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Haut-Karabakh : les trois raisons qui expliquent pourquoi la guerre ne va pas s’arrêter


Ecrit par Engin, 2020-10-29 23:57:49


Haut-Karabakh : les trois raisons qui expliquent pourquoi la guerre ne va pas s’arrêter

Jean-Dominique Merchet Jean-Dominique Merchet

Article original ; https://www.lopinion.fr/edition/international/haut-karabakh-trois-raisons-qui-expliquent-pourquoi-guerre-ne-va-pas-s-227797?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=barre-partage-site

En un mois, les hostilités ont sans doute déjà fait plusieurs milliers de morts, civils et militaires, sans qu’il soit possible d’avancer des chiffres fiables.

Plusieurs raisons expliquent que cette guerre risque de durer

L’Azerbaïdjan a accusé, le 28 octobre, l’Arménie d’avoir tué et blessé des civils par des tirs de missiles sur Barda, proche du Haut-Karabakh.

Les combats se poursuivent dans le Haut-Karabakh, cette région sécessionniste d’Azerbaïdjan peuplée d’Arméniens. Les deux parties s’échangent des missiles sur leurs villes, hier à Barda (Azerbaïdjan), aujourd’hui à Stepanakert (Haut-Karabakh).

Au sol, l’offensive azerbaïdjanaise se poursuit, les troupes n’étant plus qu’à quelques kilomètres de la ville de Susha.

La guerre au Haut-Karabakh dure déjà depuis le 27 septembre et, sauf coup de théâtre diplomatique, rien n’indique qu’elle est sur le point de s’achever.

En 2016, les affrontements n’avaient duré que quatre jours. Voici les trois raisons qui expliquent pourquoi la guerre risque de se poursuivre.

1. L’Azerbaïdjan remporte la bataille

Militairement, comme l’Opinion l’annonçait début octobre, la partie arménienne est en mauvaise posture et les Azerbaïdjanais ont l’ascendant tactique et opérationnel.
Les forces de Bakou ont reconquis un large secteur dans le sud de la région, le long de la frontière avec l’Iran et s’efforcent désormais de remonter vers le nord, pour couper l’axe stratégique — la route M12 — qui relie l’Arménie au Haut-Karabakh, via le corridor de Lachin.
Les combats se déroulent à quelques kilomètres de cette route et des forces spéciales azerbaïdjanaises opèrent désormais à l’intérieur du territoire du Haut-Karabakh.

Lors de la guerre de 1988-1994, l’Azerbaïdjan avait été défait par les Arméniens, perdant entre 14% et 20% (selon les sources) de son territoire.

Depuis lors, le conflit est resté ouvert mais de basse intensité, avec des affrontements sporadiques sur la ligne de front.
La partie arménienne se satisfaisait du statu quo. Pour la première fois, l’Azerbaïdjan remporte une victoire militaire très nette et, comme on l’entend à Bakou, « nous mettons fin à trente ans d’humiliation ».
L’Azerbaïdjan n’a donc pour l’instant aucun intérêt à accepter un cessez-le-feu, qui figerait les lignes de front actuelles, éventuellement sous la surveillance d’observateurs internationaux. La dynamique militaire lui est favorable et il est donc peu probable qu’il accepte une solution négociée avant d’avoir coupé la route stratégique M12.

2. Le Premier ministre arménien joue sa survie politique

Militairement en position de faiblesse, la partie arménienne aurait intérêt à un cessez-le-feu qui empêcherait l’Azerbaïdjan de reconquérir encore plus de territoires. Mais c’est sans compter le prix politique à payer par le pouvoir à Erevan.
Le Premier ministre Nikol Pachinian devrait en effet avaliser la défaite militaire, alors que l’opinion est chauffée à blanc par les discours nationalistes. Si le régime est plus démocratique que l’Azerbaïdjan, les mœurs politiques de l’Arménie n’en sont pas pour autant très apaisées.

Nikol Pachinian est arrivé au pouvoir en 2018 à la suite de manifestations populaires qui ont renversé Serge Sarkissian. Il a ensuite largement remporté les élections, mais les deux anciens dirigeants du pays sont l’un (Robert Kotcharian) en prison, l’autre (Sarkissian) en résidence surveillée. Ces deux hommes appartiennent à un clan politique de natifs du Haut-Karabakh, ce qui n’est pas le cas de Nikol Pachinian, un ancien opposant démocrate.

Le grand allié russe a accepté du bout des lèvres ce changement de pouvoir, mais Vladimir Poutine ne porte pas spécialement Nikol Pachinian dans son cœur. En Arménie, les querelles politiques se règlent parfois dans le sang : en 1999, quinze personnes, dont le Premier ministre, avaient été tuées lors d’une fusillade au Parlement. Nikol Pachinian, qui a fait de la prison, a également été victime d’une tentative d’assassinat en 2004.

Sa survie politique passe aujourd’hui par un refus de reconnaître la défaite militaire sur le terrain. Pour renverser la situation, il tente d’impliquer la Russie dans le conflit, à ses côtés, car les deux pays sont liés par un accord de défense.
Mais Moscou a fait valoir très clairement que celui-ci ne concernait pas le territoire du Haut-Karabakh, toujours azerbaïdjanais au regard du droit international. L’Arménie mise donc sur des actions militaires (frappes ou incursions) de l’Azerbaïdjan contre son territoire pour activer l’accord de défense. Un piège dans lequel Bakou et Moscou ne veulent pas tomber.

3. La communauté internationale impuissante

Tour à tour, les trois trêves humanitaires négociées sous l’égide de Moscou, Paris puis Washington ont échoué. Le mécanisme de résolution du conflit, mais en place au début des années 1990, a montré ses limites.
Au sein de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le groupe de Minsk, co-présidé par la Russie, la France et les Etats-Unis, est un héritage post-Guerre froide qui ne correspond plus aux équilibres actuels.

Depuis 1994, ce mécanisme a maintenu le statu quo sans faire progresser la résolution du conflit. Même si l’Arménie s’y oppose vigoureusement, les mécanismes excluant la Turquie, alliée de l’Azerbaïdjan, ou l’Iran, plus neutre, sont voués à l’échec. Comme le disait le président américain Lyndon Johnson : « Mieux vaut qu’il soit dans la tente à pisser dehors, plutôt que dehors à pisser dedans. » Cela s’appelle la diplomatie, mais l’heure est toujours à la guerre.

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Armée / Militaire Haut-Karabagh
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