mercredi 30 novembre 2022

Le PKK en France

Les militants du PKK au service du contre-espionnage français

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Les militants du PKK au service du contre-espionnage français

TURQUIE NEWS - Nous vous proposons de découvrir en exclusivité cet article de Muammer Elveren, correspondant de Hürriyet en France, en date du 21 janvier 2013.

Traduction exclusive pour Turquie News par Kerem.


Les services de renseignements français suivent les moindres faits et gestes des organisations terroristes présents sur le territoire mais se plaisent à fermer les yeux sur leurs activités illégales, situation qui a conduit la France à devenir aujourd’hui une base arrière pour leurs militants. Au même titre qu’avec d’autres organisations terroristes, la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) maintient une surveillance continue sur les militants du PKK et en cas de besoin les utilisent comme informateurs.

Par Muammer ELVEREN

Lorsque le contre-espionnage français décide de s’attacher les services de militants appréhendés par les services de renseignements intérieurs et extérieurs, il s’entretient de façon régulière avec eux et va jusqu’à même leur faire bénéficier de conseils quant à la poursuite de leurs actions.
Les informations recueillies proviennent de la presse française qui s’est largement intéressée à la question et chez qui la remise en liberté des militants arrêtés lors des les différentes opérations menées dans leurs locaux a soulevé une série d’interrogations.

LES NOMS DES CADRES DIRIGEANTS DU PKK

Cette situation qui se poursuit depuis un certain nombre d’années a été révélée suite à la série de perquisitions effectuées sur tout le territoire français et notamment à Paris et qui ont été initiées en 2007 par le juge spécialisé dans la lutte anti-terroriste de l’époque, Jean-Louis Bruguière. La relaxe des quatorze militants du PKK peu après leurs arrestations, parmi lesquels figuraient les noms des principaux cadres européens de l’organisation dont Ali Riza Altun et Nedim Seven, considéré comme trésorier du PKK en Europe, a suscité la controverse au sein des medias français et éveillé des soupçons quant aux “liens entretenus par les services secrets français avec le PKK”.
Les quotidiens français tels que Le Figaro, Le Monde, Le Parisien et les hebdomadaires, Le Nouvel Observateur et L’Express ont rapporté que les militants du PKK arrêtés lors des opérations menées au niveau national travaillaient pour le compte de la DST qui, en contrepartie, fermaient les yeux sur leurs activités en France. On y précise également que les services de renseignements avaient connaissance de l’ensemble des agissements du PKK : « Ces militants entrent régulièrement en contact avec la DST au moins une fois par mois et servent en cas de besoin d’espion ou d’informateur ». Dans un entretien accordé au journal Le Monde, les services de la DST ont reconnus avoir été en contact avec des militants du PKK pour les mettre en garde contre tout franchissement de la “ligne jaune”.

PAS D’ATTENTATS EN FRANCE ET ON VOUS LAISSE TRANQUILLE

Selon les déclarations d’un fonctionnaire des services secret qui n’a pas révélé son identité à la presse : « Il a été passé un accord tacite entre le PKK et les services secrets français sur la base du “pas d’attentats en France et on vous laisse tranquille” ». L’existence de cet arrangement informel ainsi que celle des contacts réguliers avec le PKK ont été reconnues par les services secrets français.
D’après l’un de leurs responsables : « Nous sommes en relation avec ces gens, souvent réfugiés politiques, dans le cadre d’une action de police administrative. Mais en aucun cas, cela ne les autorise à se sentir couverts ». Et de poursuivre : « Nous avons fermé les yeux sur aucune activité suspecte. Au contraire, nous les mettons en garde contre tout franchissement de la ligne jaune ».
Cependant, Me William Bourdon, avocat de trois militants mis en examen affirme ne pas être d’accord avec les propos avancés par le responsable des services secrets : « Ils étaient surveillés et contrôlés par la DST et les RG (Renseignements généraux). Brutalement, on criminalise leurs actions alors que les services savent tout de leurs activités ». Et ajoute : « Cela pose la question de l’utilisation à la carte de DST et des RG en fonction des agendas politiques ».

