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lundi 15 août 2022

Saison de la Turquie en France

La Turquie aux cimaises

Smyrne, Soliman, Topkapi, les Camondo… s’installent dans les musées parisiens pour célébrer la Saison de la Turquie en France. Tour d’horizon.

Publié le | par Hakan | Nombre de visite : 292 |
La Turquie aux cimaises

Éclat des soieries, moirures sinisantes des velours, complexité des motifs floraux, zoomorphes ou célestes, majesté des énormes turbans parfois surmontés d’aigrettes en plume de paon ou de héron : les caftans du Topkapi témoignent, peut-être plus encore que les diamants ou les armes, d’une des civilisations les plus puissantes et les plus brillantes que notre monde ait connu.

François Ier et Soliman, créateurs de la realpolitik

Elle fut appelée l’alliance impie ou encore le rapprochement injustifiable. En fait, comme on peut le déduire des lettres et traités calligraphiés exposés au Musée national de la Renaissance, dans le beau château édifié par le connétable de France Anne de Montmorency, l’union nouée entre le Très Chrétien François Ier et Soliman le Magnifique avait un but pratique : celui de contrer l’expansionnisme des Habsbourg. Trois salles expliquent et détaillent les ambassades, les collaborations militaires et, enfin, l’image du Turc né à cette époque dans l’inconscient occidental. Initiée par Louise de Savoie lorsqu’elle cherchait de l’aide pour faire libérer son fils après la défaite de Pavie, cette politique fut fort novatrice car jusqu’alors le roi de France était le fer de lance des croisades. L’exposition réunit l’essentiel des rares archives mais aussi des objets - souvent des cadeaux diplomatiques - et des représentations peintes et gravées. À commencer par le bassin de Charles Quint : une merveille d’orfèvrerie venue du Louvre.

On aurait aimé voir plus de ce que les arts des siècles suivants ont fait de Bajazet, de Soliman, du pirate Barberousse et, en général, de la figure, très exotique, à la fois séduisante et inquiétante, de l’Oriental.

Château d’Écouen (Val-d’Oise) , jusqu’au 15 février. Horaires : tlj. sauf le mardi de 9 h 30 à 12 h 45 et de 14 heures à 17 h 15.

Les fastes de soie et de velours du Grand Turc

Éclat des soieries, moirures sinisantes des velours, complexité des motifs floraux, zoomorphes ou célestes, majesté des énormes turbans parfois surmontés d’aigrettes en plume de paon ou de héron : les caftans du Topkapi témoignent, peut-être plus encore que les diamants ou les armes, d’une des civilisations les plus puissantes et les plus brillantes que notre monde ait connu. Ces lourdes robes, dont la forme fut abandonnée au profit du costume occidental au début du XIXe siècle, ont été précieusement conservées dans les mausolées impériaux d’Istanbul, avant d’être entreposées au palais-musée. Roulées dans des housses brodées, étiquetées au nom du sultan qui les avait portées, ces parures extrêmement codifiées, parfois couvertes d’une calligraphie talismanique, sortent de leur cénotaphe pour évoquer quatre siècles d’apparat.

Seulement quelques ensembles sur 5 500 pièces conservées à Topkapi : on est frustré. Mais comment égaler les fastes de Sublime Porte devant laquelle, de Blois à Venise, tout l’Occident s’agenouillait ?

Louvre, entresol de l’aile Richelieu,jusqu’au 18 janvier. Cat. Musée/Cinq Continents 160 p, 35 €. Horaires : tlj. de 9 heures à 18 heures, sauf le mardi.

Un panorama subjectif de la photographie contemporaine turque

La scène artistique turque reste encore méconnue chez nous. Pourtant, une jeune génération fourmille de projets. La Biennale d’art contemporain d’Istanbul - dont la 11e édition s’est tenue en septembre dernier - est le vivier privilégié de ces nouveaux talents. Parmi eux, des photographes trentenaires qui véhiculent une image décalée et contemporaine de la société turque. Aux cimaises de la vaste salle de la Maison des Métallos (établissement culturel de la Ville de Paris récemment rafraîchi) sont accrochés les travaux d’une dizaine de photographes emblématiques de ce courant frais. La soixantaine d’œuvres montre un autre visage de la capitale turque, loin des stéréotypes habituels : on voit des quartiers interlopes d’Ali Taptik, des portraits en noir et blanc de marginaux, assez durs, d’Alp Sime. Ailleurs, c’est la technique qui domine le sujet. Ahmet Elhan photographie minutieusement des milliers de photos individuelles qui, ensemble, donnent l’illusion d’un espace en trois dimensions. De même que Nazif Topçuoglu dépeint, avec beaucoup de talent, des jeunes filles en tenue d’écolières alanguies, et posant comme des icônes. esthétisantes et perverses, ces images sur fond pourpre parodient les codes de la peinture de la Renaissance.

