Comment la Grèce et Chypre du Sud ont-elles modifié l’équation Turquie–Union européenne ?

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Par Mehmet Öğütçü
11 juillet 2026 – Rubrique : Politique

La Grèce et l’administration chypriote grecque du Sud ne font pas obstacle aux relations entre la Turquie et l’Union européenne uniquement grâce à leur pouvoir de veto au sein de l’UE. Elles y parviennent également grâce à une diplomatie qui a réussi à transformer leurs différends avec la Turquie en problèmes relevant directement de l’Union européenne.
Alors même que le président Recep Tayyip Erdoğan participait, à Ankara, à un dîner de travail avec les principaux dirigeants de l’Union européenne à l’issue du sommet de l’OTAN, une nouvelle en provenance de Bruxelles est venue contrarier Ankara.

Le Parlement européen a adopté à une large majorité une résolution affimant que les forces armées turques avaient commis de graves violations lors de l’opération de paix à Chypre de 1974 et demandant le retrait des troupes turques de l’île.

Cette résolution n’avait aucune valeur juridiquement contraignante. Il était également prévisible que la Turquie et la République turque de Chypre du Nord réagissent avec fermeté.

Mais l’élément essentiel n’était pas sa portée juridique ; c’était sa signification politique.

Car ce vote démontrait une nouvelle fois que la Grèce et l’administration chypriote grecque avaient remporté un nouveau succès diplomatique contre la Turquie au sein des institutions européennes.

Les relations Turquie-UE sous contrôle

Les États ne perdent pas uniquement sur les champs de bataille.

Parfois, ils s’affaiblissent à cause des crises économiques. Parfois encore, sans perdre une guerre ni céder un seul territoire, leur marge de manœuvre dans le système international se réduit progressivement.

La cause n’est généralement pas une faiblesse militaire.

Le véritable problème réside dans l’incapacité à comprendre à temps les nouveaux rapports de force, à saisir le fonctionnement des institutions internationales et à remplacer une stratégie d’État de long terme par des politiques destinées uniquement à gérer l’urgence.

Lorsque je prends aujourd’hui du recul sur quarante années de relations entre la Turquie et l’Union européenne, c’est précisément cet aspect qui me fait le plus réfléchir.

En Turquie, une grande partie du débat sur l’Union européenne continue d’être menée sous l’angle de la légitimité.

Nous évoquons les doubles standards européens, l’influence de la Grèce à Bruxelles, ou encore les abus de l’administration chypriote grecque liés à son statut de membre de l’Union.

Une grande partie de ces critiques n’est pas infondée.

En particulier sur la question chypriote, l’Union européenne a considérablement affaibli sa capacité de médiateur impartial en admettant la République de Chypre comme membre à part entière avant même qu’un règlement du conflit ne soit trouvé.

Mais si nous nous contentons de cette analyse, nous passons à côté de l’essentiel.

La véritable question est la suivante :

Comment Athènes et Chypre du Sud ont-elles réussi cela ?

La Grèce gagne à Bruxelles

Comment la Grèce et Chypre du Sud ont-elles réussi à retourner à leur avantage le droit européen, les institutions de l’Union et ses mécanismes décisionnels face à une Turquie pourtant largement supérieure en termes de population, d’économie, de capacités militaires et de poids géopolitique ?

La réponse à cette question ne se trouve pas tant à Athènes qu’à Bruxelles.

Car, au cours des quarante dernières années, ce ne sont pas seulement les équilibres en mer Égée ou en Méditerranée orientale qui ont changé.

C’est surtout le terrain politique sur lequel ces différends sont débattus.

Autrefois, les litiges de la mer Égée relevaient essentiellement des relations entre Ankara et Athènes.

Aujourd’hui, ils sont de plus en plus traités comme des questions opposant la Turquie à l’Union européenne.

La question chypriote, elle aussi, cesse progressivement d’être un simple différend entre deux communautés pour devenir un dossier touchant directement au droit, aux institutions et aux politiques de l’Union européenne.

La Grèce n’a pas modifié les équilibres militaires.

Elle n’a pas construit une économie plus puissante que celle de la Turquie.

