dimanche 4 décembre 2022

Turquie : chronique d’un voyage dans l’Est (3)

Adhésion à l’UE : des points positifs ?

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Turquie : chronique d'un voyage dans l'Est (3)

Dans mon précédent article, j’ai longuement évoqué les arguments énoncés par mes compagnons de voyage contre l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Quelques personnes cependant n’étaient pas si défavorables à cette adhésion et trouvaient, même à l’Est du pays, des raisons de penser que la Turquie pourrait être intégrée à l’UE.

Par Sebahat Erol

La première des raisons relève d’une comparaison entre le niveau économique de la Turquie et celui de pays de l’Europe de l’Est entrés récemment dans l’UE. Si pour la plupart des voyageurs ces pays n’auraient justement jamais dû être intégrés, d’autres, minoritaires, retournent l’argument en faveur de la Turquie et estiment que les Turcs ont un niveau de vie supérieur à ces nouveaux Européens et qu’il est injuste de leur fermer les portes.

Mes trois collègues d’Histoire-géographie en particulier, qui ont beaucoup voyagé et vu des pays très divers, estiment qu’économiquement la Turquie est plus prête à entrer dans l’UE que la Roumanie par exemple. Elles sont frappées par la « vitesse de développement » de la Turquie qu’elles ont déjà visitée quelques années auparavant. Elles imaginaient l’Est du pays plus pauvre et ont été étonnées par la qualité des hôtels et des boutiques même dans une ville comme Erzurum – effectivement, dans cette ville, si certains ont été choqués par les vitrines où trônaient des mannequins voilés, on pouvait aussi remarquer la présence de boutiques chics exhibant des marques françaises… Lorsque nous sommes arrivés à Diyarbakir ou à Gaziantep, nous avons également trouvé des villes modernes, qui n’avaient rien à envier aux villes européennes.

Pour Christine, le niveau de développement d’un pays se mesure à sa plomberie, à sa tuyauterie, et elle se dit satisfaite de ce qu’elle a trouvé dans les hôtels. Personnellement, je me suis plutôt dit que les Turcs ont encore des progrès à faire en matière de plomberie… Les hôtels sont souvent beaux, on trouve parfois du marbre dans les salles de bains – certes, le marbre est assez bon marché en Turquie – mais le fonctionnement de la douche et des lavabos laisse encore souvent à désirer.

Entre Hopa, en bord de Mer noire, et Erzurum, notre car a été ralenti par les travaux routiers, ce qui nous a permis de constater que d’importants investissements sont faits pour améliorer le réseau routier à l’Est, construire des tunnels, des barrages… On peut apprécier d’autant plus ces efforts que le paysage montagneux de cette région ne facilite guère les travaux publics. Dans l’ensemble, le groupe a trouvé les routes tout à fait correctes.

Le barrage d’Atatürk, sur l’Euphrate, sixième plus grand barrage du monde, a peut-être convaincu des personnes plus sceptiques que les collègues d’Histoire sur la capacité de développement de la Turquie – je dois dire que j’ai « interviewé » les gens tout au long du périple et qu’il aurait été sans doute intéressant de le faire en fin de parcours, ce qui m’était impossible. Entre le Tigre et l’Euphrate, les férus d’Histoire ont pu se faire une image de l’ancienne Mésopotamie réputée pour la fertilité de son sol. Grâce au barrage d’Atatürk, les environs d’Urfa sont prospères sur le plan agricole : la première récolte de maïs avait déjà été faite et on avait replanté les champs pour une seconde récolte. On peut rétorquer que des sols enrichis artificiellement finiront par s’appauvrir, ou bien que la construction du barrage ne profite qu’aux riches propriétaires terriens qui possèdent d’immenses champs ; mais on peut aussi penser que cette prospérité doit permettre de fournir du travail à d’autres personnes qu’aux agriculteurs aisés.

Sans parler de cette nouvelle Mésopotamie, Anne-Marie, que j’ai interrogée entre Erzurum et Van, se demande pourquoi les Turcs ont émigré vers l’Europe. Anne-Marie est institutrice, fille de petits paysans des Pyrénées, et donc très sensible à l’aspect agricole du pays. Elle ne se sent pas du tout dépaysée dans ces régions de l’Est, elle constate qu’ici, « tout est cultivé » et que les campagnes françaises ne sont pas forcément plus riches. (Anne-Marie n’en est pas pour autant favorable à l’adhésion turque, mais c’est surtout parce qu’elle estime que l’UE apporte plus de contraintes que d’avantages aux paysans.) Les professeurs d’Histoire soulignent également la mécanisation agricole, signe de développement du pays.

Ces quelques marques de développement ne doivent pas faire oublier que l’Est reste globalement pauvre et qu’en contraste avec le barrage Atatürk, les touristes ont photographié les pyramides de bouses de vache séchées servant encore de combustible dans ces régions où manque le bois. Les écolos pourront répliquer que c’est un combustible comme un autre, et même meilleur que d’autres plus polluants, il n’empêche que ces tas de bouses paraissent d’un autre âge…

Outre ces arguments concernant les efforts de développement, certains évoquent aussi la position géostratégique de la Turquie qui peut jouer un rôle de leadership dans cette région dans une perspective de paix. C’est l’avis de Claude, Européen convaincu et pacifiste, qui ne voit pas pourquoi l’UE n’intégrerait pas la Turquie alors qu’elle a ouvert ses portes à Chypre. Comme d’autres également, il pense que jusqu’à présent, la Turquie a été un exemple de laïcité et que la rejeter risquerait de la pousser vers des pays moins progressistes.

Enfin, sur le plan démographique, Christian se demande si la Turquie, pays jeune par sa population, a vraiment intérêt à intégrer une Europe vieillissante…

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Source : turquie europeenne



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