Même si la lecture de certains clichés est brouillée par le regard trop cru ou l’usage de techniques exagérément sophistiquées, l’ensemble traduit un élan très prometteur.

Maison des Métallos , 94, rue Jean-Pierre-Timbaud (XIe). Tél. : 01 48 05 88 27. Jusqu’au 29 novembre. Horaires : mar. au dim. de 14 heures à 19 heures. Jeudi jusqu’à 21 heures. Entrée libre.

Byzance, Constantinople, Istanbul : trois expositions en une au cœur de Paris

Il suffit de déplier la carte de l’ouest de l’Eurasie pour que le Bosphore saute aux yeux. Tantôt point d’accès, tantôt verrou, ce détroit cristallise tensions et mélanges entre l’Orient et l’Occident. Les cinq cents pièces réunies au Grand Palais - statues, peintures, manuscrits, parures, armes et stèles funéraires - semblent ainsi former les strates d’un passé aussi riche qu’agité. Au rez-de-chaussée, dans la pénombre et une ambiance de vieilles pierres, la légendaire fondation par Byzas, fils de Poséidon et petit-fils de Zeus, est un peu noyée. Viennent les Perses, les Athéniens, les Spartiates, les Macédoniens, les Galates et Rome enfin, qui s’impose durablement. En 330, Constantin y refonde l’empire dans une version qui durera plus de onze siècles. On souffle une fois gravi l’escalier où un ingénieux système vidéo montre alternativement les beautés des vingt-deux coupoles de la ville. Celle-ci paraît soudain passer du noir et blanc à la couleur, des augustes vestiges à l’œuvre d’art exécutée avec un savoir-faire virtuose. C’est le moment où elle est ottomane. Une mise en scène très idéologique.

Attention à l’indigestion ! Quant aux fanas, ils remarqueront que le XIXe siècle stambouliote est cantonné à une imagerie d’Épinal et que la République turque est à peine évoquée. Il est vrai qu’alors, Ankara est devenue la capitale.

Au Grand Palais , jusqu’au 25 janvier. Horaires : tlj. sauf le mardi, de 10 heures à 20 heures. Cat. RMN, 368 p., 49 €.

La splendeur des Camondo

C’est une histoire exemplaire. Banquiers à Constantinople, les Camondo aident à la modernisation de l’Empire ottoman puis s’installent à Paris en 1867. Ce qui les pousse ? L’esprit des Lumières, incarné par la France. Ils s’intègrent parfaitement à la vie parisienne et collectionnent les œuvres d’art. Moïse le XVIIIe siècle (le Musée Nissim de Camondo abrite sa collection), Isaac le XVIIIe, mais aussi les impressionnistes et l’art oriental. Ils lèguent leurs inestimables collections à la France, sans se douter que leurs descendants seront exterminés à Auschwitz.
L’exposition mise sur l’histoire de la famille autant que sur la splendeur de ses collections, qui forment aujourd’hui le fonds des Musées d’Orsay et Guimet. On en sort ému et ébloui.

Musée d’art et d’histoire du judaïsme, Hôtel de Saint-Aignan, 71, rue du Temple (IIIe), jusqu’au 7 mars. Horaires : Ouv. du lun. au ven. de 11 heures à 18 heures et dimanche de 10 heures à 18 heures. Nocturne mer. jusqu’à 21 heures. Entrée : 7 €.

 » Sur les traces des Camondo

Et aussi

Mythique Smyrne. Au Louvre, le passé d’Izmir à travers cent trente céramiques, bas-reliefs, figurines en terre cuite et statues venus du musée archéologique local. La Grèce sur sa rive orientale.

Tombes d’Anatolie. Treize tombes princières découvertes au nord-est d’Ankara et datant du IIIe millénaire av. J.-C. révèlent leurs trésors d’or, d’argent et de bronze. Des formes d’une étonnante stylisation. Au Louvre.

Iznik. Le Musée de la Renaissance d’Ecouen possède la plus importante collection de céramiques ottomanes. 450 pièces sont exposées.

Gökçe Celikel. Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris, l’artiste peint des portraits explosant de couleurs. Galerie Banwarth, 68, rue Julien-Lacroix (XXe). Jusqu’au 5 décembre.

Source "Le Figaro" du 24 novembre 2009

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