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samedi 1er octobre 2022

L'avancée des troupes de Kâzım Karabekir sur Kars et Alexandropol/Gyumri (1920)

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L'avancée des troupes de Kâzım Karabekir sur Kars et Alexandropol/Gyumri (1920)

"L’offensive kémaliste : A l’Est et à l’Ouest", Stamboul, 10 novembre 1920 :

"

Occupation d’Alexandropol

Le Yerghir [journal arménien] reçoit de Batoum la correspondance particulière suivante :

Les Kémalistes ont occupé Kars et aussi, dit-on, Alexandropol.

Après une résistance des plus vigoureuses [sic], l’armée arménienne s’est retirée en bon ordre et presque sans pertes vers Erivan et Karakilissé, en suivant la ligne du chemin de fer.

La prise de Kars est expliquée ainsi.

Du jour où l’artillerie lourde garnissant les forts avait été enlevée par ordre du général Dénikine , pour être transportée en Crimée , Kars n’était plus une place forte proprement dite. Depuis lors, il n’y avait que des canons de campagne. Si donc l’armée arménienne ne s’était pas retirée, elle eût subi des pertes considérables, tandis que, grâce à l’évacuation sa force combative est restée intacte.

Aucun changement n’est survenu au sein du gouvernement qui a résolu de poursuivre la lutte jusqu’au bout. A Kars sont restés 40,000 (?) orphelins arméniens [chiffre délirant, en effet], sous la protection du drapeau américain . Le Dr Yarow est avec eux. Les membres du comité de secours américain

[Near East Relief ]

restent à leur poste

[on notera qu’il n’est pas fait mention d’un quelconque massacre]

.

Le même correspondant ajoute qu’en Géorgie l’émotion est grande, et l’on y suit avec une vive préoccupation le développement de l’offensive kemaliste. On craint qu’après avoir pris Kars, les nationalistes ne marchent sur Batoum.

Le gouvernement de Titlis a ordonné la mobilisation générale. L’armée géorgienne coopérerait avec les forces arméniennes, au cas où les Kémalistes violeraient les frontières de la Géorgie. Le nombre des troupes géorgiennes actuellement sous les drapeaux est évalué à 30,000.

Le représentant soviétique à Tiflis aurait déclaré que le gouvernement de Moscou continuera à garder sa neutralité."

"En Arménie", Stamboul, 11 novembre 1920 :

"

Suspension des hostilités

Le but de l’offensive kémaliste à l’est semble se préciser : en revenir aux frontières d’avant l’armistice, car c’est sur cette base qu’aurait été conclu entre les belligérants l’accord qui a mis un terme à l’avance des nationalistes en Arménie.

Un armistice a été signé le 7 novembre qui prévoit l’indépendance de l’Arménie, la sauvegarde de la vie et des biens de la population.

L’armée arménienne s’est retirée sur la ligne Alexandropol-Ahourian, prévue par le traité de Batoum, antérieur à l’armistice d’il y a deux ans. La Géorgie est également mise en demeure de se conformer aux clauses de ce traité.

On ne sait rien encore concernant un changement du régime gouvernemental.

Les pourparlers en vue de mettre fin à la crise et d’arriver à un résultat définitif doivent continuer.

Le nombre des orphelins qui restent à Kars sous la protection américaine est de 5000.

On estime que les nouvelles au sujet des prisonniers, etc., sont fantaisistes. Les journaux arméniens comptent sur le redressement de la situation aussitôt que la Géorgie, menacée à son tour, aura pris position et que les Alliés auront agi.

Un ultimatum aurait été en effet adressé par les nationalistes à la Géorgie, l’invitant à évacuer Batoum et à changer la forme du gouvernement.

D’après les nouvelles reçues, les Kémalistes ont occupé également Alexandropol. Les informations concordent à accréditer la croyance que les nationalistes s’en tiennent au traité de Brest-Litovsk. On va même jusqu’à voir l’intervention de facteurs politiques extérieurs dans la chute de Kars et dans les revers.

Comment fut décidée l’offensive

Selon des informations de source turque, l’offensive contre l’Arménie aurait été décidée dans les conditions suivantes :

Moustafa Kémal avait ordonné de confier la défense de la frontière orientale aux tribus kurdes et d’envoyer les réguliers sur le front de Smyrne , en vue d’un mouvement offensif contre les Hellènes.

Aussitôt informée de cette résolution, la population turque des provinces orientales laisse entendre à Moustafa Kémal qu’au cas où cette mesure serait exécutée, les Arméniens en profiteraient pour envahir les dites provinces.

Moustafa Kémal aurait mandé alors Kiazim Karabékir à Afion Kara-Hissar.

