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"Génocide arménien" : le rôle de la gendarmerie ottomane

jeudi 1er juillet 2021 | par SibiryaKurdu


"Génocide arménien" : le rôle de la gendarmerie ottomane

Auguste Sarrou , La Jeune-Turquie et la Révolution, Paris, Berger-Levrault, 1912 :

"Pour servir de point d’appui à tous les rouages de l’administration de l’ancien régime [hamidien], il y avait une gendarmerie qui lui était tout à fait appropriée, c’est-à-dire un ramassis de quelques gens , le plus souvent ayant subi des condamnations, et presque toujours alliés, en leur qualité de gendarmes, aux malfaiteurs et aux brigands de leur région. Mal payés, mal vêtus, et abandonnés à eux-mêmes, les gendarmes commettaient les plus grands excès. Ils étaient la terreur des paysans. Dans certaines régions, le terme de gendarme était devenu en langue turque synonyme d’une grossière injure.

Dans les divers mouvements de réaction , les anciens gendarmes ont souvent joué un rôle très funeste. Dans chaque caza (sous-préfecture), une dizaine de gendarmes en moyenne étaient chargés de l’exécution de tous les services et la plupart d’entre eux, une fois envoyés à l’extérieur, restaient cinq et six jours là où une demi-journée d’absence aurait suffi à l’accomplissement de leur tâche, se livrant à la plus odieuse exploitation de la paisible population tant chrétienne que musulmane. A cette poignée de brigands officiels s’ajoutait un groupe de trois ou quatre brigands, repris de justice, qui s’entendaient avec les premiers pour opérer en toute sécurité. Voilà sur quelle force publique devaient s’appuyer les nouveaux fonctionnaires de la Jeune-Turquie.

Aussi ces derniers poussèrent-ils immédiatement le cri d’alarme. La réorganisation de la gendarmerie dut exercer son action sur toute l’étendue de l’empire ottoman, dans de telles conditions et presque sans aucune ressource ; l’armée, qui avait elle-même besoin de ses propres éléments, prêta difficilement son concours à cette réforme.

Les efforts individuels des officiers étrangers, chargés de cette réorganisation, et ceux de leurs élèves de Roumélie, les officiers ottomans qui avaient servi sous leur direction, purent améliorer cette situation, sinon matériellement, du moins moralement. Les anciens officiers furent, après examen, mis à la retraite ou renvoyés ; les plus mauvais gendarmes furent exclus de ce service. La régularité du paiement de leur solde, sensiblement augmentée, l’habillement assuré, l’envoi de quelques officiers sortis des écoles de gendarmerie ou provenant de la gendarmerie de Roumélie, l’inspection des officiers étrangers chargés de la réorganisation de la gendarmerie, contribuèrent à arrêter les abus, à introduire un peu de discipline et à mieux assurer la marche du service. Il a manqué au général réorganisateur les pouvoirs et l’initiative nécessaires pour procéder à une organisation plus méthodique et plus efficace. Le défaut de moyens budgétaires fut également un grand obstacle : il paralysa presque tous les efforts et retarda la création des écoles de gendarmerie qui sont la meilleure base d’une réorganisation rapide et solide.

Cependant, de grands efforts et de sérieux progrès ont été faits dans le service, malgré les plus gros obstacles. Des écoles d’élèves-gendarmes ont été créées à Constantinople, à Smyrne, à Beyrouth, à Trébizonde et à Bagdad. Des écoles pour instruire les chefs de poste ont été installées dans presque tous les chefs-lieux de vilayets. De plus, à Constantinople fonctionne une école pour les officiers de gendarmerie et une autre pour les sous-officiers proposés pour le grade d’officier. Plusieurs milliers de gendarmes ont été déjà instruits et répartis sur tout le territoire de l’Empire ; un grand nombre de postes ont été installés. Les anciens abus sont supprimés ; la discipline a fait de grands progrès. Les projets de réorganisation de tous les régiments de gendarmerie ont été achevés. Une organisation nouvelle d’inspecteurs ottomans et étrangers vient d’être instituée pour l’œuvre réorganisatrice de cette arme qui, de l’état de projet, a commencé à passer à l’état d’exécution." (p. 211-213)

Le capitaine Sarrou un officier français au service de l’Empire ottoman. Dix ans de séjour en Turquie ou la réorganisation de la gendarmerie ottomane (1904-1914), Istanbul, Isis, 2002 :

"Les résultats acquis durant cette période de direction française furent considérables tant au point de vue technique qu’au point de vue de l’influence morale et politique de la France.

Au point de vue technique la gendarmerie ottomane venait d’être réorganisée sur une base générale avec une méthode active et féconde qui devait progressivement amener cette arme à un degré d’instruction et de perfectionnement égal à celui des mêmes organisations des grandes puissances d’Occident.

Le commandement général et l’inspection générale trouvaient l’un et l’autre dans l’organe du comité technique une sécurité absolue dans les décisions à prendre, une facilité d’analyse et d’élaboration des diverses lois et des différents règlements, une collaboration étroite et une unité de vue des plus heureuses pour ces deux organismes.

Par le comité technique, qui recherchait et obtenait le concours et la collaboration des divers autres ministères intéressés au bon fonctionnement de cette arme : Intérieur, Justice, Finances, Postes, Direction de la Police, etc., on avait également assuré l’entente complète entre toutes ces administrations et dans tous les échelons de ces divers services. On avait mis fin ainsi aux tiraillements, à l’opposition systématique, à la jalousie, auxquels avaient été en butte jusque là la gendarmerie réorganisée, et cela pour le plus grand bien de la population et de l’administration ottomane.

Ainsi tandis que, durant la première période (1904-1908), on eut recours à un système de tâtonnements, et d’expériences locales successives et que, dans la seconde période (1909-1911), on appliqua le même procédé dans la réorganisation générale de la gendarmerie ottomane, avec la troisième période française (1911-1914), une nouvelle méthode fut inaugurée qui après le bouleversement de la guerre balkanique permit d’obtenir de considérables et rapides progrès. Les officiers allemands eux-mêmes, instructeurs de l’armée ottomane, parlant des troupes de cette gendarmerie aux officiers français, ne pouvaient s’empêcher d’en faire le plus bel éloge.

