Il était une fois en Anatolie, de Nuri Belge Ceylan - Turquie News
mardi 9 août 2022

Il était une fois en Anatolie, de Nuri Belge Ceylan

Publié le | par Hakan | Nombre de visite : 334 |

Distingué à Cannes, avec le Grand Prix du jury, ex-aequo avec "Le Gamin au vélo" des frères Dardenne, le nouveau film du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan impressionne pour au moins deux raisons. Tout d’abord, il dure deux heures et demie. Comme le languissant "Tintin" selon Steven Spielberg. Or, cette longueur avérée se vit à la légère, telle une sensation de grâce collée aux paysages et aux choses de la vie. Ensuite, le filmage, le cadrage et le montage déploient un incomparable mouvement d’émotion et de lumière. Une bonne moitié du film se déroule ainsi la nuit sur des routes qui sculpent et déplissent une rude région vallonnée de la Turquie, plus proche d’Ankara que des touristiques stations de l’ouest du pays. Un convoi de voitures s’arrête régulièrement. Un commissaire de police poussant un suspect sort de la première voiture. Il s’agit de retrouver un cadavre. Le suspect hagard et alcoolisé ne se souvient pas de grand-chose. Juste d’un «  arbre en boule  »… Le procureur, le médecin légiste, d’autres policiers, un second suspect, des hommes de main font partie du convoi… Les arrêts se répètent. L’enquête est loin d’être close et l’autopsie est encore une autre affaire…

Comme l’aube qui naît, les vérités se révèlent petit à petit, au détour de séquences qui, sans nous dérouter, nous rapprochent des personnages importants - le médecin, le procureur, le commissaire - et de leur vérité profonde - un enfant malade, un amour raté, un souvenir de femme sublime. Dans son précédent film, "Les Trois singes" (2009), Nuri Bilge Ceylan travaillait la veine du mélodrame (adultère, politique et crime). Aujourd’hui, il adopte le mode d’un thriller qu’il noue et dénoue en d’amples plans-séquences et une caméra toujours à la bonne distance pour appréhender la souffrance et la solitude des personnages. C’est le médecin isolé par un implacable gros plan dans le noir de la nuit alors qu’à quelques mètres on cherche les repères d’une hypothétique scène de crime. Ou le huis-clos à l’intérieur d’une des voitures où, sous le regard angoissé du suspect, on discute de yaourt écrémé ou pas, de la prostate du procureur, des soucis familiaux du commissaire ou de questions de hiérarchie. Dans le générique final, nonobstant l’orthographe turque, on note que, pour le scénario, Tchékhov est crédité. Il y a en effet une incomparable musique douce-amère qu’égrène avec délectation Nuri Bilge Ceylan. Sous l’humour ou la cocasserie (la scène de la collation chez un maire), on touche aux vérités intimes. Derrière l’enquête puis l’autopsie, sont révélées les désolations des protagonistes. Tout le film glisse de cette façon, comme un magnifique vacillement nous faisant passer d’une obscurité constellée de questions à une lumière rayonnante, de silences qui taraudent à des regards qui embrassent le monde.

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Source : La Semaine



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