Elle n’a pas acquis une supériorité démographique.

En revanche, elle a changé la table sur laquelle se joue la partie.

En diplomatie, la plus grande victoire ne consiste pas toujours à vaincre son adversaire.

Elle consiste parfois à changer les règles selon lesquelles l’arbitre rendra sa décision.

L’Europe que j’ai découverte à Bruges

Cette analyse ne repose pas uniquement sur des travaux universitaires.

Une grande partie de ma vie professionnelle m’a permis de connaître les institutions européennes de l’intérieur.

Après ma mission diplomatique à Pékin, le ministère turc des Affaires étrangères m’a envoyé au Collège d’Europe de Bruges.

L’objectif n’était pas seulement de recevoir une formation académique.

Il s’agissait aussi de permettre à une nouvelle génération de diplomates turcs, appelés à travailler sur les relations entre la Turquie et ce qui s’appelait alors la Communauté européenne, de comprendre de l’intérieur le fonctionnement des institutions européennes.

Le mur de Berlin venait tout juste de tomber.

L’Europe se reconstruisait.

Nombre de mes camarades de promotion ont ensuite occupé des postes de haut niveau à la Commission européenne, au Parlement européen, au Conseil, à la Cour de justice de l’Union européenne ou encore à la Banque européenne d’investissement.

Aujourd’hui encore, je reste en contact avec beaucoup d’entre eux et je suis de près leurs analyses, qui permettent de prendre le pouls de l’Europe de l’intérieur.

Le titre de mon mémoire de master, rédigé en 1991, était :

« La place de la Turquie dans la nouvelle architecture européenne. »

Trente-cinq ans se sont écoulés depuis.

Pourtant, l’idée principale que je défendais à l’époque demeure inchangée.

Une fenêtre d’opportunité manquée

Au début des années 1990, la Turquie se trouvait face à une occasion historique.

Chypre du Sud n’était pas encore membre de l’Union européenne.

La Grèce ne disposait pas encore des puissants leviers institutionnels dont elle bénéficie aujourd’hui.

L’Union européenne considérait alors son élargissement comme un projet historique.

La Turquie n’était pas perçue comme un pays à maintenir en dehors de l’Europe, mais comme un partenaire stratégique susceptible d’y trouver sa place.

En diplomatie, certaines occasions ne se présentent qu’une seule fois.

Lorsqu’elles sont manquées, leur coût se paie pendant des décennies.

Le succès de la Grèce et de Chypre du Sud ne reposait pas uniquement sur leur droit de veto.

Leur véritable réussite résidait dans leur meilleure compréhension du fonctionnement de l’Union européenne.

La Commission…

Le Parlement…

Le Conseil…

Les groupes de réflexion…

Les universités…

Les médias…

Tous faisaient partie d’une stratégie de long terme.

La Turquie, en revanche, réagissait bien souvent une fois les décisions déjà prises.

Eux étaient présents pendant que ces décisions étaient encore en cours de rédaction.

Comment Athènes a gagné l’Europe à sa cause

À Bruxelles, les décisions ne sont pas prises uniquement lors des sommets où les chefs d’État et de gouvernement se réunissent quelques fois par an.

Ces sommets ne constituent bien souvent que le dernier acte d’un processus de préparation qui dure plusieurs mois.

La véritable bataille commence bien en amont : au sein des directions spécialisées de la Commission européenne, dans les groupes de travail du Conseil, dans les rapports préparés par les rapporteurs du Parlement européen, lors des réunions des groupes politiques, au sein des services juridiques ou encore dans les études publiées par les centres de réflexion.

* Quel terme sera utilisé dans un rapport ;
* Un différend sera-t-il qualifié de « litige bilatéral » ou de « question relevant du droit de l’Union » ;
* La position d’un État deviendra-t-elle ou non la position officielle de l’Union européenne ;

Toutes ces décisions sont le résultat d’une bataille diplomatique discrète, mais extrêmement efficace.

Athènes a mené cette bataille avec patience.

Elle a entretenu un dialogue permanent avec les fonctionnaires de la Commission.

Elle a développé des relations durables avec les députés européens.