Quand survint la Grande Guerre, Enver Pacha crut bien faire en organisant avec les gendarmes ainsi réorganisés, des bataillons, des unités de combat d’élite qui se distinguèrent sur divers champs de bataille et entre autres aux Dardanelles où ils furent à Anafarta le principal élément de la résistance turque, lors du débarquement des Anglais à Souvla." (p. 44-45)

"Malgré l’opposition de l’Etat-major, Enver Pacha , à qui il [Sarrou] avait présenté ces besoins, à une période de grande réorganisation de l’armée , accepta de donner l’ordre de mettre à la disposition du ministère de l’Agriculture les 500 recrues et les armes prévues au projet Sarrou.

Le ministère de l’Agriculture fournit les bâtiments de l’école à Kağıthane, l’habillement et le budget nécessaire à la création de la gendarmerie forestière.

Quant aux cadres il obtint du commandant général de la gendarmerie, le concours du sous-directeur de l’Ecole de gendarmerie de Yıldız, le Commandant Habil Bey, qu’il désigna comme directeur de la nouvelle école. Il devait donner une instruction militaire conforme au programme de l’Ecole de gendarmerie de Yıldız d’une durée de six mois. L’instruction technique forestière était confiée à un ingénieur des forêts, professeur de l’Ecole des ingénieurs forestiers de Büyük Dere. Le bureau du colonel fut installé au ministère de l’Agriculture, place du Sultan Mehemet (actuelle Ecole des Hautes Etudes Commerciales) à côté de celui du directeur du service forestier, Kemal Bey, inspecteur des forêts, avec lequel il entretint une collaboration complète.

A l’aide de règlements forestiers français, avec le concours de Kemal Bey, il entreprit la rédaction d’un règlement adapté à l’organisation administrative particulière du pays. Le projet comportant l’installation de réseaux de karakols de gendarmes forestiers, établis dans les régions boisées ou à reboiser, inspiré de ceux qui existaient pour la gendarmerie ottomane, avec une collaboration étroite et complémentaire entre les deux gendarmeries, ainsi que le prévoit le règlement de la gendarmerie française.

L’école devait fournir un contingent de 500 gendarmes forestiers tous les six mois, soit à leur sortie de l’école, 1000 par an.

L’organisation complète devait s’achever en cinq ou six ans, avec un effectif total de 5 à 6.000 gendarmes." (p. 79)

"Armée et marine", La Jeune Turquie (journal dirigé par Agop Bey Cherbetgian ), 10 juillet 1912 :

"REORGANISATION DE LA GENDARMERIE

Le général français Baumann pacha , inspecteur général de la gendarmerie ottomane, a présenté un nouveau projet pour la réorganisation de la gendarmerie en Anatolie.

Sur la proposition du général Baumann pacha, le gouvernement engagera deux officiers français et cinq officiers anglais. Avec ces nouveaux officiers le nombre des instructeurs étrangers de la gendarmerie ottomane sera porté à 18, dont 11 français et 7 anglais.

Aussitôt que les officiers engagés arriveront, on les emploiera comme conseillers dans chaque secteur de gendarmerie. En outre il sera formé sous la présidence du général Baumann pacha, inspecteur général, une commission qui s’occupera de toutes les affaires du ressort de la gendarmerie.

LES OFFICIERS ANGLAIS POUR LA REORGANISATION DE LA GENDARMERIE

On sait que le gouvernement anglais avait demandé des renseignements sur les attributions des 5 officiers anglais qui seront engagés pour la réorganisation de la gendarmerie. Tewfik pacha, ambassadeur à Londres, a été chargé de donner les renseignements nécessaires à ce sujet au ministère des affaires, étrangères d’Angleterre."

"La réorganisation de la gendarmerie ottomane : Le gouvernement turc accepte le projet français", La Jeune Turquie, 16 décembre 1913 :

"Constantinople, 12 décembre. — Le projet de réorganisation, générale de gendarmerie ottomane, présenté par général français Baumann, a été accepté par le gouvernement. Il comporte un effectif total de 40 officiers instructeurs étrangers, dont un placé à la tête de des 21 régiments de gendarmerie. Les autres officiers sont nommés instructeurs des écoles, chefs de secteurs, administrateurs ou membres du comité technique. Dix officiers étrangers, dont 7 français et 3 anglais, sont actuellement en service.

Il manque donc 30 instructeurs pour la réorganisation complète, et les ressources budgétaires ne permettent d’accorder immédiatement que 5 officiers. Les autres seront appelés successivement.

Le gouvernement ottoman envoie en Arménie 7.000 nouveaux gendarmes à la disposition des majors Encherry, français, et Harker, anglais, chefs des deux secteurs de la gendarmerie ottomane, dont la réorganisation est activement commencée."

"La Mission Militaire Allemande", La Jeune Turquie, 16 décembre 1913 :

"Les compensations

Constantinople, 10 décembre. — La Porte se préoccupe actuellement de donner à la Triple-Entente la preuve que la mission militaire allemande n’est pas sans contre-poids. On m’a déclaré aujourd’hui de source officielle que vingt-huit officiers ont été demandés en Angleterre pour renforcer la mission, navale anglaise. L’amiral Limpus, chef de la mission, sera conseiller officiel de l’amirauté.

Le contre-amiral anglais commandera la flottille de torpilleurs.

Le général français Baumann réorganisera entièrement la gendarmerie. Quarante-deux officiers seront successivement appelés de France.

La Triple-Entente aura toutes garanties qu’aucun déséquilibre ne se produira à son détriment."

"La question d’Orient : On craint un nouveau conflit", L’Echo d’Alger, 6 janvier 1914 :

"La Question Arménienne

Un accord serait imminent

CONSTANTINOPLE, 5 janvier. — On dit ici, que l’accord au sujet des réformes en Arménie est considéré comme virtuellement accompli.

Tout sera réglé, avant le départ en congé de l’ambassadeur de Russie, M. De Giers.

La réorganisation de la gendarmerie

PARIS, 5 janvier. — Le « Matin » annonce que le Gouvernement ottoman vient de demander au Gouvernement français cinq nouveaux officiers, pour commander la gendarmerie en Anatolie."

