Sommet de l’OTAN à Ankara : Dépenses militaires, Ukraine et rôle de la Turquie.

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Auteur : Murat Yetkin / Lundi 29 Juin 2026 / Salle : Politique

Le sujet principal du sommet d’Ankara est l’augmentation des dépenses à la demande des États-Unis.

Le 36e sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’OTAN se tiendra les 7 et 8 juillet 2026 au complexe présidentiel de Beştepe, à Ankara. Ce sera la deuxième fois que la Turquie accueillera ce sommet depuis celui d’Istanbul en 2004. Le sommet examinera les progrès accomplis depuis le sommet de La Haye de 2025 et définira une feuille de route concrète pour atteindre les objectifs prioritaires de l’Alliance.

Principaux points à l’ordre du jour du sommet : les armements

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qualifie le sommet de « sommet de concrétisation » , soulignant que les membres doivent désormais passer des simples promesses d’augmentation des dépenses militaires aux actes.
Lors du sommet d’Ankara, les alliés devraient présenter des plans concrets pour une augmentation progressive des dépenses de défense, de 2 % à 3,5 %, puis à 5 % du revenu national, conformément à l’accord conclu lors du sommet de La Haye de 2025.
Des dizaines de milliards de dollars de nouveaux contrats et d’accords d’acquisition conjointe sont attendus lors du Forum des industries de défense de l’OTAN (NSDIF26), qui se tiendra à nouveau à Beştepe le 7 juillet. L’objectif est d’accroître les capacités de production, de renforcer les chaînes d’approvisionnement et de consolider les partenariats dans le domaine des nouvelles technologies. La Turquie aura un rôle à jouer dans ce processus grâce à ses récents progrès dans l’industrie militaire.

Soutien continu et durable à l’Ukraine

L’un des sujets les plus cruciaux du sommet, et sans doute celui qui irritera le plus la Russie, est le soutien à l’Ukraine. Les Alliés renforceront les mécanismes d’assistance durable à long terme tout en continuant de répondre aux besoins immédiats de défense. Les livraisons coordonnées et les programmes de formation seront mis en avant grâce à la Liste des besoins prioritaires de l’Ukraine (PURL). Maintenir l’unité de l’OTAN face à l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février 2022 constitue l’un des enjeux majeurs de ce sommet.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky devrait participer au sommet d’Ankara.

L’ambassadeur de Russie à Ankara, Sergueï Vershinin, a récemment déclaré à YetkinReport que « l’OTAN doit tenir compte des nouvelles réalités mondiales » et qu’« il n’existe pas de solution militaire ».

Guerre en Iran et tensions transatlantiques

L’attaque américano-israélienne contre l’Iran le 28 février 2026, les représailles iraniennes par missiles et la fermeture du détroit d’Ormuz ont eu un impact direct sur l’équilibre énergétique mondial, le Moyen-Orient et l’OTAN. L’interception par la défense collective de l’OTAN de missiles tirés d’Iran vers la Turquie a illustré la solidarité face à cette attaque. Cependant, le président américain Donald Trump a reproché à certains pays européens de ne pas avoir apporté le soutien souhaité par les États-Unis contre l’Iran. La prise de distance de nombreux pays européens vis-à-vis d’Israël, en raison des attaques menées par ce dernier contre les Palestiniens à Gaza et au Liban, a exacerbé les tensions transatlantiques. Le sommet d’Ankara offrira l’occasion d’aborder ces tensions de front.

Défis et difficultés rencontrés lors du sommet de l’OTAN.

Ce sommet mettra avant tout à l’épreuve les divisions internes de l’alliance.
Les critiques de Trump à l’égard de l’OTAN et le scénario potentiel d’un « engagement américain moindre » accentuent la pression sur l’Europe pour qu’elle contribue davantage au partage des charges.

Par exemple, il est légitime de s’interroger sur les coupes budgétaires que la Turquie, déjà en proie à une crise économique, devra effectuer en augmentant ses dépenses de défense de 2 % il y a quelques années à 5 %, et sur les conséquences que cela pourrait avoir sur les salaires des employés, les prestations sociales et les investissements dans les infrastructures civiles.
Transformer les dépenses en capacités concrètes s’avère complexe dans un contexte de pressions économiques et de compétition électorale au sein des pays européens.
Par ailleurs, le risque d’extension du conflit iranien, les menaces hybrides de la Russie et la recherche d’une paix durable en Ukraine exigent un message d’unité entre les alliés. L’organisation de ce sommet par la Turquie représente à la fois une opportunité et un exercice d’équilibriste qui requiert une diplomatie prudente.
Ce sommet offre l’occasion de concrétiser la vision « OTAN 3.0 » de l’alliance. À cet égard, la capacité de la Turquie à jouer efficacement son rôle de médiateur sera également cruciale.

Rôles que la Turquie peut assumer

Le rôle de la Turquie au sein de l’OTAN évolue de la périphérie vers le centre, du fait de sa position géostratégique englobant la mer Noire, la Méditerranée orientale, le Moyen-Orient, le Caucase et les Balkans, et des lignes de conflit mouvantes le long de l’axe Europe de l’Est-Moyen-Orient. Son incapacité à finaliser une deuxième acquisition de systèmes S-400 auprès de la Russie, les accords d’acquisition d’Eurofighter et ses initiatives de coopération dans le domaine de l’industrie de défense (avec des pays comme l’Italie, l’Espagne, la Roumanie et le Portugal), ainsi que son soutien à l’Ukraine, ont affaibli les affirmations d’un « réalignement » au sein de l’Occident.
Les rencontres du président Recep Tayyip Erdoğan avec Donald Trump, les projets de coopération militaire turcs avec le Royaume-Uni, l’inclusion par Rutte de visites sur les sites de TUSAŞ et d’ASELSAN dans ses contacts à Ankara, et la décision d’établir un deuxième corps de réaction rapide de l’OTAN en Turquie témoignent tous d’une volonté de redéfinir les relations OTAN-Turquie.
Erdoğan souhaite que la Turquie joue un rôle plus actif dans le soutien logistique à l’Ukraine, la sécurité en mer Noire et la médiation régionale (notamment dans le processus de transition syrien). L’issue de ce sommet de deux jours permettra de dresser un tableau d’ensemble.