Elle a tissé des liens solides au sein des grandes familles politiques européennes.

Elle a considéré les universités, les think tanks, les milieux juridiques et les médias comme des prolongements naturels de sa politique étrangère.

Surtout, elle n’a jamais présenté ses revendications comme étant uniquement celles de la Grèce ou de Chypre du Sud.

Elle les a systématiquement présentées comme faisant partie intégrante du droit européen, de la sécurité européenne et de la solidarité entre les États membres.

C’est là que réside le cœur de son succès diplomatique.

En politique, avoir raison ne suffit pas.

On devient réellement efficace lorsque l’on parvient à faire coïncider ses propres arguments avec les intérêts des autres.

Où la Turquie a-t-elle pris du retard ?

Il serait trop facile d’expliquer la situation actuelle uniquement par le succès diplomatique de la Grèce.

Nous devons également faire preuve d’honnêteté envers nous-mêmes.

La Turquie a aussi commis de nombreuses erreurs.

Pendant de longues années, Ankara a considéré l’Union européenne principalement comme un simple dossier de politique étrangère.

Pour Athènes, en revanche, l’Union européenne constituait la politique étrangère elle-même.

Très souvent, nous avons réagi après la publication des résolutions du Parlement européen.

Nous avons répondu une fois les rapports de la Commission déjà publiés.

Nous avons rejeté les conclusions du Conseil européen une fois qu’elles étaient adoptées.

Or, la diplomatie ne consiste pas à protester contre des textes déjà rédigés.

Elle consiste à être présent au moment où ces textes sont écrits.

Nous avons souvent adopté une posture défensive.

Athènes, elle, s’est efforcée de fixer l’agenda.

Nous avons souvent considéré l’Europe comme un bloc homogène.

Eux ont su exploiter avec habileté les différences existant entre les États membres et les institutions européennes.

Nous avons parfois privilégié les relations personnelles au détriment des relations institutionnelles.

Eux ont suivi une véritable politique d’État, indépendante des alternances gouvernementales.

C’est peut-être là la différence la plus importante.

En Turquie, la politique européenne a changé au gré des gouvernements.

En Grèce, les gouvernements se sont succédé, mais la stratégie européenne est restée la même.

La raison d’État n’a pas été sacrifiée aux considérations politiques du moment.

Le regard de l’Europe sur la Turquie a lui aussi changé

Aujourd’hui, l’Union européenne ne considère plus la Turquie comme elle le faisait dans les années 1990.

La Turquie n’est plus seulement perçue comme un pays candidat.

Elle est également :

* un pays de transit indispensable pour la sécurité énergétique de l’Europe ;
* un allié essentiel de l’OTAN pour la sécurité de la mer Noire ;
* un partenaire incontournable dans la gestion des migrations ;
* un acteur important de l’industrie européenne de défense ;
* un maillon stratégique des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Cependant, cette importance géostratégique ne renforce pas automatiquement sa perspective d’adhésion.

Au contraire.

Une partie croissante de l’Europe soutient une coopération étroite avec la Turquie, tout en se montrant de plus en plus réticente à l’idée de son adhésion pleine et entière.

Par ailleurs, la Turquie ne présente pas une image particulièrement convaincante en matière de démocratie, de libertés publiques, de droits de l’homme ou d’indépendance de la justice.

C’est précisément sur cette nouvelle réalité que doit désormais se construire une nouvelle stratégie européenne de la Turquie.

Ni avec des attentes irréalistes.

Ni avec colère ou déception.

Mais avec sang-froid.

Avec réalisme.

Et avec une véritable vision d’État à long terme.

Une nouvelle stratégie européenne

Aujourd’hui, deux voies s’offrent à la Turquie.

La première consiste à poursuivre l’approche suivie depuis une vingtaine d’années :

rejeter systématiquement chaque critique émise par l’Union européenne ;

considérer les résolutions du Parlement européen comme « nulles et non avenues » ;

qualifier les rapports de la Commission de simples préjugés politiques ;

accuser la Grèce et Chypre du Sud d’utiliser l’Union européenne contre la Turquie ;

et continuer sur cette même ligne, en privilégiant parfois un langage de fermeté et des démonstrations de puissance militaire.

