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lundi 15 août 2022

« La Turquie est un pays incontournable pour la France et l’Europe »

Interview exclusive de Stanislas Pierret, commissaire pour la France de la Saison de la Turquie.

Publié le | par Hakan | Nombre de visite : 257 |
« La Turquie est un pays incontournable pour la France et l'Europe »

Quelques semaines avant la fin de la Saison de la Turquie en France, Stanislas Pierret, commissaire pour la France de la Saison, fait pour Zaman France le bilan de plus de 8 mois de manifestations culturelles. Pour lui, très différente des saisons précédentes, elle a surtout permis à des institutions des deux pays d’entamer des coopérations dans de nombreux domaines, amorçant ainsi une dynamique qui aura des répercussions à long terme, aussi bien sur les plans culturel, économique que politique.

Quand et comment la Saison va-t-elle prendre fin ?

La Saison de la Turquie en France s’achèvera fin mars et une cérémonie de clôture est prévue le 6 avril à l’opéra de Versailles, avec le spectacle Musennâ (pour lequel il reste encore des places) qui marque l’aboutissement d’une coopération de longue haleine. Le projet avait débuté avant même la Saison, quand Arnaud Littardi et moi étions diplomates en Turquie. C’est donc un projet qui a plusieurs années et qui présente la diversité culturelle à Istanbul au XVIIe siècle. Le spectacle Musennâ a fait ses preuves en ouvrant le festival de Sablé en présence du ministre de la Culture, Fréderic Mitterrand et de Mme Fillon, épouse du Premier ministre, élue de Sablé. Nous préparons donc la clôture avec ce beau spectacle qui est comme un résumé de la Saison : c’est à la fois une création contemporaine et une relecture de la richesse du patrimoine et des cultures de Turquie. Ce spectacle représente aussi le lien historique qui unit la France à la Turquie, lien trop souvent occulté. Tels sont les objectifs de la Saison : montrer une Turquie diverse et créative. Ce fut un laboratoire extraordinaire de création artistique, tous les six mois une nouvelle institution culturelle émergeait. Tout ça ne vient pas par hasard. Aujourd’hui, c’est là-bas que les choses se font.

Qui viendrait ?

On ne peut rien dire pour le moment. Il semblerait, d’après ce que j’ai cru comprendre, que le Premier ministre turc souhaite venir. Mais on ne sait pas encore. La partie turque souhaite être représentée au plus haut niveau. Mais ça peut être aussi un ministre, je ne sais pas.

Et coté français ?

Je suis commissaire de la Saison ! C’est l’affaire des ambassadeurs et des cabinets ministériels. Il y aura sûrement des ministres et de nombreux élus français.

Il y a eu des polémiques sur les présences officiels des politiques, vous croyez que l’on va revivre ça ou que chaque parti attend de voir qui vient de l’autre côté ?

Le président Gül a été fort bien accueilli en France et a été ravi de sa visite. Il a rencontré les plus hautes autorités de l’Etat. Après la petite crise du tout début avec M. Erdogan il n’y a pas eu de soucis. La Saison s’est très bien passée. D’ailleurs, je n’ai jamais cru à l’annulation de la Saison. Nous sommes nous dans un calendrier culturel qui ne correspond pas au calendrier politique.

Justement, comment s’est positionnée la Saison sur des sujets politiques comme la question européenne ?

Nous n’avons pas voulu limiter la relation entre nos deux pays à cette question. La Saison est une saison culturelle, même si j’ai bien sûr mon avis personnel sur la question. C’est une question importante mais ce n’est pas la seule. C’est comme la question du génocide arménien. Elle a figuré dans le débat d’idées mais pas dans chaque événement. La Saison aura mis en relation des centaines d’artistes et d’institutions culturelles, permettant aux institutions turques d’entamer des coopérations avec leurs homologues français.

Et c’est donc un début même si la Saison se termine ?

Absolument, elle a servi de catalyseur et avec plus de 500 manifestations dans toute la France, elle a relancé la coopération dans de nombreux domaines notamment dans le secteur de l’économie, de l’éducation et du débat d’idées.

Comment l’expliquer l’importance de ces débats d’idées ?

Parce que la Turquie intéresse. C’est un pays qui est sujet à la controverse et dont il faut débattre. C’est un pays qui est incontournable pour la France et pour l’Europe, ça c’est évident. Il faut donc dialoguer.

Ça a été différent des Saisons précédentes ?

