Russes de Bakou : la gratitude de Nuri Paşa (frère d'Enver) - Turquie News
lundi 16 mai 2022

Russes de Bakou : la gratitude de Nuri Paşa (frère d'Enver)

Publié le | par [email protected] (SibiryaKurdu) |

Russes de Bakou : la gratitude de Nuri Paşa (frère d'Enver)

La République de l’Azerbaïdjan du Caucase, Paris, P. Harambat, 1919, p. 18-21 :

"Dans cet épisode sanglant qui eut de si funestes conséquences pour les musulmans [les massacres de mars-avril 1918], le rôle prépondérant fut joué par les Arméniens qui se trouvaient à Bakou à ce moment, groupés là, comme partout ailleurs, autour de leur parti nationaliste par excellence « Dachnaktsoutioune ».

Les représentants de ce parti ainsi que ceux des autres partis arméniens, composant le Conseil national arménien, avaient, quelques temps avant les événements du 18-22 mars, engagé des pourparlers avec les représentants du Comité central musulman de la Transcaucasie, pour régulariser les relations politiques et nationales des deux peuples voisins. Malgré cela tous les « Dachnaktsoutioune » et même le parti modéré national-démocrate, se transformèrent en bolcheviks, ayant au milieu d’eux, les guidant peut-être, près de 7,000 soldats arméniens, qui, rentrés du front occidental, étaient restés sur la place à la suite de l’arrêt de la circulation des chemins de fer transcaucasiens.

Ainsi qu’il fut établi plus tard, ces mêmes soldats participèrent à la guerre sociale, entreprise par les bolcheviks dans le but d’arriver au pouvoir ; transformée par la population arménienne de Bakou en guerre nationale entre Arméniens et musulmans.

Fut-ce désir de partager le pouvoir des bolcheviks, vengeance nationale, ou suite de l’irritation causée par l’arrêt de la circulation et la pénurie des aliments ? Le fait est que ce sont les Arméniens qui, sous le pavillon du bolchevisme, se ruèrent sur les musulmans et massacrèrent pendant les quatre effroyables journées de cauchemar, plus de 12,000 personnes, dont beaucoup de vieillards, de femmes et d’enfants.

L’historien futur ne manquera, certes pas, d’étudier cette question, mais dès maintenant on peut affirmer que les Arméniens des autres régions ne pouvaient approuver la conduite de leurs compatriotes de Bakou [pas sûr ].

Action agressive des Arméniens

La conduite des Arméniens, à l’égard de la population musulmane, fut plus qu’agressive dans le district de Chemakha, les massacres des musulmans, les assassinats de familles entières, les victimes fusillées, la destruction et les incendies de centaines de villages et de l’ancienne ville azerbaïdjanaise de Chemakha, ont bien fait voir que tous ces faits étaient l’oeuvre des Arméniens seuls, et que les bolcheviks n’étaient pour rien.

Et, en effet, les vrais bolcheviks se sont non seulement fait un paravent des Arméniens, mais firent entendre des protestations contre la brutalité des « bolcheviks  » arméniens donnant libre cours à leur haine de race contre les musulmans.

Guidées par l’arménien Chaoumian , chef du Soviet des commissaires de Bakou, les organisations bolchevistes s’étaient accrues de « Danaks » [dachnaks] chauvins, qui réglaient leurs comptes nationaux avec les Azerbaïdjanais, sous le couvert du bolchevisme.

La haine et la cruauté dirigées exclusivement contre les musulmans ont fait naître de justes reproches et de vives protestations chez les bolcheviks eux-même et chez les éléments non musulmans de la population. C’est ainsi que le corps de l’Ecole d’aviation de Bakou, exclusivement composé de Russes, ne cacha pas son mécontentement au sujet de la conduite de ces « bolcheviks ».

Le régiment d’infanterie du Turkestan, faisant autrefois partie de l’armée russe, fut encore plus révolté. Se trouvant par hasard à Bakou au moment des événements du mois de mars, les officiers et les soldats de ce régiment, leur commandant en tête, ont rédigé un ordre du jour enjoignant de cesser les agressions de caractère nationaliste, contre les musulmans de Bakou. Ils menaçaient, en cas de refus, de prendre les armes contre les coupables.

Les organisations « bolchevistes » arméniennes, se sont naturellement empressées de se défaire du dit régiment, en lui facilitant son départ par mer, et en le renvoyant ainsi dans sa patrie.