4 MILLIONS D’EUROS SONT EXTORQUÉS CHAQUE ANNÉE EN FRANCE

Par ailleurs, les journaux ont fait part d’informations plus ou moins surprenantes :
« Les fonctionnaires de la Sous-Direction Anti-Terroriste (SDAT) ont réussi à mettre au grand jour au terme de leurs investigations les activités à caractère délictuelles du PKK. Les perquisitions menées dans ses locaux et les documents comptables occultes saisis ont permis d’établir que l’organisation fait peser une pression considérable sur la diaspora kurde en France dans le but de lui extorquer des fonds à hauteur d’environ 4 millions d’euros par an. Des traces de stupéfiants ont en outre été retrouvées sur une partie de l’argent saisi (34 000 €) ».

LES MILITANTS DU PKK RECHERCHÉS PAR INTERPOL

Alors que le PKK est inscrit sur la liste des organisations terroristes de l’UE et des États-Unis comme le rappelle le journal Le Parisien, « l’arrestation de certains militants a eu lieu dans des locaux situés tout près du QG de campagne de Nicolas Sarkozy dans le Xème arrondissement de Paris ». Le journal ajoute : « La justice française a mis en examen les militants du PKK pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ainsi qu’à des opérations de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme ». Selon une source proche du dossier, les militants interpellés ont fournis aux fonctionnaires de la DST de façon exhaustive « des informations sur le fonctionnement de cette structure, notamment sur les collectes de fonds effectuées en France et sur l’organigramme du PKK en France ».
Un des informateurs que la DST côtoie de façon régulière est le trésorier européen du PKK, Nedim Seven. Celui-ci fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par Interpol et est recherché par les autorités turques pour le meurtre de quinze personnes. Mais également Canan Kurtyilmaz, agée de 33 ans et l’une des dirigeants du mouvement en Belgique, qui est recherchée par Ankara dans le cadre d’attentats perpétrés en Turquie. Les journaux indiquent également que les personnes arrêtées sont des militants actifs de l’organisation et que leurs dossiers d’instruction sont examinés conjointement par les juges anti-terroristes Jean-Louis Bruguière, Thierry Fragnoli et Philippe Coirre. Ils sont également soupçonnés d’avoir prêté un soutien financier aux cadres dirigeants du PKK présents dans le nord de l’Irak grâce aux fonds récoltés en France ainsi qu’au groupe radical kurde affilié au PKK baptisé “Faucons de la liberté du Kurdistan” (TAK) à l’origine de nombreux attentats commis contre des cibles civiles.

NON SEULEMENT HOLLANDE MAIS AUSSI DEVEDJIAN

Les informations récoltées auprès des militants du PKK arrêtés suite aux opérations de police révèlent donc que la DST a entretenu des rapports étroits avec ces derniers. Il apparaît de surcroit que Patrick Devedjian, conseiller politique de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, et ancien ministre délégué aux “Libertés locales” les a côtoyer de façon officielle.
Atilla Balikci qui se présente comme le secrétaire d’Ali Riza altun, représentant du PKK en Europe, a expliqué lors de son interrogatoire par le juge Fragnoli qu’il a servi d’“intermédiaire entre Riza Altun et la DST”. Balikci a également confirmé avoir eu des contacts avec Devedjian au nom “de la communauté kurde en France”.
Son avocat, Me Jean-Louis Malterre a déclaré : « Alors que depuis au moins 10 ans les autorités connaissaient les activités de ces gens et les autorisaient à récolter des fonds, et voilà qu’on les criminalise du jour au lendemain ». De facto, ses affirmations viennent corroborer la réalité des activités illicites du PKK en France.
M. Devedjian, qui a d’ailleurs été l’avocat du mouvement ASALA (groupe terroriste issu de la diaspora arménienne), a confirmé ses liens avec ces réseaux dans une déclaration à l’AFP : « Je ne m’en souviens pas, mais c’est possible. J’ai souvent reçu des délégations kurdes mais je n’ai jamais reçu de délégations du PKK en tant que tel ».

