce n’est déjà fait".

Le 4 août dernier, la même banque centrale avait surpris en baissant d’un demi point son taux repo ainsi que le ratio de réserve obligatoire en devise.

Son gouverneur, Erdem Basci, a récemment expliqué que cette "action anticipée" était destinée à atténuer l’impact de la crise de la dette européenne sur la croissance turque. Cette décision a aussi été interprétée comme un changement de cap dans sa politique de lutte contre le déficit des comptes courants qui a atteint un niveau record en juin (72,5 milliards de dollars sur un an) et pourrait flirter avec les 10% d’ici la fin de l’année, selon le ministre de l’économie.

"Quand il y a de telles turbulences sur les marchés mondiaux, la lutte contre le déficit courant est impossible" estime Gökhan Karabulut de l’université d’Istanbul .

Depuis, la banque centrale a aussi tenté de limiter la chute de la lire turque qui a perdu 13% de sa valeur depuis le début de l’année.

Sans succès puisqu’elle continue de dévisser face au dollar. Mardi toutefois, la lire se renforçait et s’échangeait à 1,78 dollar.

Les autorités politiques, de leur côté, tentent de rassurer. "Nous n’allons pas laisser la crise nous affecter psychologiquement" a lancé le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan.

"Notre économie est loin d’être fragile". 16ème économie mondiale et 6ème au niveau européen, la Turquie a devancé la Chine au second trimestre 2011, avec 11% de croissance.

Système bancaire assaini, inflation en baisse, dette publique à 42,3% de son PIB en 2010 et déficit public à 4%, elle sert d’exemple pour des pays comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne.

"Le message de M. Erdogan est d’autant plus fort qu’après la chute du PIB en 2009 (-4,8%) le rebond de l’économie turque a été immédiat" constate Güldem Atabay, analyste chez UniCredit.

"Toutefois, nous ne sommes pas immunisés contre la crise. Notre économie va ralentir et nous avons encore un énorme problème de déficit courant".

Véritable talon l’Achille, ce déficit chronique, associé à un taux de chômage certes en baisse mais toujours supérieur à 9%, et à une inflation à 6,4% en 2010, ont fait craindre une surchauffe de l’économie turque.

"Cette crainte est désormais excessive" estime Güldem Atabay. "Grâce à la faiblesse de la lire turque, au ralentissement de la croissance et à une baisse potentielle du prix du pétrole, le gouvernement va avoir entre 16 et 18 mois pour lutter structurellement contre ce déficit".

Le gouvernement a annoncé certaines mesures en ce sens telles que la création de zones franches destinées à réduire les importations de biens intermédaires.

En septembre, il devrait rendre public un nouveau programme économique à moyen terme.

Delphine Nerbollier, à Istanbul pour La Tribune


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