"Les affaires d’Orient", Journal des débats politiques et littéraires, 10 juillet 1914 :

"Tournée d’inspection du général Baumann on Arménie et au Kurdistan

Constantinople, le 8 juillet. — Le général français Baumann, inspecteur général de la réorganisation de la gendarmerie ottomane, est parti ce soir en inspection pour une durée de deux mois dans les provinces d’Arménie et du Kurdistan." (p. 2)

Hilmar Kaiser , "Tahsin Uzer : Talaat’s Man in the East", in The End of the Ottomans : The Genocide of 1915 and the Politics of Turkish Nationalism (ouv. col.), Londres, I. B. Tauris, 2019 :

"Le CUP a laissé carte blanche à Tahsin Bey [vali de Van (1913-1941)] pour recruter des fonctionnaires à son goût pour le service à Van. Il s’est attaché Halil Bey (Kut) , l’oncle d’Enver Pacha et un diplômé supérieur de l’Ecole de guerre, en tant que commandant de la gendarmerie à Van. Halil Bey avait de l’expérience dans le commandement des unités anti-insurrectionnelles en Macédoine et de la guérilla en Libye ottomane en 1911. Il était aussi, cependant, membre de l’aile terroriste du CUP, qui a perpétré des assassinats politiques. Après le coup d’Etat de 1908, il avait rejoint un groupe d’agents du CUP qui a mené opérations armées clandestines en Perse. Ainsi, Halil Bey connaissait la région et nombre de ses dirigeants kurdes. A Van, il mena la chasse aux chefs tribaux kurdes qui s’opposaient au gouvernement, et le meurtre de Shakir Agha et Mir Mehe comptait comme ses succès les plus importants. En 1914, à la suite de la mobilisation ottomane, l’adjoint de Halil, Koprulu Kazim Bey (Özalp), prit le commandement du régiment lorsque le Comité central du CUP confia à Halil Bey le commandement militaire de Constantinople. Comme Halil Bey, et lui-même membre du CUP, Kazim Bey avait été un diplômé supérieur de l’Ecole de guerre et avait servi en Macédoine. Comme Tahsin, il avait également occupé des postes importants en 1909, pendant les guerres balkaniques, et après le coup d’Etat de 1913.

A Van, Tahsin Bey a amélioré la sécurité publique et, en créant de nouveaux kazas (sous-districts) et des avant-postes militaires aux fins d’un contrôle gouvernemental plus étroit, il a également augmenté les impôts. Ces mesures n’ont pas épargné les centres religieux kurdes, car l’un des objectifs du CUP était de diminuer l’influence politique des cheikhs kurdes. Dans le même temps, les autorités ont fourni des armes à quatre-cinq hommes dans chaque village, suffisamment pour réduire les risques de brigandage mais de manière insuffisante pour soutenir un mouvement kurde armé.

Le nouveau système de garde de village du CUP ressemblait beaucoup à une organisation arménienne analogue. Ces dernières années, la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA) avait réussi à s’imposer comme la force politique dominante dans la politique électorale à Van, lui permettant d’envoyer deux députés au parlement. Le comité central du parti provincial, situé dans la ville de Van, coordonnait les activités des sections locales dans toute la région et menait des négociations avec le gouvernement. Mais tout aussi importante était l’organisation secrète d’autodéfense armée de la FRA. Elle avait vu le jour lors de la lutte contre l’autocratie avant 1908 mais a été réactivée en 1912, à la suite de la fin de son alliance avec le CUP et à la suite de la montée des attaques kurdes contre les villages arméniens. Sous la direction d’Ishkhan (Nigol Mikayelian), membre du comité central de Van, les villageois ont formé de petits groupes armés dirigés par un membre de confiance de la FRA et entraînés à repousser les assauts sur leur village et à tenir jusqu’à l’arrivée des renforts des unités voisines. Des places fortes adaptées à l’intérieur des villages et aux points élevés ont été identifiées et, dans la mesure du possible, fortifiées. De cette manière, un réseau de petites unités reliait les colonies arméniennes de la région. Le dispositif était complété par des groupes mobiles qui couvraient des quartiers plus importants et pouvaient mobiliser plusieurs dizaines de militants. L’autorité ultime appartenait au comité central de la FRA à Van. Sans surprise, étant donné l’importance de la FRA, le ministère de l’Intérieur a nommé son principal agent de renseignement pour les organisations arméniennes, Ahmet Esat Bey (Uras), comme kaimakam (gouverneur du sous-district) de Gevash, au sud du lac de Van, d’où il a suivi de près les développements arméniens.

Au début de 1914, cependant, le défi à la domination du CUP est venu des cercles kurdes. Mécontents de l’accroissement des impôts et du contrôle du gouvernement, y compris la chasse aux hors-la-loi kurdes, certains dirigeants ont planifié un soulèvement. Malgré des préparatifs incomplets, quelques militants ont poursuivi la rébellion. A Bitlis, les autorités ont été prises par surprise, mais dans l’ensemble le mouvement manquait de coordination et de soutien, et a été rapidement réprimé par les forces ottomanes." (p. 95-97)

Justin McCarthy et al., The Armenian Rebellion at Van, Salt Lake City, University of Utah Press, 2006 :

"La situation des Arméniens et des Kurdes installés à l’Est dans les années qui ont précédé le déclenchement de la guerre était incontestablement meilleure qu’elle ne l’avait été auparavant. Il y avait encore des raids tribaux et des combats entre les tribus kurdes, mais ceux-ci ont beaucoup diminué, en raison d’une augmentation de la présence militaire du gouvernement dans la région. Le problème le plus souvent débattu était le meurtre individuel d’Arméniens et de Kurdes. Les deux groupes y ont pris part et ont tué des membres de leur propre groupe ainsi que de l’autre. Selon les normes du XXIe siècle, en particulier dans les villes américaines, les effectifs étaient faibles, mais les morts entretenaient des tensions.

