La diabolisation du turc au fil des âges : quels buts ? - Turquie News
mardi 9 août 2022

La diabolisation du turc au fil des âges : quels buts ?

Publié le | par Turquie News | Nombre de visite : 314 |

par Salih Babayigit

Au moment où la Turquie et les Turcs sont fustigés de toute part, la question de leur image se pose plus que jamais. Ce peuple est-il monstrueux au point d’avoir opprimé et massacré tout sur son passage ? Ce peuple est-il dénué d’humanité et de bon sens comme les médias et les manuels scolaires voudraient l’inculquer au travers de vieux fantasmes collectifs ?

Des siècles durant, le « Grand Turc » aux portes de Vienne, a été la principale menace pour la chrétienté occidentale. Les Européens ne virent chez ce peuple qu’une horde de barbare sanguinaire envoyé par Dieu depuis les confins des steppes d’Asie centrale en signe de fin des temps. Des siècles durant, l’on se reconnut en Europe par opposition à cette figure d’altérité, celle qui incarnait l’autre par excellence. Marqué ainsi par la psychose, l’imaginaire collectif façonna un être cruel et sans état d’âme. A tel point qu’on criait « au Turc » comme on crie aujourd’hui « au loup ». Il y’eut bien une époque (XVIIème XVIIIème siècle) où les « turqueries » étaient en vogue dans le milieu de la cour. Mais ce n’était pas pour autant que l’on se privait d’agiter le drapeau du « turc massacreur » à la première occasion, et, notamment lorsqu’il était question d’intérêt. Sur ce point, le XIXème siècle et le début du XXème siècle constituent un exemple représentatif. A des fins colonialistes et afin d’asseoir son influence dans le Levant, la France s’est autoproclamée protectrice des chrétiens d’Orient. C’est alors qu’elle instrumentalise les minorités et leurs propagandes antiturques à outrance et parfois mensongères dans le but de manipuler l’opinion publique française et justifier l’action noble de la France dans l’Empire ottoman. Une situation somme toute assez comparable à celle que nous vivons dans la mesure où l’argument « humanitaire » n’est qu’un prétexte cachant l’intention véritable. A force de penser aux « intérêts supérieurs de l’Etat » et trop souvent à ceux du « candidat », la France, depuis plus d’un siècle, a fini par donner une image injustement erronée des Turcs et de la Turquie. Or la tolérance dont les Turcs firent preuve dans leur histoire à l’endroit des Juifs et des autres minorités est exemplaire à tout point de vue. Mais curieusement, ce modèle de cohabitation mis en place sous l’Empire ottoman à un moment où l’Europe sombrait dans l’intolérance la plus extrême, n’est jamais abordé dans les écoles de ce pays. L’on préfère volontiers mettre l’accent sur la sombre période du démembrement de l’Empire, marquée par mille et une tragédies rendant indiscutable la représentation classique du Turc.

La paix et la fraternité dans lesquelles Turcs, Arméniens, Grecs et Kurdes ont évolué pendants des siècles ne sont jamais évoqués, encore moins érigées en modèle dans ce pays. Tout est fait au contraire pour occulter cet illustre passé en le remplaçant délibérément par les germes de la haine. Rien n’est négligé pour figer l’image d’un peuple tolérant dans un cadre ignominieux. La France n’est assurément pas en mesure d’accompagner la réconciliation des peuples en jetant de l’huile sur le feu. Ne reste plus qu’à prendre les choses en main. Comment ? En retournant aux sources, c’est-à-dire à la haute moralité que l’Anatolie, berceau des civilisations, mère de la tolérance et havre de paix, avait autrefois transmise à nos ancêtres. Devoir à nous de jeter les bases d’une réconciliation autour de cet héritage. Aussi pourrions-nous aborder des sujets sensibles d’une manière plus apaisée et objective. Plus encore, il serait possible à terme d’établir une mémoire commune même si cela relève de l’impossible à l’heure actuelle.



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