Au conseil qui y fut tenu Kiazim déclara qu’il se faisait fort d’occuper militairement l’Arménie, si on voulait l’en charger. Cette idée fut approuvée, et il obtint les pouvoirs nécessaires."

"Les affaires arméniennes", Stamboul, 18 novembre 1920 :

"REPRISE DES HOSTILITES

On apprend de source particulière qu’après l’armistice du 7 novembre, le général Kiazim Kara-Békir a adressé au gouvernement arménien un nouvel ultimatum, formulant des conditions inacceptables. Il aurait non seulement exigé la livraison de tout le matériel de guerre, mais le contrôle des chemins de fer arméniens jusqu’à Sanahine, sur la frontière de Géorgie, et, de plus, que les forces arméniennes fussent retirées sur une ligne en deçà de laquelle ne resteraient plus qu’une partie de la province d’Erivan et que quelques étroites régions montagneuses.

Le délai de cet ultimatum — repoussé par le gouvernement arménien — ayant expiré le 11 novembre, à minuit, les hostilités ont été reprises à la même date.

Le résultat de la bataille n’est pas encore connu.

Dans les cercles officiels d’ici, on confirme également la rupture de l’armistice et la reprise de la lutte.

M. Ohantchanian, président du conseil arménien, a adressé aux puissances une note télégraphique dans laquelle il expose les raisons qui obligèrent le cabinet d’Erivan à signer un armistice. Des voyageurs arrivés hier par le vapeur turc Bahri Djédid ont confirmé cette information.

D’ailleurs, des renseignements puisés à des sources officielles confirment que l’armistice a été rompu le 12 novembre, les nouvelles conditions kémalistes ayant été jugées par le cabinet d’Erivan incompatibles avec la liberté et l’indépendance du pays.

Les nationalistes ont exigé la démobilisation complète de l’armée arménienne et la remise de toutes les armes, munitions ainsi que de tout matériel susceptible d’être utilisé dans des buts militaires. (...)

LE TRAITE DE BREST-LITOWSK

Le gouvernement soviétique aurait informé celui d’Angora que le traité de Brest-Litowsk n’existant plus, l’occupation par les kémalistes de Kars et autres territoires arméniens est considérée par les Soviets comme un acte hostile non seulement à l’Arménie, mais à la Russie elle-même, qui avait reconnu l’indépendance de cette dernière.

LA SITUATION A KARS

Le colonel Ruchdi bey aurait été nommé gouverneur de Kars.

Il n’y a eu de massacre ni à Kars ni à Alexandropol. Mais ceux des habitants qui avaient quitté la première de ces villes durent y retourner, vu les grandes difficultés rencontrées en route.

Les communications avec Titlis sont interrompues. Ceux qui partent d’Erivan ne peuvent y arriver que très difficilement via Sanahine.

La présence des Américains à Alexandropol produit ses effets salutaires.

NEGOCIATIONS DE PAIX

D’après des nouvelles d’Anatolie, aux négociations de paix entre l’Arménie et le gouvernement d’Angora, celui-ci était représenté par Hamid bey, ex-vali de Trébizonde , arrivé à cet effet à Alexandropol."

"Les affaires arméniennes", Stamboul, 23 novembre 1920 :

"

Les hostilités

(...)

Pendant leur séjour à Alexandropol, les Turcs n’ont commis aucun excès. En général, ils ont observé une attitude réservée.

D’après d’autres informations, un nouvel armistice aurait été signé entre les Kémalistes et les Arméniens dans des conditions avantageuses pour ces derniers.

Les détails manquent. En tout cas, les hostilités auraient cessé."

"Les affaires arméniennes", Stamboul, 4 décembre 1920 :

"A L’ASSEMBLEE NATIONALE

L’assemblée nationale arménienne [du millet arménien] a tenu hier une séance assez orageuse.

Plusieurs représentants adressèrent des questions au conseil mixte au sujet de la défaite arménienne, de l’occupation du pays par les Kémalistes et de la remise à ces derniers des armes et du matériel dont disposait l’armée arménienne.

M. K. Arslanian a fait le procès des dirigeants d’Erivan qu’il accusa d’incapacité et même d’indignité :

— Pourquoi, alors qu’il semblait que la république arménienne pouvait compter sur une armée, celle-ci évita-t-elle le combat et livra-t-elle, en même temps que ses armes, des places aussi importantes que Kars, Alexandropol, Igdir et Etchmiadzine, presque sans résistance ?