Sous la direction du gouverneur Tahsin Bey, de nombreuses réformes ont été faites à Van : suppression des désordres tribaux kurdes, expéditions pour punir les chefs rebelles et collecter avec succès les impôts auprès d’eux, une réorganisation de la structure administrative du district dans la province, une commission financière étudiant les réformes financières, la construction d’écoles kurdes, une commission de règlement des différends fonciers entre Arméniens et Kurdes , la réorganisation de la gendarmerie, des patrouilles montées dans tous les quartiers, l’éclairage nocturne des rues de la ville de Van, etc. Le gouvernement du Comité Union et Progrès était impatient de procéder à des réformes pour empêcher les changements imposés par les Européens (finalement un effort raté), Tahsin a donc reçu un fort soutien politique. Il a amené ses propres fonctionnaires avec lui — des hommes en qui il pouvait avoir confiance et, plus important encore, des hommes ayant des relations avec le pouvoir à Istanbul. Par exemple, Halil Bey (plus tard Paşa), l’oncle du ministre de la guerre, Enver Paşa, a été chargé de la gendarmerie. Il était rare que les consuls louent le gouvernement provincial, bien qu’ils le fassent dans ce cas. Même les missionnaires américains ont convenu que les choses allaient mieux que jamais. C’était peine perdue. Des problèmes plus importants allaient bientôt envelopper la province de Van. " (p. 144-145)

Henry Nivet, La Croisade balkanique. La Jeune Turquie devant l’opinion française et devant le socialisme international, Paris, 1913 :

"En France c’est la question arménienne qui a servi de critérium pour juger l’évolution de la société turque.

L’Arménie est une région de l’Asie Mineure qui a excité la pitié de l’Europe grâce au régime abominable qu’elle a subi sous le règne d’Abdul-Hamid le sultan rouge. La population musulmane de ce pays se compose en majeure partie de Kurdes dont l’ignorance est excessive, ce qui tient surtout à la difficulté des communications avec tout centre civilisé. Dans ces montagnes désolées, presque inabordables, le gouvernement turc n’a jamais pu envoyer que des fonctionnaires en disgrâce ou de dernier ordre dont l’initiative ne pouvait favoriser le pouvoir central. Pendant plus de vingt ans, d’ailleurs, Abdul Hamid poussa la population musulmane à molester, quand elle ne la massacrait pas, la population chrétienne certainement plus civilisée que les Kurdes, et au lieu d’élever ceux-ci à la civilisation il les démoralisa à tel point que parmi eux la vie d’un homme ne compte pas. Aujourd’hui encore pour une maigre somme d’argent on ferait massacrer autant d’Arméniens que l’on voudrait et quelques meurtres ainsi provoqués dans plusieurs agglomérations du pays suffiraient pour déchaîner un massacre général.

Si ce malheur se produisait, le gouvernement central mettrait près de deux jours à l’apprendre et avant qu’il puisse agir efficacement par des renforts de police ou de gendarmerie venus du dehors, plusieurs jours pourraient s’écouler.

Les Jeunes-Turcs arrivés au pouvoir se préoccupèrent de cet état de choses qui leur était odieux autant qu’à nous. Ils ne pouvaient empêcher que, d’une part, la population chrétienne ne fût animée de sentiments hostiles contre le gouvernement central, même après la chute du tyran sanguinaire et que, d’autre part, la population kurde, habituée à passer ses peurs et ses colères sur les chrétiens, ne fût prête à résister aux ordres venus de Constantinople en se voyant traitée sur le pied d’égalité avec les Arméniens. Les massacres d’Adana se produisirent avant que les Jeunes-Turcs eussent le temps d’intervenir utilement — quoi qu’en disent les notables et les comités arméniens agissant inconsciemment à l’instigation de la Russie.

Depuis, des mesures de police extraordinaires ont été prises, des instructions sévères et formelles ont été données aux fonctionnaires de l’Arménie pour éviter de nouveaux massacres. Le gouvernement sait que la population chrétienne est travaillée par les agents de la Russie pour l’exciter au besoin à la révolte. Il sait, d’autre part, que les mêmes agents sont capables de distribuer en secret de l’argent à des Kurdes mécontents pour provoquer de nouveaux meurtres.

Pendant un moment on a pu croire que l’invasion russe allait se produire sans être justifiée autrement que par la crainte de troubles dont les Chrétiens seraient les victimes. Un journal « bien français » le Matin conseillait même au gouvernement russe de décréter cette invasion pour forcer la Turquie à céder Andrinople. Ce cynisme a dû éclairer les socialistes sur la question arménienne. Si de nouveaux massacres se produisaient, c’est maintenant au tsarisme qu’il faudrait en faire remonter la responsabilité,

au lieu de se laisser guider par le ressentiment des Slaves méridionaux contre les Jeunes-Turcs, qui partagent actuellement avec les socialistes l’hostilité de la réaction européenne." (p. 89-92)

Vérité sur le mouvement révolutionnaire arménien et les mesures gouvernementales, Istanbul, 1916 :

"Ainsi qu’il ressort des documents et publications dont des extraits succincts ont été reproduits ci-haut, les arméniens, tout en travaillant d’une part à la création d’une Arménie indépendante, — projet dont la réalisation est conforme aux principes posés dans le programme tracé avant la guerre, — déploient, d’autre part, tous leurs efforts pour assurer la victoire des armes des Puissances de l’Entente. Quant à ces dernières, elles ne perdent aucune occasion à pousser les arméniens à la révolte, afin d’occuper ainsi des forces ottomanes dans l’intérieur du Pays.

Bien que ces intrigues fussent ourdies au vu et au su du Gouvernement Impérial, celui-ci s’abstint d’exercer une pression quelconque ou d’adopter des mesures répressives contre les arméniens jusqu’au jour où éclata la révolte de Van vers la mi-avril de l’année 1331 (1915) de l’Hégire. Il est nécessaire de relever que quelques mois avant cet évènement, S. E. Enver Pacha avait prévenu le patriarche arménien que, comme il ne lui serait pas possible de disposer pendant la guerre d’un nombre suffisant de gendarmes et de forces militaires pour le maintien de l’ordre et de la sécurité dans le pays, il se verrait obligé, dans le cas où les arméniens tenteraient de provoquer des révoltes, de prendre les mesures les plus rigoureuses pour étouffer, dans son origine, tout soulèvement ou acte révolutionnaire, et ce, en vue d’assurer la tranquillité et la défense du Pays. Le Président de la Chambre des Députés n’avait pas manqué pour sa part de tenir un langage analogue aux députés arméniens affiliés aux Comités arméniens.

