jeudi 8 décembre 2022

Aïcha Altun, "il a fallu prouver plus que d’autres"

par Renée Mourgues

Publié le | par Sophie C. | Nombre de visite : 695 |

Du simple travail de nettoyage aux prises de responsabilités, Aïcha Altun, 32 ans, Française d’origine turque, a mis quelques années pour gravir les marches d’une bonne intégration sociale.

Le cheveu d’ébène, les yeux de jais, la peau brune, Aïcha Altun déclare être la seule des trois enfants de la fratrie à « ressembler à une Turque ». En 1975, son père bûcheron avait trouvé de l’embauche à Oloron où le rejoint le reste de la famille en 1976. Un an plus tard naît Aïcha dont l’enfance va s’inscrire dans le quartier d’Ousse-des-Bois. « J’y suis restée jusqu’à 22 ans et j’en ai gardé un très bon souvenir. Tout le monde se connaissait. On était très soudés  », se remémore-t-elle.

Elle use ses premiers fonds de culotte sur les bancs de l’école primaire Marcel Pagnol avant le collège Jean Monnet, carte scolaire oblige. Parallèlement, elle suit des études en langue turque grâce à l’enseignant fourni par le consulat de Marseille. « Je l’ai fait pour pouvoir communiquer avec la parenté en Turquie  », précise-t-elle. Elle obtient ses deux brevets des collèges, l’un turc, l’autre français.

Peu armée pour de longues études, Aïcha apprend la couture au lycée Honoré Baradat puis la vente avec l’ASFO. A 17 ans, elle débute au bas de l’échelle chez Abilis, une entreprise de nettoyage d’hôtels, bureaux et magasins. Quatre ans plus tard, la jeune fille démissionne, faute de perspective d’évolution professionnelle.

« Je suis rentrée chez APR en 2000. On m’a confié, à l’essai, la responsabilité du suivi des clients et du personnel. Au bout d’un mois, j’ai été titularisée  », raconte-t-elle, pleine de reconnaissance à l’égard du patron qui lui accorda sa chance.

Lui-même autodidacte ayant réussi à la force du poignet, Philippe Cazes-Carrère, président de l’Agence paloise de rénovation, ne pouvait rester indifférent aux efforts et à la farouche volonté de promotion sociale de la jeune employée.

Il lui octroie d’abord la gestion du secteur de Pau-Billère (toujours sous sa houlette) et celui des Hautes-Pyrénées qu’elle abandonnera pour de nouvelles missions. Elle prend en charge l’organisation et le contrôle des emplois du temps, le recensement et l’administration des chantiers, le recrutement du personnel avec l’aide des chefs d’équipe et les relations avec la clientèle... « Quand on n’a pas fait d’études, il faut se donner deux fois plus à ce que l’on fait  », avance Aïcha qui assure n’avoir jamais pâti de ses origines ethniques. En revanche, «  ne pas avoir fait d’études m’a davantage handicapée. Il a fallu prouver plus que d’autres », affirme-t-elle.

Pas du style geignard, la jeune femme va de l’avant en assumant parfaitement sa double culture, loin des problématiques identitaires. En matière d’intégration, elle considère qu’« il faut y mettre du sien sans systématiquement incriminer la société  ». Cela n’exclut pas d’amères désillusions. « Je n’ai pas compris que le consulat de France en Turquie refuse sans explication le visa de trois mois demandé par mon oncle âgé de 75 ans. Les autorités ne font plus la distinction entre les sans-papiers et ceux qui veulent juste rendre visite à leurs proches d’Europe  », regrette-t-elle.

Vivant en union libre avec un Bigourdan et mère célibataire, Aïcha n’a pas eu à subir les foudres de parents d’ailleurs «  très ouverts et très fiers de leur fille  ». La jeune Franco-Turque adore Noël et les fêtes orientales, le foie frais aux pommes et la moussaka, son pays et celui de ses grands-parents. Bref, une jolie fille sans complexes ni a priori.

LIGNES DE VIE

Famille Née le 23 mai 1977 à Oloron. Mère d’un petit garçon, Nolan, 22 mois.

Etudes Brevet des collèges ; CAP de vente.

Parcours Agent de nettoyage au sein de la société Abilis (1995-1999) ; salariée du groupe APR depuis 2000.

Engagements Membre de l’association turque de Pau, elle prépare la fête des enfants.

Sources : La République des Pyrénées

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