ILS ONT PU QUITTER LA FRANCE EN TOUTE IMPUNITÉ

Ces opérations de police qui ont, jusqu’à l’année dernière, été organisées quasi régulièrement ont toutes conduit à la relaxe des personnes interpellées. Les militants arrêtés ce jour-là à Paris ont également été libérés après leur garde à vue. Nedim Seven, alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Erevan, la capitale de l’Arménie, a été intercepté à l’aéroport de Rome lors des contrôles de passeport. Les services de sécurité italiens ont déclaré que les documents de Seven avaient été falsifiés et qu’il voyageait muni d’un passeport vert turc (délivré prinpalement aux fonctionnaires de l’Etat) et sous une fausse identité, celle de “Seyfi Ates”. Au terme des correspondances écrites avec les hautes autorités turques, il s’avéra que la personne arrêtée était Nedim Seven et qu’il faisait l’objet d’une Notice rouge d’Interpol (Avis de recherche). Quant à Ali Riza Altun, il réussit à rejoindre le nord de l’Irak via un vol régulier au départ de l’aéroport de Vienne. Alors qu’il était placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter la région parisienne, Altun réussit à se rendre en Autriche et bien qu’ayant été interpellé dans un premier temps par les services de sécurité autrichienne pour possession d’un faux passeport, celui-ci est remis en liberté au bout d’une semaine de garde à vue avant de prendre aussitôt un vol pour Erbil (ville du nord irakien). Les autorités autrichiennes n’ayant pas pris la peine d’en informer Paris et Ankara.

L’AMBASSADEUR DE TURQUIE A PARIS : « JE LEUR AI REMIS L’ADRESSE D’ALI RIZA ALTUN EN MAIN PROPRE »

Au mois de décembre 2005, au terme de sa mission en France et avant son départ, l’ancien Ambassadeur de Turquie à Paris, M. Uluc Özülker, a dénoncé dans une déclaration faite lors d’une interview privée accordée au journal Hürriyet l’attitude quelque peu équivoque de la France vis-à-vis du PKK :
« Nous leur avons fourni maintes fois l’adresse personnelle du militant du PKK, Ali Rıza Altun, et je leur ai remis en main propre au moins sept ou huit fois sous forme de papier officiel. De toute façon, il leur est impossible d’ignorer le lieu où il se trouve. “Et même si vous ne parvenez pas à le retrouver, je peux vous le dire. À cette date, il sera à cet endroit et à cette réunion, vous pouvez aller le cueillir”.
Mais à chaque fois, toujours la même réponse : “ Nous avons cherché là où vous nous avez indiqué mais malheureusement nous n’avons rien trouvé”. Malgré tout, je persiste à croire que la France reste un grand pays et une grande puissance politique internationale.
Cette attitude de la France suit une règle de stratégie communément admise de tous les pays qui est celle de vouloir utiliser certaines structures comme une arme potentielle de déstabilisation contre un autre pays mais tout en veillant parallèlement à préserver celles qui garantiront des relations bilatérales saines et pacifiques.
Le dicton turc “Longue vie au serpent qui ne me mord pas” trouve ici ton son sens. S’ils étaient confrontés à des attentats terroristes, leur comportement à l’égard du PKK serait tout autre.
En effet, le massacre commis par le groupe ASALA à Orly l’avait conduit à sa perte. De même, le recours par le PKK à une action violente et armée en France produirait le même résultat.
Ainsi, le principe du “Longue vie au serpent qui ne me mord pas” dont la réciprocité semble régir les relations entre le PKK et les autorités françaises permet aux deux parties de poursuivre leurs activités à bon compte.
Pour la France, il s’agit d’avoir accès à des renseignements et par là même occasion de disposer d’un pion sur l’échiquier de ses relations avec la Turquie ».

 LE REPORTAGE ACCORDE PAR L’AMBASSADEUR ÖZULKER AU JOURNAL HÜRRIYET (en langue turc)

 Lien/Source : Hürriyet

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