Cette approche peut produire des effets en politique intérieure.

Mais il faut désormais reconnaître honnêtement qu’elle n’a pas produit les résultats attendus sur le plan diplomatique.

Le système international ne fait pas disparaître une décision simplement parce que nous la jugeons injuste.

Déclarer que nous ne reconnaissons pas une résolution du Parlement européen n’en réduit pas l’influence sur l’opinion publique européenne ni sur les décideurs européens.

Rejeter un rapport de la Commission européenne ne l’efface pas de la mémoire institutionnelle de Bruxelles.

La diplomatie n’est pas l’art de nier les réalités qui nous déplaisent.

Elle est l’art de comprendre ces réalités afin de les transformer à son avantage.

La seconde voie est plus difficile.

Mais elle est aussi beaucoup plus réaliste.

Deuxième voie : plus difficile, mais plus réaliste

Cette seconde voie ne signifie pas renoncer à nos principes.

Au contraire, elle consiste à apprendre à obtenir des résultats de manière beaucoup plus efficace dans les domaines où nous estimons avoir raison.

La Turquie doit désormais devenir un pays qui ne se contente plus de critiquer l’Union européenne, mais qui est capable d’influencer ses processus de décision.

Pour cela, une nouvelle stratégie européenne est indispensable.

Cette stratégie ne peut pas se limiter à un simple document technique préparé par le ministère des Affaires étrangères.

Elle doit devenir une véritable politique d’État de long terme, impliquant la présidence de la République, la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM), le monde économique, les universités, les centres de recherche, les milieux juridiques, les collectivités locales ainsi que les millions de citoyens turcs vivant aux quatre coins de l’Europe.

Car les défis auxquels la Turquie est confrontée aujourd’hui vis-à-vis de l’Europe ne sont pas uniquement diplomatiques.

Ils sont également économiques.

Juridiques.

Institutionnels.

Technologiques.

Liés à l’image et à la communication.

Et profondément géopolitiques.

La réponse doit donc être tout aussi globale.

L’auteur formule trois recommandations stratégiques.

1. Clarifier l’objectif des relations avec l’Union européenne

Quel est le véritable objectif de la Turquie ?

Si l’adhésion pleine et entière demeure, malgré toutes les difficultés, un objectif stratégique, alors il faut faire preuve de la même détermination pour satisfaire aux exigences qu’elle implique :

* l’État de droit ;
* les réformes économiques ;
* l’adaptation des institutions ;
* les standards démocratiques.

En revanche, si les conditions géopolitiques rendent cette perspective irréaliste à court ou moyen terme, alors il convient de définir clairement un nouveau modèle de partenariat global fondé sur des intérêts réciproques.

L’incertitude n’est pas une politique.

Elle est le symptôme d’une absence de stratégie.

2. Démocratiser la diplomatie

La Turquie doit redevenir un acteur capable d’influencer le jeu à Bruxelles.

Elle ne peut plus rester dans une posture permanente de défense.

Elle doit contribuer à fixer l’agenda européen.

À Bruxelles, la présence turque ne devrait pas se limiter aux diplomates.

Les universités, les centres de réflexion, les entreprises, les sociétés technologiques, les juristes et les organisations de la société civile devraient également être visibles et actifs de manière permanente.

Des réseaux d’amitié devraient être développés au Parlement européen.

La Turquie devrait participer à l’élaboration des rapports de la Commission dès leur phase de rédaction.

Les universitaires, les experts et les jeunes diplomates turcs devraient être davantage encouragés à intégrer les institutions européennes.

Car la diplomatie moderne n’est plus l’affaire exclusive des ambassadeurs.

Tous ceux qui produisent des idées, des connaissances et de la confiance participent désormais à la politique étrangère.

3. Repenser le dossier chypriote

Les principes fondamentaux de la Turquie concernant Chypre peuvent demeurer inchangés.

En revanche, la manière de les défendre doit évoluer.

Le statu quo actuel ne renforce ni la position internationale de la Turquie ni celle des Chypriotes turcs.