Des événements douloureux se sont produits par la faute de beaux parleurs appartenant au corps gouvernemental ou à l’armée. Les soldats ont abandonné leurs armes. L’histoire est cependant là pour montrer que l’Arménien ne manque pas de courage et qu’il s’est toujours bien battu sur les champs de bataille [sic]. Si réellement des places comme Kars, Alexandropol et Etchmiadzine ont été livrées sans résistance, c’est là une situation aussi tragique que désespérante , et l’opprobre, qui en rejaillit sur le nom arménien est immense [toujours pas de mention d’un massacre].

Plusieurs autres orateurs prirent la parole, après quoi il fut décidé qu’à la prochaine séance, le conseil mixte donnerait des éclaircissements au sujet des derniers événements militaires."

"Les affaires d’Arménie", Stamboul, 14 décembre 1920 :

"On prétend que le camarade A. Begzadian, commissaire pour les affaires étrangères, a adressé au gouvernement d’Angora un radio où il déclare que la paix conclue à Alexandropol avec les délégués du précédent cabinet tachnakiste est inacceptable pour l’Arménie. Celle-ci ne saurait souscrire qu’à une paix conforme aux intérêts du peuple travailleur arménien et fondée sur des rapports de bon voisinage.

La nouvelle relative au départ de Kiazim Karabékir pour le front de Smyrne serait inexacte. Au contraire, la concentration de troupes soviétiques dans la région du Caucase et notamment en Arménie préoccuperait vivement Moustafa Kémal. Kiazim Karabékir aurait reçu l’ordre de rester avec toutes ses troupes, sur le front caucasien."

"Les Américains en Anatolie", Le Matin, 31 décembre 1920, p. 3 :

"Nous disions, il y a quelques jours, que divers rapports reçus d’Asie-Mineure par le gouvernement américain avaient contribué à modifier légèrement l’opinion publique des Etats-Unis.

Le document suivant est, à cet égard, intéressant. C’est la copie du télégramme adressé au haut-commissaire des Etats-Unis à Constantinople par la commission américaine de Kars :

Kars, le 31 octobre 1920.

Amiral Bristol.

U. S. Navy Constantinople.

Tous les Américains à Kars sont bien et l’armée turque nous donne excellent soin et toute considération. Nous avons permission de continuer l’organisation comme avant : les soldats turcs sont bien disciplinés et il n’y a pas eu de massacre.

Edjard Fox [Edward Fox], district commander Kars [du Near East Relief].

La dernière phrase du télégramme est un démenti au bruit qui avait couru de nouveaux massacres dans la région de Kars."

"Turcs et Arméniens", Stamboul, 19 novembre 1921 :

"Le Varlik de Saricamiche annonce qu’un groupe de onze officiers généraux et supérieurs arméniens, relâchés à la suite de la convention de Kars, ont remis au commandant de la garnison d’Erzeroum une lettre datée de Yakoutié, 11 octobre, pour le remercier des soins dont les officiers arméniens furent l’objet durant leur détention et pour l’assurer que jamais l’armée arménienne ne se battrait contre les Turcs."

Sur Kâzım Karabekir : Les combattants arméniens à Erzurum (1918) : lâcheté et massacres de civils

Ce que cache le pathos sur les "Arméniens cachés" (expression ridicule puisqu’il s’agit de descendants partiels d’orphelins arméniens)

Le général Kâzım Karabekir et les Arméniens

Le général Kâzım Karabekir et le Saint-Siège : la question des catholiques dans l’est de la Turquie (1920-1921)

L’anti-bolchevisme de Kâzım Karabekir et Fevzi Çakmak

L’opposition du Parti républicain progressiste (1924-1925)

La présidence d’İsmet İnönü (1938-1950) : un souffle nouveau pour la République turque

Voir également : Les violences interethniques à Batoum-Kars (1914-1916)

L’Autrichien Stephan Steiner : un suivi journalistique de la reconquête ottomane à l’Est (1918)

Transcaucasie (1918) : les tueries de populations azéries par les forces dachnako-bolchevistes

L’occupation-annexion ottomane de Batoum (1918)

Le général Friedrich Kress von Kressenstein et les Arméniens

Ranald McDonell : un observateur britannique du nationalisme révolutionnaire arménien

Le major-général James G. Harbord et les Arméniens

L’amiral Mark L. Bristol et les Arméniens

Les enquêtes diligentées par le gouvernement américain en Anatolie orientale (1919-1920)

Une épuration ethnique nommée "arménisation"

Arménie : le "travail de mémoire" est très loin d’être fait

Le conflit entre la République dachnake et les populations non-arméniennes

Les populations musulmanes et chrétiennes de Kars, au gré des fluctuations militaires et géopolitiques



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