TOURISME - De Sinop à Trabzon, la mer Noire haute en couleurs - Turquie News
mercredi 17 août 2022

TOURISME - De Sinop à Trabzon, la mer Noire haute en couleurs

Publié le | par Hakan | Nombre de visite : 1172 |

Si beaucoup de Stambouliotes profitent des plages de la mer Noire en été, peu sont ceux qui s’aventurent au-delà d’Amasra, que nous avions évoqué l’été dernier. Pourtant le littoral de la mer Noire regorge de villes aux histoires passionnantes. De Sinop à Trabzon en passant par Samsun, sans oublier les villages de pêcheurs et les hameaux de montagne, qui ont préservé leur architecture locale traditionnelle en bois. Encadrés par de belles montagnes, s’étendent de verdoyants plateaux souvent encore intacts

Il faut le dire : la route qui longe la côte turque de la mer Noire, bordée de béton et d’usines de toutes sortes, est loin d’être charmante. Il suffit pourtant de s’en écarter un peu pour découvrir une végétation magnifique, entre mer et montagne, au milieu de laquelle se cachent de petites villes aux histoires passionnantes. Elles apparaissent aux voyageurs souvent au dernier moment, au détour d’une épaisse forêt de pins ou de cultures abondantes - de thé, tabac, cerises, et noisettes surtout-, dans une sorte de jardin d’Eden arrosé par des pluies abondantes tout au long de l’année.

Sinop, par exemple, située à 190 km au nord-est de Kastamonu, est l’un des plus beaux ports naturels de la mer Noire. Habitée par de nombreux peuples depuis 4.500 avant JC, la ville s’est construite sur une avancée naturelle dans la mer. On y voit la mer à sa gauche et à sa droite.

La ville est petite, chaque ruelle offre un nouveau point de vue et il est agréable d’errer là où vivait le philosophe grec Diogène. Le long du charmant petit port, les restaurants de poissons servent d’excellents repas. Les bateaux aux couleurs vives, dont les décorations sculptées sont une spécialité de Sinop, complètent le tableau pittoresque. En plus des musées et des vestiges de temples datant de l’antiquité, certains seront intéressés par la visite de l’ancienne prison de Sinop. Très utilisée au XXe siècle, elle a été fermée et transformée en musée. Tout y a été laissé (seules certaines parties ont été murées), des lits aux chaînes en passant par des fauteuils qu’on suppose être de torture. Les différents objets prennent l’humidité, les murs petit à petit se recouvrent de végétation, mais l’atmosphère y est toujours très pesante. Plusieurs Turcs célèbres ont été emprisonnés là-bas, c’est le cas de Sabahattin Ali, qui a écrit l’un de ses poèmes les plus connus dans sa cellule de Sinop, cellule que l’on peut visiter, telle qu’elle a été laissée par le dernier prisonnier, qui sait, peut-être le grand poète lui-même.

Non loin de Sinop après la plage d’Akkum, on peut découvrir le seul fjord de Turquie, le fjord Hamsaros. Gerze, à 40 km à l’Est le long de la côte, est situé sur une péninsule entourée de parcs et de plages. La route côtière mène ensuite à Yakakent, 44 km à l’Est de Gerze, village de pêcheurs aux belles plages de sable propre. La grande forêt de Çamgölü, qui s’étend jusqu’au bord de la mer, est parsemée de campings, d’installations touristiques et de restaurants. Dans l’arrière-pays, Bafra à 30 km à l’Est de Yakakent est célèbre pour son tabac, son caviar et ses sources thermales. Il faut visiter le hammam du XIIIème siècle et le complexe mosquée-mausolée du XVème siècle.

C’est à Ikiztepe, à 7 km au nord-est de Bafra, qu’a été découvert un site archéologique du début de l’Age de Bronze, révélant l’histoire primitive de la mer Noire. Les objets exhumés lors des fouilles, dont de nombreux bijoux, sont exposés au musée de Samsun.

Samsun, cité industrielle moderne à 418 km au Nord-est d’Ankara et 168 km à l’Est de Sinop, a toujours été l’un des principaux ports de la côte. Les productions de toute la région transitent par cette ville où se tient chaque année une foire du commerce et de l’industrie. Centre de la Guerre d’Indépendance, car Atatürk y arriva le 19 mai 1919 pour organiser la défense de l’Anatolie, on peut y visiter le musée Atatürk. Il abrite de nombreux objets et documents relatifs à la guerre. La statue équestre du fondateur de la République se dresse dans le parc municipal. Bien sûr, si beaucoup de guides touristiques conseillent la visite de nombreuses mosquées et musées - à raison, la ville contient près de 75 sites archéologiques - Samsun peut décevoir quand on y arrive.

En France, certaines régions sont encore très préservées et l’on peut les traverser sans avoir à passer par des zones industrielles polluées et peu attirantes. Ce n’est pas le cas de la mer Noire, mais si certaines villes, comme Samsun, peuvent repousser au premier abord, leur histoire est souvent très intéressante pour ceux qui connaissent ou qui veulent mieux connaître la Turquie. Samsun par exemple, pour de nombreux Turcs, restera toujours la ville d’origine d’Orhan Gencebay, ce chanteur que dans tout le pays on continue à surnommer “Orhan Baba” (“Papa Orhan”).