Chaque année, Chypre du Sud consolide davantage sa place au sein de l’Union européenne.

Elle développe de nouvelles alliances.

Elle accroît son influence sur les mécanismes décisionnels européens.

Pendant ce temps, la République turque de Chypre du Nord continue de subir les mêmes restrictions en matière de visibilité internationale, de commerce direct, d’investissements et d’intégration économique.

La Turquie devrait désormais développer une nouvelle diplomatie chypriote qui ne soit plus uniquement centrée sur les questions de sécurité.

Elle devrait également intégrer les dimensions :

* juridiques ;
* économiques ;
* énergétiques ;
* des transports ;
* de la transformation numérique ;
* de l’environnement ;
* de la coopération régionale.

Car la diplomatie de demain ne se construira pas seulement autour des débats sur la souveraineté.

Elle se construira aussi autour de projets communs de prospérité.

Plutôt que se plaindre, reconstruire le jeu

Lorsque j’étais étudiant à Bruges, l’un de mes professeurs m’avait dit une phrase que je n’ai jamais oubliée :

« L’Europe n’est pas seulement un marché commun ni un ordre juridique commun. C’est un système de pouvoir renégocié chaque jour. »

Aujourd’hui, je comprends encore mieux la portée de cette réflexion.

Au cours des quarante dernières années, la Grèce et Chypre du Sud sont parvenues à faire coïncider leurs intérêts nationaux avec les intérêts institutionnels de l’Union européenne.

Mais, dans les relations internationales, aucun équilibre n’est éternel.

Aucun avantage n’est définitif.

Aucune perte n’est irréversible.

Les États progressent puis reculent.

Les alliances se forment puis se défont.

Les institutions évoluent.

Les perceptions changent.

Les stratégies doivent donc elles aussi évoluer.

On ne peut élaborer une stratégie efficace sans analyser avec lucidité ce que son adversaire a réussi.

La Turquie est un grand pays.

Elle dispose d’une économie importante.

D’une industrie de défense performante.

D’une position géographique stratégique.

D’une population jeune et dynamique.

Et d’un rôle indispensable pour la sécurité énergétique et les réseaux de transport de l’Europe.

Mais, dans les relations internationales, le potentiel ne suffit pas.

Le potentiel ne devient une véritable puissance que lorsqu’il est accompagné d’une stratégie efficace.

Ils ont réussi à transformer leurs positions nationales en positions européennes

La plus grande réussite d’Athènes n’a pas été d’affaiblir progressivement la Turquie sur le plan militaire ou économique.

Son véritable succès a consisté à convaincre une grande partie de l’Europe de défendre naturellement son propre discours juridique et sécuritaire.

Le défi qui attend aujourd’hui la Turquie n’est donc pas de blâmer l’Europe.

Il est de retrouver un véritable poids stratégique au sein même de l’Europe.

Car les États ne perdent pas uniquement sur les champs de bataille.

Ils peuvent aussi perdre autour des tables de négociation.

Dans les couloirs des institutions.

Ou entre les lignes des textes officiels.

Mais ils peuvent également y retrouver leur influence.

À condition de comprendre correctement les évolutions du monde.

À condition de remplacer les réactions immédiates par une véritable vision stratégique de long terme.

Et à condition de transformer le sentiment d’avoir raison en une stratégie capable de produire des résultats concrets au sein du système international.

C’est là que résident aujourd’hui, à la fois, le véritable défi et la véritable opportunité pour la Turquie.

Il n’est pas trop tard

La Turquie a besoin d’une nouvelle vision de l’Europe.

Une vision capable de mieux comprendre les mécanismes de décision de Bruxelles.

Capable de bâtir des partenariats politiques et économiques plus solides dans les capitales européennes.

Capable d’utiliser simultanément le droit, l’économie, la technologie et la diplomatie publique dans une même stratégie.

L’histoire européenne de la Turquie n’est pas terminée.

Il est encore possible d’ouvrir un nouveau chapitre.

Mais cela ne passera pas par des discours plus bruyants.

Cela passera par une réflexion plus stratégique, une meilleure préparation et le courage politique nécessaire pour redéfinir les règles du jeu.