L’élément arménien se trouvait donc ainsi averti , tant par l’entremise du clergé que par celle des notables arméniens, des conséquences funestes que pourrait avoir tout mouvement insurrectionnel. Cependant en dépit de ces avertissements et recommandations, les arméniens n’ont pas cessé de déployer leur activité révolutionnaire. C’est ainsi que la majeure partie de la jeunesse arménienne, appelée sous les armes pour remplir le service militaire, a, non seulement, déserté mais, munie d’armes distribuées par la Russie, s’est jointe aux forces ennemies pour attaquer la mère patrie. Les jeunes arméniens massacrèrent les populations musulmanes des régions frontièresl’ennemi avait réussi a pénétrer. Les arméniens restés dans les différentes parties de l’Empire poussèrent, de leur côté, l’audace jusqu’à commettre des actes de révolte et fomenter des troubles.

Le commandant de l’Armée Impériale ayant constaté que les arméniens faisaient cause commune avec les forces ennemies, se vit forcé, en vue d’assurer les derrières de ses troupes, d’ordonner le transfert vers le sud de l’élément arménien établi dans des localités considérées comme zones militaires." (p. 11-12)

"Toutes les forces militaires du pays se trouvant sur les différents théâtres de guerre, les violences commises envers les arméniens ne purent pas être entièrement prévenues ; néanmoins, des mesures générales furent édictées sans retard pour la protection de leur vie et de leurs biens. C’est ainsi qu’un bataillon de gendarmerie fut attaqué pendant qu’il cherchait à protéger un convoi d’arméniens qu’il accompagnait et plusieurs gendarmes ont même été tués par la population furieuse.

Le Gouvernement Impérial a promulgué une loi spéciale pour la sauvegarde des biens appartenant aux arméniens transférés, et il a chargé de l’application de cette loi des commissions composées de fonctionnaires capables et expérimentés. Il a également envoyé des commissions d’inspection qui enquêteront sur les lieux et déféreront aux cours martiales tous ceux dont la culpabilité aura été établie.

Ces commissions aussitôt qu’elles se mirent à l’œuvre, commencèrent à envoyer des rapports au sujet de leur activité. Voici en résumé le contenu d’un rapport reçu de la Commission d’enquête instituée à Sivas.

53 fonctionnaires ottomans civils, militaires, du fisc, de la police et de la gendarmerie ont été, avec les pièces judiciaires les concernant, déférés à la cour martiale pour abus de pouvoir dans l’exercice de leurs fonctions. Leur mise en jugement vient d’être ordonnée.

56 personnes parmi les fonctionnaires civils, les gendarmes et les militaires ont été condamnées par la cour martiale d’un mois de prison à 3 ans de travaux forcés et au payement de différentes amendes pour abus et conduite illicite lors du transfert des arméniens. Quelques uns desdits gendarmes ont été, en outre, radiés des cadres de la gendarmerie.

47 officiers et soldats de l’Armée Impériale, ainsi que des officiers de gendarmerie et des gendarmes sont sur le point de comparaître devant la cour martiale pour différents délits.

34 individus ont été condamnés pour les mêmes motifs par la cour martiale à des peines variant d’un mois de prison jusqu’à 3 ans de travaux forcés ainsi qu’au paiement de différentes amendes suivant la gravité de leurs délits.

4 individus ont été traduits devant les tribunaux pour vols et usurpations." (p. 15-16)

George Abel Schreiner , déclaration écrite concernant les Arméniens rencontrés sur la route de Bozanti à Tarse, 25 mai 1915, conservée dans les archives de Henry Morgenthau , LC/HM(Sr.)/Reel 22/474 :

"A la gare de Bosanti, terminus du chemin de fer de Bagdad en provenance de Konia, j’ai vu environ 250 Arméniens sur le point d’être embarqués pour Konia [c’est-à-dire en Anatolie centrale]. Je ne savais alors rien de ce qui s’était passé à Zeitoun et dans d’autres centres arméniens. La foule semblait assez calme et étant donné le fait que les soldats et gendarmes turcs ont agi avec beaucoup de considération, à une exception près, j’ai d’abord pris pour acquis ce qu’un officier turc m’avait dit en réponse à une enquête concernant la foule — qu’ils étaient des « émigrés arméniens ».

Cependant, les gens étaient mal habillés et semblaient manquer de nourriture. Il y avait aussi la circonstance étrange que 90 % des « émigrés » étaient des femmes et des enfants. Je me suis adressé à plusieurs hommes et femmes en français, mais j’ai reçu des réponses uniquement en arménien et en turc, langues que je ne connais pas. Plus tard, j’ai vu une femme vêtue dans le style européen. En m’adressant à elle, j’ai appris qu’elle parlait assez bien le français. J’ai appris d’elle l’histoire de Zeitoun. Elle était encline à blâmer son propre peuple.

Les « émigrés » ont été placés dans des wagons de troisième classe, l’excédent trouvant un logement dans un wagon de marchandises. J’ai alors entamé mon voyage à Tarse, à travers le Taurus. A huit miles environ de Bozanti, sur un petit haut plateau appelé Telek, j’ai vu une quarantaine d’hommes arméniens d’âges divers. Ils étaient accompagnés d’un seul gendarme turc. Aucun des hommes n’était enchaîné — un fait qui m’a paru étrange car il aurait été facile pour les hommes de maîtriser le gendarme et de prendre les montagnes qui, dans ces régions, sont particulièrement bien adaptées à ce genre d’entreprise. (...)

La conduite des autorités turques envers les Arméniens, autant que j’ai pu l’observer, était une conduite d’indifférence. J’ai vu un officier turc pousser une Arménienne implorante assez rudement hors de son chemin, mais, d’un autre côté, j’ai remarqué qu’un autre officier s’en était pris sévèrement à un soldat pour avoir été excessivement impoli envers une femme et un prêtre arménien qui était venu à son aide à la station de Bosanti. Les Grecs et autres que j’ai interrogés à propos de « l’émigration » m’ont fait comprendre que l’événement n’était pas leur affaire. Les responsables des chemins de fer de Mersine, Tarse et Adana ont reçu pour instruction de ne discuter de la question avec personne.