Très différent oui. Je suis bien sûr à la fois juge et parti, mais la Saison de la Turquie a deux spécificités : la décentralisation, avec 120 villes qui ont participé à la Saison, et il y a aussi le côté multidisciplinaire. D’habitude, les Saisons se limitent à quelques gros évènements culturels à Paris et dans quelques grandes villes. Les associations turques ont aussi beaucoup relayé la Saison à l’échelle locale.

Vous croyez donc que ces liens vont se prolonger sur le terrain politique ?

Je pense que la Turquie est un pays qui mérite d’être connu. C’est un pays que peu de gens connaissent, même chez les élites. Elle a permis de tisser des liens dans tous les secteurs et cela ne sera pas sans conséquences dans l’avenir !

En ce sens, on peut dire qu’Istanbul capitale européenne 2010 tombe assez bien ?

Oui, bien sûr ce n’est pas un hasard. La Saison s’inscrit dans le prolongement du Printemps français 2006 organisé conjointement avec iksv quand Arnaud Littardi était directeur de l’Institut d’Istanbul et que j’étais conseiller culturel à Ankara. Ce Printemps français a été un véritable succès. Voyant ce succès, les Turcs nous ont demandé de rendre la pareille. Le président Chirac a souhaité inviter la Turquie avant la fin de son mandat, et l’invitation a été confirmée par son successeur le Président Sarkozy.

Vous parliez de méconnaissance de la Turquie en France, comment l’expliquez vous ?

Il ne faut pas se voiler la face. Dans la littérature, la Turquie a souvent été représentée comme la figure de l’altérité. Le turc c’est l’Autre même si au XVIIe siècle, il n’y avait pas de choc des civilisations. C’est d’ailleurs ce que raconte Mûsenna. La Turquie d’aujourd’hui a une histoire très républicaine et partage beaucoup de valeurs avec la France. Ce n’est pas un État islamiste, il faut le dire et le redire. Il y a la place pour un islam qui ne soit pas politique et qui soit ouvert.

La Saison a-t-elle contribué à améliorer l’image de la Turquie aux yeux de la population française ?

C’est trop tôt pour le dire. Mais ce qui est sûr c’est que la Saison a été un véritable succès populaire. Les salles étaient quasiment toujours pleines. La Saison a eu beaucoup d’échos dans les médias, dans la presse nationale mais surtout dans la presse régionale qui a énormément relayé les différentes manifestations. Seule la télévision a moins couvert l’évènement. La télévision a un problème avec les Saisons en général, elle ne couvre pas beaucoup ces manifestations. Mais il y a eu tout de même de grandes émissions sur le service public, sur France 2 et France 3, comme Ce soir ou jamais ou Des racines et des Ailes qui a attiré plus de trois millions de spectateurs.

Et sur le plan politique ?

Ce que je vois c’est que cette Saison a suscité des visites de haut-rang, et ça c’est plutôt nouveau. Le dialogue entre politiques a repris. C’est le plus important. A long terme ça aura nécessairement des répercussions, même si ça ne va pas changer dans l’immédiat la position française. Mais les choses bougent. On peut ne pas être d’accord et continuer le dialogue.

Pour Arnaud Littardi, commissaire adjoint, l’objectif n’était pas politique La Saison a-t-elle contribué à l’amélioration de l’image de la Turquie en France ?

Permettez-moi de préciser que l’objectif de la Saison n’était pas à proprement parler d’améliorer l’image de la Turquie en France, mais de faire mieux connaître la Turquie au public français parce qu’elle a une image biaisée avec beaucoup de préjugés et d’ignorance. En ce sens, ça a été un succès. D’ailleurs, depuis deux mois, les gens qui ont réalisé que c’était quelque chose d’important, nous submergent de projets de dernière minute. Il est trop tard pour les soutenir financièrement, mais ils veulent absolument faire partie du programme et utiliser le logo, surtout autour de la poésie et de la littérature avec le Printemps des Poètes qui arrive. On peut donc affirmer que la Saison a bien contribué à mieux faire connaître la Turquie en France. Mais son objectif n’a jamais été de convaincre les Français que la Turquie devrait entrer dans l’UE.

Et quel impact chez les politiques ?

Les politiques français s’intéressent à la Turquie, mais il faut avouer que c’est un sujet sensible et un pays mal connu. D’où parfois une certaine réserve, par exemple en période électorale. Mais quand nous avons commencé à faire la promotion de la Saison à notre retour de Turquie, en septembre 2008, nous avons fait un tour de France et avons reçu globalement un très bon accueil qui s’est traduit par la forte implication de très nombreuses collectivités locales, toutes sensibilités politiques confondues. Ce qui veut dire qu’une personnalité politique peut être hostile à l’entrée de la Turquie dans l’UE tout en soutenant la Saison.

Source Zaman

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