Chaque année durant le mois d’avril de nombreuses associations arméniennes sollicitent la participation d’élus français aux manifestations de commémoration du massacre des Arméniens. Faute d’une présence réelle, ces mêmes élus sont iniquement taxés de « négationnistes » (ce mot improprement employé par les extrémistes arméniens est défini par le « Petit Larousse », le « Grand Robert », ainsi que par Valérie Igounet, la principale spécialiste du négationnisme en France, comme la négation de l’existence des chambres à gaz nazies, éventuellement celle de la Shoah en général. Il n’est en aucun cas lié au cas arménien) et font souvent l’objet de menaces pour des élections à venir. En gros : « si tu viens, tu auras nos voix ; sinon gare à toi ! »

Cette situation qui ne doit pas être agréable à vivre et à assumer est la conséquence d’une loi communautariste pro-arménienne qui a été adoptée en 2001 par une poignée de députés. En effet, par le vote de cette loi du 29 janvier 2001 qui déclare : « la France reconnaît publiquement le génocide arménien », la représentation française, en faisant fi de ses propres historiens spécialistes de l’histoire turque comme Jean-Paul Roux ou Robert Mantran, s’est érigée en juge de l’Histoire ; et a ainsi voulu assumer un devoir de mémoire communautaire. Maintenant, le parlement devrait conseiller à ces mêmes élus d’avoir un devoir de réserve. En effet, le Sénat, via la récente décision de sa commission des lois, exprime un désir de sagesse et de pacifisme. Elle ne veut plus légiférer sur l’histoire et préfère laisser aux historiens le nécessaire travail d’établir la réalité des événements du passé douloureux concernant ses deux communautés, l’arménienne et la turque.

Alors, ce signal fort qui a été acté devrait être entendu par tous les élus de la République. Ces derniers, au lieu de faire du clientélisme devant des stèles et autres monuments, devraient tous agir pour que ces mêmes associations participent à la réflexion et au dialogue pour une compréhension réelle de ces événements dans le but d’aboutir à LA réconciliation. En tant que Française d’origine turque, j’attends de nos élus une fidélité aux principes et aux valeurs qui ont guidé la France à travers une réelle volonté de porter un message de paix et de réconciliation. Je m’insurge qu’ils agissent par intérêt électoraliste, qu’ils favorisent le communautarisme à travers des manifestations qui ne façonnent en rien une mémoire collective républicaine.

Lors du colloque organisé à Sciences Po Lyon le vendredi 15 avril dernier, les intervenants et notamment la députée Hélène Flautre ont exprimé les intimidations, pressions et menaces qu’ils subissaient de la part des extrémistes arméniens. La participation des élus français aux manifestations pro-arméniennes serait alors le reflet de pressions et d’une forme de « prise d’otage » électoraliste.

En prenant en « otage » ces décideurs, ils participent à la destruction de la création d’un processus de paix qui doit avoir lieu entre la Turquie et l’Arménie. Alors pourquoi, serait-ce aux Français d’origine turque de trinquer ? La France ne peut être le seul pays au monde où, quand ce sujet est abordé, une minorité stigmatise et accuse une autre. Ce n’est pas possible, ce n’est pas juste, ce n’est pas de la démocratie.

Est-ce qu’encore une fois, ce sera la minorité électorale la plus forte qui aura le dernier mot en exerçant un réel chantage ? Il faudrait apporter un soutien à toutes les initiatives de dialogue entre les sociétés civiles turque et arménienne. Seul un dialogue apaisé permettra de parvenir à une compréhension commune de ces événements et de dépasser les tensions héritées du passé. Dépassionnons le débat et adoptons une approche scientifique de ce sujet sensible, surtout au pays de Descartes.
J’invite donc certains politiques à se poser les bonnes questions afin que l’intérêt général prime toujours face à un fauteuil d’élu.

DY