A Adana, j’ai vu deux trains amener des gens de Zeitoun. Les hommes et les femmes voyageaient dans des chariots à bestiaux et leur bétail dans des camions à charbon. C’était quatre jours plus tard. Le temps était meilleur et il semblait que les Arméniens étaient mieux pris en charge par les autorités turques."

Source : https://web.archive.org/web/20081011063659/http://www.gomidas.org/gida/index_and_%20documents/MorgRecords_index_and_documents/docs/Reel%2022%20474.pdf

Aram Guréghian (originaire de Sivas), cité par Jean-Varoujean Guréghian dans Le Golgotha de l’Arménie mineure : Le destin de mon père : Témoignage sur le premier génocide du XXe siècle, Paris, L’Harmattan, 2009 :

"Arrivés à un lieu nommé Kanle Déré, situé entre deux collines, les Kurdes nous attaquèrent en fonçant droit sur nous, du haut de l’une des collines. Ils étaient terribles à voir. D’une main, ils faisaient tournoyer un sabre au-dessus de leur tête, de l’autre, ils tenaient une corde. Dans notre tristesse, il fallait encore que nous subissions cette épreuve. Les gens appelaient les gendarmes à leur secours, mais ceux-ci faisaient la sourde oreille. Les Kurdes firent un va-et-vient permanent : ils frappaient, pillaient, remontaient leur butin en haut de la colline et recommençaient, jusqu’au moment où ils estimèrent celui-ci suffisant. Un Kurde déguisé en gendarme vola un âne chargé d’affaires. Les gendarmes tiraient parfois en l’air, sans trop de conviction. Ma mère réussit à nous faire protéger par un gendarme à qui elle avait promis les vêtements de mon père." (p. 32)

""A un moment, arrivés à une bifurcation, la route se partageait en deux directions : l’une vers la ville d’Urfa, l’autre vers le désert. Les gendarmes qui nous escortaient nous firent prendre à nouveau la route du désert. Une fois de plus, la peur nous envahissait et l’envie de mourir rapidement reprenait le dessus. Pendant quelques jours, nous avons traversé ce désert. De temps en temps, lorsqu’il y avait un puits, les gens y accouraient. Souvent, il fallait descendre à l’intérieur de ces puits, qui n’étaient pas très profonds, mais il était très difficile d’en sortir. Une fois, j’y descendis et je pus ainsi donner de l’eau à toute ma famille, à l’aide d’un récipient troué. Mais pour sortir du puits, il fallut confectionner une corde avec des bouts de chiffons.

Dans une vallée, les brigands kurdes et arabes nous attaquèrent. Les gendarmes qui nous escortaient étaient nombreux et ils ripostèrent. Dès qu’ils voyaient les gendarmes s’éloigner d’un endroit, les pilleurs attaquaient les gens isolés. Un gendarme tua un Arabe, d’un coup de fusil. L’Arabe tomba de son cheval, qui s’arrêta net et revint auprès du corps de son maître.

Les pillages continuèrent toute la journée. Le soir, nous fîmes halte près d’un puits. Le gendarme qui avait tué un Arabe devait le payer très cher, car ses compagnons revinrent très nombreux, enlevèrent le gendarme et le tuèrent. Tard dans la nuit, les accrochages continuaient encore entre les gendarmes et les brigands. Nous étions couchés sur le dos, indifférents aux coups de feu et regardions tristement la lune et les étoiles. Soudain, alors que nous dormions, le calme de la nuit se rompit. Les gendarmes n’étaient plus là, et les bandes de pillards kurdes et arabes, de plus en plus nombreux, nous agressèrent. Il y eut une véritable panique dans la foule. Les gens couraient dans tous les sens, ceux qui tombaient étaient piétinés. Les brigands attrapaient les gens un par un et les déshabillaient complètement.

Ce fut le tour de mon frère, Arménag. Un bandit le tirait par un bras, et ma mère le retenait par l’autre bras. Mon frère dit à ma mère : « Laisse-moi, Maïrik (Maman), nous verrons bien ce qu’ils veulent nous faire. » Ma mère le laissa partir mais, auparavant, les Kurdes arrachèrent de ses mains et déchirèrent un précieux petit bout de papier que ma mère lui avait confié : il s’agissait de l’adresse de mon frère, Hampar, aux Etats-Unis ! Quelques minutes plus tard, Arménag revint complètement nu. Nous le couvrîmes aussitôt avec quelques habits qui restaient.

C’était déjà l’aube et les gendarmes arrivaient petit à petit pour rejoindre leur poste. Le calme revint parmi les gens. Tout à coup, nous constatâmes que ma petite sœur, Haï-Zevat, n’était plus là. Les nôtres partirent tous ensemble à sa recherche, sans se douter du pire. Quant à moi, ma mère m’envoya rechercher de la nourriture. Quand je revins, j’appris la terrible nouvelle, mais je ne comprenais pas et je leur demandais de répéter sans cesse la même chose. En fait, je refusais de croire que ma petite sœur bien-aimée était morte.

Dans l’affolement général, Haï-Zevat était tombée et avait été piétinée par la foule sans que nous nous en soyons rendu compte. On la retrouva morte, les yeux ouverts et défigurée. On l’enterra avant mon retour, peut-être pour m’éviter de la voir dans cet état épouvantable." (p. 41-43)

Note du ministère des Affaires étrangères allemand à l’attention de Konstantin von Neurath (chargé d’affaires allemand à Istanbul), 6 novembre 1915, DE/PA-AA/BoKon/171 :

"La copie du rapport ci-joint du Dr. Neukirch d’Erzindjan, le docteur allemand qui est membre de l’expédition de la Croix-Rouge, sur la question arménienne, est aimablement transmise pour votre information.

Annexe

Transcription

A 31677

Erzindjan, 5 août 1915

Pour Erzindjan, la question arménienne est réglée pour le moment. A l’exception de quelques artisans qui ont été maintenus ici par le gouvernement, il n’y a plus d’Arméniens indigènes ici. Quand je repense à mes rapports précédents, je crois que j’ai suffisamment différencié ce que j’ai entendu de ce que j’ai vu de mes propres yeux. (...) D’un autre côté, il est difficile de déterminer dans quelle mesure ce qui est dit chaque jour est vrai. En tout cas, faute d’autres sources, il est apparu nécessaire de tout noter comme je l’ai fait. Après ce que nous avons vu ici récemment, les démarches entreprises pour procéder à la déportation des Arméniens de manière plus humaine – dont nous ne savons bien entendu rien – ont abouti.