Outre les organisations de toute sorte, toute la presse « bolcheviste » se trouvait aussi entre les mains des Arméniens : l’Ouvrier de Bakou, les Nouvelles du Soviet des députés, ouvriers, soldats et matelots de Bakou. Grâce à cela, non seulement la bourgeoisie locale, mais toute la classe intellectuelle musulmane était journellement exposée aux poursuites, et accusée d’appartenir au parti « contre-révolutionnaire ».

On confisquait les biens et on discréditait les gens de toutes les manières possibles. Il en résulta que la plupart des Azerbaïdjanais quittèrent Bakou et la région pétrolifère, ne trouvant pas d’autre moyen d’échapper aux cruautés et aux actes de sauvagerie de ces nationalistes arméniens « bolcheviks ».

Il est fort possible que cela fût partie du plan nationaliste de ces derniers : débarrasser la ville de ses vrais propriétaires — les Azerbaïdjanais — pour s’emparer des richesses naturelles, et y régner ensuite en maîtres !

Ce plan existait pourtant, malgré sa folie, et il fut mis à exécution."

D. Z. T., "La première république musulmane : l’Azerbaïdjan" , Revue du monde musulman, volume XXXVI, 1918-1919, p. 250 :

"Toujours est-il que les Arméniens de Bakou se ruèrent en masse sur la population musulmane, qui perdit pendant ces quatre jours d’atrocités plus de 12.000 âmes, dont une multitude de vieillards, de femmes et d’enfants. L’historien futur établira et mettra à jour toutes les vérités ; mais dès maintenant nous pouvons affirmer que les massacres de Bakou resteront une tache indélébile pour les leaders du parti « Dachnaksioun ».

On dut l’arrêt de l’extermination des Musulmans à l’intervention d’un régiment russe qui, révolté par les atrocités des dachnako-bolcheviks, menaça ces derniers de faire cause commune avec les Musulmans et de faire feu sur eux s’ils ne cessaient pas immédiatement le massacre."

Gr. Tchalkhouchian, Le livre rouge, Paris, Veradzenout, 1919, p. 89 :

"Dans une église , Nouri pacha harangua les Russes, les appelant ses amis [après la libération de Bakou (septembre 1918)]. « Nos ennemis, dit-il, ce sont les Anglais. » Mais ceux-ci étaient hors d’atteinte. Les Arméniens durent répondre de tout. I. N. Smirnoff [Iakov Nikolaïevich Smirnov], représentant des Russes, complimenta à son tour Nouri pacha. Les Géorgiens furent reconduits dans leur pays avec les honneurs de la guerre. On augmenta la solde des officiers russes [sans doute les officiers russes de l’Armée de l’Islam (commandée par Nuri Paşa), qui y étaient mieux acceptés que les clercs musulmans azéris...]. On oublia les Arméniens comme s’il en devait être ainsi."

La République de l’Azerbaïdjan du Caucase, op. cit., p. 25 :

"Antérieurement à cet événement [le débarquement du général britannique Thomson (novembre 1918)] avait été convoqué le Parlement azerbaïdjanais, qui remplaçait l’Assemblée nationale. Il avait été élu au suffrage universel, avec représentation des minorités, grâce à quoi, à côté des députés de la majorité musulmane, figurèrent également 21 députés arméniens et 10 russes ainsi que des représentants polonais, juifs et ceux des autres peuples habitant la contrée.

Le Parlement azerbaïdjanais, composé de 120 membres, avait des droits étendus dans la sphère législative, de même que dans celle de l’activité administrative à l’aide du droit d’interpeller le Gouvernement et d’en exiger des explications."

Richard G. Hovanissian , "L’intermède de l’indépendance nationale", Esprit, avril 1984, p. 98 :

"En Azerbaïdjan [après la Première Guerre mondiale], le parti dominant Musavat aspirait à l’indépendance nationale mais n’était pas indifférent à l’influence et aux pressions turques. Plusieurs milliers d’officiers turcs et de civils servaient dans cette république comme cadres militaires, enseignants, fonctionnaires et officiers de police. De plus, les fugitifs de Ittihad [Comité Union et Progrès ] tels que Halil Pacha (Kut) [oncle d’Enver ], Nuri Pacha (Conker) [confusion entre Nuri Killigil (dont il était question précédemment) et Nuri Conker (ami de Mustafa Kemal et qui n’était pas en Azerbaïdjan)] et Küchük Talat [à ne pas confondre avec Talat Paşa ] y étaient traités comme des invités d’honneur."