En continuant à l’Est, à Çarsamba, vous découvrirez le plus bel exemple de mosquée entièrement en bois, construite en 1176. Ünye, charmant petit port à 93 km à l’Est de Samsun, est l’une des plus agréables villes de vacances de la côte Est de la mer Noire, avec ses belles plages et ses campings. Ne manquez pas de visiter son extraordinaire hôtel de ville du XVIIIème siècle.

Après Fatsa, célèbre autrefois car haut lieu de résistance et désormais station balnéaire sur la route d’Ordu à 20 km d’ Ünye, les ruines de l’église byzantine de Jason, aujourd’hui transformées en musée, se dressent sur le promontoire de Çamburnu.

La légende raconte que les Argonautes abordèrent ici dans leur conquête de la Toison d’Or. La jolie route pour Ordu est bordée de restaurants de poissons, servant également le meilleur thé de la région. La spécialité culinaire, l’escargot de mer, se déguste à Yaliköy. De retour vers la Grèce après leur campagne babylonienne, les survivants de la retraite des Dix Mille, conduits par Xénophon, quittèrent l’Anatolie à Ordu. C’est aujourd’hui un ravissant port au pied d’une colline boisée. Les paysans des environs cultivent des noisetiers et le Festival de la Noisette d’Or se tient à Ordu au mois de septembre de chaque année. N’oubliez pas de goûter la spécialité locale de chocolat aux noisettes. Au Sud d’Ordu d’agréables plateaux sont à visiter (Keyfalan, Çambasi, Aybasti-Persembe, Akkus-Argin et Mesudiye-Yesilce).

À 2 km de la ville, une église du XVIIIème siècle, près de la jolie plage de Güzelyali, vaut le détour. Les ruines d’une forteresse byzantine offrent un remarquable panorama sur Giresun (52 km à l’est d’Ordu), où l’on peut visiter une église du XVIIIème siècle devenue musée archéologique et ethnographique. Près de l’église se trouve une grotte qui pouvait abriter près de 1.500 personnes en cas d’invasion. C’est de cette ville, jadis Cérasos, que le général romain Lucullus rapporta en Europe le premier cerisier.

L’église Gogora de style architectural grec, aujourd’hui musée de Giresun, date du XVIIIème siècle. En ville il est également possible de visiter l’église catholique transformée en bibliothèque pour les enfants et la mosquée Kale.

Trabzon, bruyante mais colorée Plus à l’Est, se dressent Trabzon et Rize, beaucoup plus proches, elles, de la frontière géorgienne. Des hauteurs de Trabzon - la ville est construite à flanc de montage assez raide - on peut admirer la mer et les montagnes voisines à perte de vue. La ville est très industrielle mais plusieurs églises (bien indiquées dans les guides) ont été restaurées récemment et sont magnifiques. Les spécialités culinaires ne manquent pas. Au petit déjeuner, une délicieuse fondue de fromage ainsi que de la confiture de dattes. On dit aussi que les pides y sont les meilleurs. Ils sont en tout cas très différents des “karadeniz pidesi” que l’on trouve généralement à Istanbul, bien plus moelleux et souvent accompagnés d’un genre de sauce au beurre. Enfin pour les amateurs de sport, il est utile de rappeler que le club de football de la ville, qui a déjà été champion de Turquie fait vibrer tous ses habitants au quotidien. Du stade jusqu’à la place centrale, ces derniers hissent leurs couleurs bleu et bordeaux, et dansent sur toutes les places le “yihou” (un “halay” dansé dans la région), dans une ambiance bruyante et décalée, mais toujours très colorée.

Il serait dommage de passer à Trabzon sans visiter le monastère de Sumela. Situé à quelques kilomètres de la ville, on peut y monter à pied ou en voiture presque jusqu’en haut. L’architecture est magnifique et, si le bâtiment est plus petit que ce à quoi on s’attend au vu de toutes les lignes écrites à son propos - ou mesuré à l’effort si l’on est monté à pied !-, le détour vaut le coup. Les promeneurs peuvent s’y reposer et admirer les étendues de forêts vertes qui bordent les torrents. Entendre le bruit lointain d’un bateau peut-être, avant de repartir. Repartir pour continuer vers l’Est, Rize et ses noiseraies, ou repartir pour rentrer à Istanbul, en bus, en avion ou en bateau. Quitter les habitants de la mer Noire, les “Karadenizli”, qui font en Turquie l’objet de nombreuses blagues à cause de leur prétendue naïveté et de leur trop grande gentillesse. Il est vrai que, souvent heureux que des étrangers s’aventurent sur leurs terres, ils aident généralement sans compter.

Qu’on y aille sur les traces de l’histoire antique ou plus récente, turque, comme celle du chanteur Kazim Koyuncu ou de l’écrivain Nazim Hikmet, le littoral de la mer Noire est une terre accueillante. Le poète, lui-même originaire de la région, offre par ailleurs un bel argument à ceux qu’il reste encore à convaincre d’aller faire y faire un tour. Il écrit : “La plus belle des mers est celle où l’on n’est pas encore allé” (“En güzel deniz : Henüz gidilmemiş olanıdır”).

Source : Lorène Barillot - Le Petit journal Istanbul

À lire aussi