Alors qu’auparavant des hordes misérables de pauvres femmes et enfants, sans possessions, passaient, dirigées seulement par quelques hommes armés, les personnes qui sont passées récemment avaient des bêtes de somme et du bétail avec elles. Plus récemment, les habitants d’Erzerum sont passés dans d’énormes caravanes de chariots à bœufs bien approvisionnées. Les gens avaient l’air très bien (il semblait que tous les hommes étaient avec eux), faisaient le voyage en petits groupes et étaient protégés par de nombreux gendarmes sous la direction d’officiers.

La plus grande de ces caravanes était accompagnée d’un haut fonctionnaire, le Mutessarif de Bayazid lui-même. Les gens ont installé un camp dans la plaine d’Erzindjan et sont repartis environ une semaine plus tard. Le mérite pour un tel transport approprié des Arméniens d’Erzerum revient évidemment à Taxim-Bey [Tahsin Bey], le vali là-bas. Il est regrettable que les autorités locales aient agi ici différemment. (...)

Résumé

Tous les Arméniens de ce pays ont été éloignés, manifestement à la suite des actes de trahison commis à Van. Au cours des premières semaines, il ne fait aucun doute que les erreurs les plus graves se sont produites ; plus tard, cette affaire s’est déroulée d’une manière relativement bien ordonnée pour les normes orientales. Apparemment, il n’y a pas eu de massacres ici depuis la mi-juin.

Les conséquences économiques sont incommensurables."

Source : http://www.armenocide.net/armenocide/armgende.nsf/$$AllDocs/1915-11-06-DE-011

https://armenologie.blogspot.com/20...

Friedrich Bronsart von Schellendorf, "Ein Zeugniss für Talat Pasha", Deutsche Allgemeine Zeitung, 24 juillet 1921 :

"Afin de comprendre comment il est possible de rejeter la responsabilité des atrocités arméniennes, il est nécessaire de revenir brièvement en arrière. Les atrocités arméniennes sont anciennes ! Elles se sont produites encore et encore depuis que les Arméniens et les Kurdes vivaient étroitement à proximité des uns et des autres, dans les régions frontalières de la Russie, de la Perse et de la Turquie. Le Kurde est nomade et propriétaire de bétail, l’Arménien est agriculteur, artisan ou commerçant. Le Kurde n’a pas d’éducation scolaire, ne connaît pas vraiment l’argent et la valeur de l’argent et sait que le Coran interdit la prise d’intérêts. En tant que commerçant, l’Arménien exploite sans scrupule l’inexpérience du Kurde et profite de lui. Le Kurde se sent trompé, se venge de l’usurier et — les "atrocités arméniennes" sont prêtes ! [la dachnake Anahide Ter Minassian a admis que les usuriers arméniens posaient problème en Anatolie orientale] Il faut souligner expressément que les antagonismes religieux n’y ont jamais joué de rôle.

La querelle séculaire a été attisée lorsque les Arméniens ont lancé un soulèvement dangereux dans les provinces frontalières orientales de la Turquie pendant la grande guerre ; il n’y avait pas de raison particulière à cela, car les réformes imposées par les "puissances" à la Turquie commençaient à peine à prendre effet. Les Arméniens avaient des sièges et des voix dans le nouveau parlement et ont même fourni un temps un ministre des Affaires étrangères. Ils avaient les mêmes droits sociaux et politiques que le reste des peuples de l’Etat. La paix dans leur pays était maintenue par la gendarmerie formée par le général français Baumann.

Le soulèvement était préparé depuis longtemps, comme le montrent les nombreuses découvertes d’appels imprimés, de brochures incitatives, d’armes, de munitions, d’explosifs, etc., dans toutes les zones habitées par les Arméniens [le rapport du consul russe Adamov et les documents ottomans établissent le haut degré d’armement des Arméniens d’Anatolie orientale : Scheubner-Richter (possiblement désinformé par les nationalistes arméniens locaux) avait mal évalué la situation à Erzurum] ; il a certainement été instigué, soutenu et financé par la Russie. Une conspiration arménienne à Constantinople , dirigée contre des hauts fonctionnaires et officiers de l’Etat, a été découverte à temps. (...)

Les jugements diffèrent quant au comportement des gendarmes turcs qui ont été ajoutés aux convois arméniens. Dans certains endroits, ils ont vaillamment défendu leurs protégés contre les bandes kurdes [et arabes] : dans d’autres endroits, ils auraient fui. Ils sont également accusés d’avoir fait cause commune avec les Kurdes, ou d’avoir volé et tué eux-mêmes des Arméniens  ; la preuve qu’ils ont agi sur des ordres supérieurs n’a pas été produite . Talaat ne peut en être tenu responsable ; les événements se sont déroulés à 2 000 km de lui et, comme déjà mentionné, la gendarmerie n’avait reçu qu’une formation française jusqu’au déclenchement de la guerre."

Ara Sarafian , " Study the Armenian Genocide with confidence, Ara Sarafian suggests", Reporter.am, 18 décembre 2008 :

"Le génocide arménien n’est pas la même chose que l’Holocauste. Les Jeunes-Turcs n’avaient pas l’appareil pour commettre un génocide du même niveau que l’Holocauste. C’est également un fait que de nombreux responsables ottomans, y compris des gouverneurs, des sous-gouverneurs , des militaires , des chefs de la police et des gendarmes ont sauvé des milliers d’Arméniens pendant le génocide. La plupart des Arméniens de la province d’Adana , par exemple, n’ont pas été tués. Ce fait essentiel est ignoré dans les travaux d’éminents historiens arméniens. Il existe également d’autres exemples. Le "modèle de l’Holocauste" du génocide arménien est fondamentalement erroné."