"A travers la presse", L’Europe orientale, n° 9-10, 1-16 janvier 1920, p. 45-46 :

"Un politicien anglais en Azerbaïdjan

Le politicien [reporter] anglais Mr. Scotland Lidel [Robert Scotland Liddell], qui a visité dernièrement Bakou, a écrit au Morning Post ses impressions sur l’Azerbaïdjan. Il dit entre autres choses :

« Les forces anglaises vont quitter Tiflis. Le gouvernement d’Azerbaïdjan ayant les moyens nécessaires pour assurer l’ordre et la sécurité dans le pays, on n’a pas besoin de la présence de troupes anglaises. Il y a deux jours, à mon arrivée à Bakou, j’ai été étonné au sens le plus fort du mot. On m’avait raconté que le désordre régnait à Bakou ; c’est le contraire que j’y ai trouvé. C’est plutôt l’ordre et le calme qui y règnent. On m’avait dit que j’y trouverai des bandes s’arrogeant le titre d’armée ; or, j’ai été étonné lorsque, au contraire, je n’y ai trouvé que des formations régulières de soldats jeunes et bien disciplinés. En réalité, la sécurité que connaît actuellement la ville n’a jamais existé depuis le début de la guerre générale.

« Entre Tiflis et Bakou, les communications par chemins de fer sont régulières ; il est vrai que les bolcheviks ont emporté les étoffes qui tapissaient les wagons ; mais rien n’y manque quant à la propreté.

« Je suis arrivé à Bakou dans l’après-midi ; c’est un phaéton très chic qui m’a transporté à l’hôtel. J’étais accompagné d’un officier azerbaïdjanien ; des centaines de soldats que nous avons croisés dans les rues, pas un n’est passé sans saluer militairement mon compagnon.

« J’ai été très étonné que l’on ait pu former en deux ans une armée pareille [qui comprenait encore des officiers turcs ottomans (cf. ci-dessus) et russes orthodoxes]. Le gouvernement d’Azerbaïdjan est pénétré de l’idée qu’une armée ne peut exister sans la discipline ; c’est pour cela qu’il y a attaché beaucoup d’importance.

« Le soir, je me suis promené sur le boulevard au bord de la mer ; beaucoup de monde, des Tatars, des Arméniens et des Russes s’y promenaient gais et contents. Partout on constatait le sentiment d’une sécurité parfaite. L’armée qui traversait la rue inspirait l’ordre et l’assurance, et la police avait complètement gagné la confiance de la population.

« Le très méticuleux capitaine Goudjeff est un commandant exemplaire pour la ville de Bakou. Au Karabagh , l’ordre a été rétabli, de même le bolchevisme a été extirpé du Lenkoran dont la population a accepté l’annexion à l’Azerbaïdjan. D’après les déclarations d’un homme d’Etat tatar, la petite république ne manquera pas de prouver aux yeux du monde que les Tatars sont capables de s’administrer eux-mêmes. En réalité, l’Azerbaïdjan est aujourd’hui le plus parfait des Etats du Caucase. » "

Sur Nuri Paşa et la République d’Azerbaïdjan : La première République d’Azerbaïdjan et la question arménienne

Enver Paşa (Enver Pacha) et l’indépendance du Nord-Caucase (1918)

Berlin, 1942 : rencontre entre Nuri Killigil (frère d’Enver Paşa) et Alexandre Khatissian (dachnak)

Sur les officiers russes de l’Armée de l’Islam : Le nationalisme turc et le panturquisme sont-ils les motifs des massacres et des déportations d’Arméniens (1915) ?

Sur les sources russes concernant la Première Guerre mondiale : Les sources documentaires ottomanes et russes démentent les mensonges de Taner Akçam

Les volontaires arméniens de l’armée russe : des criminels de guerre

La bataille de Sarıkamış : les points forts et les faiblesses des deux armées en lice (ottomane et russe)

Les violences interethniques à Batoum-Kars (1914-1916)

Comité Union et Progrès : le congrès de septembre-octobre 1916

Première Guerre mondiale : l’occupation russe de l’Anatolie orientale

L’occupation-annexion ottomane de Batoum (1918)

Sur les Russes de Kars : "Frères de mémoire", frères ennemis : les relations ombrageuses entre Grecs et Arméniens "génocidés"

Le conflit entre la République dachnake et les populations non-arméniennes

Les populations musulmanes et chrétiennes de Kars, au gré des fluctuations militaires et géopolitiques

Sur les réfugiés russes blancs en Turquie : https://armenologie.blogspot.com/20... La déportation des Arméniens : une mesure conjoncturelle et temporaire

Les naturalisations de Russes blancs sous le régime kémaliste

Sur les Russes du Sud-Caucase post-soviétique : L’Azerbaïdjan, terre de tolérance religieuse

L’épuration générale des minorités ethniques en Arménie


Nombre de visite 187

À lire aussi