Source : https://web.archive.org/web/20110113204802/https://www.reporter.am/go/article/2008-12-18-study-the-armenian-genocide-with-confidence-ara-sarafian-suggests

Le lieutenant-colonel Auguste Sarrou, Note sur la situation actuelle de la Turquie (rapport), 1923 :

"L’administration turque avait beaucoup souffert pendant la grande guerre. Les meilleurs fonctionnaires avaient été enrôlés, sous les drapeaux, la gendarmerie régulièrement organisée, base du bon fonctionnement de tous les services, avait été désorganisée pour servir aux armées. L’anarchie et l’esprit de parti avaient achevé de détruire l’administration du régime jeune-turc d’avant guerre, qui était bien supérieure à celle du régime d’ABDUL-HAMID.

Durant la période qui s’étend de l’armistice de MOUDROS à l’occupation du 16 Mars 1920, l’administration ne subit pas une grande amélioration, mais la gendarmerie passa, dès le lendemain de l’armistice sous la direction de la Mission française de réorganisation qui avait suspendu son action pendant la grande guerre, et que le Général FRANCHET d’ESPEREY, rétablit sous les ordres du Général français FOULON. Cette gendarmerie fut rapidement reconstituée dans ses cadres, et ses effectifs commençaient à se perfectionner, quand survint la scission en deux zones de la Turquie. La gendarmerie d’Anatolie, solidement encadrée par d’excellents officiers, instruits par les officiers français de la Mission d’avant guerre, permit de consolider le fonctionnement régulier de l’administration, d’assurer le recrutement de la nouvelle armée, de réprimer le brigandage qui ravageait tout le pays et de rétablir l’ordre et la tranquillité , première condition du succès, auquel est redevable avant tout le mouvement nationaliste.

L’administration nationaliste se plia aux nouvelles lois et aux nouveaux réglements, votés par la Grande Assemblée Nationale, et assura convenablement le fonctionnement de tous les services. Mais si dans son ensemble, l’administration d’Anatolie est suffisamment bonne, elle est cependant bien imparfaite dans ses détails et a besoin d’être perfectionnée tant dans ses réglements que dans son fonctionnement. La justice en particulier exige une réorganisation sérieuse afin d’être adaptée aux exigences de la vie moderne et à celle des étrangers qui vivent en Turquie et vont être désormais justiciables des tribunaux turcs.

Les intentions et l’esprit des dirigeants et des hauts fonctionnaires sont très bons ; ceux des fonctionnaires subalternes le sont aussi ; mais on rencontre quelquefois parmi ces derniers des gens ignorants, trop zélés, et parfois xénophobes qui commettent des excès de zèle, des imprudences ou des abus. Mais ce sont des cas particuliers qui ne justifient pas les appréciations défavorables d’un caractère général que beaucoup se plaisent à émettre sur l’administration turque. Ces critiques émanent presque toujours des gens qui ignorent la Turquie ou qui se trouvent un intérêt à déconsidérer ce pays. (...)

Il ne faut donc pas être pessimiste pour la future administration du pays. La bonne et sincère volonté de perfectionner celle-ci existe chez tous les dirigeants actuels ; l’expérience, le temps et l’instruction assureront le succès de ce bon vouloir. Les débuts de l’ère nouvelle seront certainement marqués par des erreurs, des fautes, des incidents entre indigènes et étrangers, mais il suffira de la bonne foi et de la loyauté réciproques des partis intéressés pour tout régler, sans difficultés.

On peut affirmer que la sécurité des biens, des capitaux et des étrangers en Turquie ne courront aucun risque sérieux dans l’avenir par suite du changement de régime. Le Turc a toujorus reconnu ses dettes ; il s’est toujours signalé par son hospitalité et s’il a commis parfois des abus vis-à-vis des étrangers, cela a été sous la pression d’événements tels que les autres peuples civilisés européens auraient difficilement agi avec plus de modération dans les mêmes circonstances.

Il suffira souvent de savoir prendre les Turcs pour obtenir d’eux des facilités et des concessions que les plus habiles diplomates n’arriveront pas à leur arracher. Les questions de personnes jouent chez eux un rôle primordial.

Le rôle de la France dans cette circonstance doit consister à aider la Turquie à vaincre les dificultés, à perfectionner son administration, en lui offrant des conseillers, plutôt qu’à la critiquer et à l’accabler de reproches souvent injustifiés, en faisant chorus avec tous ses ennemis. La Turquie aura besoin de conseillers pour toutes les parties de son administration, justice, finances, douanes, police, gendarmerie, armée, marine, agriculture, commerce, industrie, service sanitaire etc, etc... Mais ce n’est pas en la blessant et en l’humiliant qu’on la décidera à faire appel à ces auxiliaires ; c’est en sachant adroitement la convaincre de l’utilité de ce concours, surtout quand ce concours leur vient d’amis, éprouvés, comme les français. " (p. 15-17)

Source : https://archives.saltresearch.org/handle/123456789/34391

Voir également : Les "massacres de chrétiens" dans l’Empire ottoman tardif

Le contexte des exactions dans l’Empire ottoman tardif : insuffisances de l’administration, difficultés des réformes et du maintien de l’ordre

La politique "pro-arménienne" et "anti-kurde" des Jeunes-Turcs (1908-1914)

Les tentatives de mise au pas des chefs tribaux kurdes (tourmentant notamment les paysans arméniens) par les Jeunes-Turcs

L’alliance entre le Comité Union et Progrès et la FRA-Dachnak brouillée par l’agitation tribale kurde

1914 : le soulèvement kurde contre l’application du plan de réformes arméniennes Tahsin Bey : protecteur des Arméniens, homme de confiance de Talat Paşa et membre de l’Organisation Spéciale

Le général Halil Paşa (oncle d’Enver) et les Arméniens

Cevdet Bey (beau-frère d’Enver) à Van : un gouverneur jeune-turc dans la tempête insurrectionnelle

Le vaste réseau paramilitaire de la FRA-Dachnak dans l’Anatolie ottomane

Les sources documentaires ottomanes et russes démentent les mensonges de Taner Akçam

Première Guerre mondiale : les Arméniens et les offensives russes en Anatolie

Les nationalistes arméniens, des idiots-utiles de l’expansionnisme russo-tsariste

Les volontaires arméniens de l’armée russe : des criminels de guerre


Voir en ligne : http://armenologie.blogspot.com/202...


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