mercredi 30 novembre 2022

TURQUIE / CULTURE

Mimar Sinan : Les origines d’un génie sont-elles importantes ?

Mimar Sinan est un architecte de génie à qui la Turquie doit ses plus beaux bâtiments du 16e siècle

Publié le | par Ali Bal | Nombre de visite : 1380 |
Mimar Sinan : Les origines d'un génie sont-elles importantes ?

Ce soir à 20h35, l’émission « Des racines et des ailes » sur France 3 s’intéresse aux bâtisseurs de l’histoire en direct des Beaux-arts située dans le quartier de St Germain des Prés.

La dernière partie est consacrée à l’architecte ottoman de génie qu’est Mimar Sinan (né le 29 Mai 1489 à Kayseri – mort le 9 Avril 1588 à Istanbul).

Les origines de cet architecte exceptionnel ne font pas l’unanimité parmi les historiens dont certains lui font valoir une ascendance arménienne ou grecque.

« Mimar Sinan est originaire de Kayseri mais pas d’un village arménien. Ce dont on est certain c’est que son grand-père se nommait Yusuf Dogan et son père Abdullah Mennan » indique l’historien Mehmet Niyazi Özdemir.

Selon Özdemir, à l’époque où Sinan fut nommé "Architecte en chef", Chypre venait d’être conquise par les Ottomans. Ces derniers voulant y implanter leur culture et leur religion, le Sultan Selim II décida de déplacer sur l’île une population turque et musulmane installée à Kayseri.
Au sein de ce groupe destiné à l’exil sur Chypre figurait de la famille proche de Sinan comme le fils de son oncle. Dès lors, l’architecte présenta une requête au Sultan en faveur de sa famille afin que celle-ci soit exemptée du transfert. Mais, il n’en obtint pas satisfaction.
Ces faits démontrent sans équivoque que Sinan et sa famille étaient bel et bien turcs et musulmans sinon pourquoi auraient-ils été inclus à une population pour turquiser et islamiser un territoire nouvellement conquis.

L’historien Zekeriya Kursun ajoute que le système du Devchirmé qui consistait à enlever des enfants aux familles non-musulmanes pour constituer l’élite ottomane, s’appliquait à cette époque quasi exclusivement dans les Balkans ; l’Anatolie, dont Kayseri, n’était pas concernée.
Zekeriya Kursun précise en outre que si Sinan avait eu des origines arméniennes, il y aurait des traces dans les registres de l’Eglise apostolique arménienne de l’Empire. Or, rien sur Sinan ne figure dans les cahiers des autorités arméniennes ottomanes qui, pourtant, veillaient de façon très rigoureuse et détaillée à leurs écritures.

L’Empire ottoman, qui constituait un exemple rare de véritable diversité, tant confessionnelle qu’ethnique, ne faisait pas primer la race. Seuls les compétences, le dévouement et le travail de ses sujets importaient. Dès lors, les origines des individus n’étaient nullement dissimulées, ce qui étonna bien plus d’un Occidental venu dans l’Empire !

Pour nous, ses origines n’ont aucune importance et ne peuvent, en aucun cas, altérer son génie unique.
C’est avec humilité et honneur que nous nous courbons devant la mémoire de Mimar Sinan.
Cet article est aussi une réponse aux extrémistes qui veulent s’approprier les origines ethniques des talents de l’Empire ottoman pour les instrumentaliser à des fins de propagande anti-turque.

Au total, au cours de sa longue carrière, Sinan et son équipe ont réalisé plus de 470 constructions dont :
• 92 grandes mosquées
• 52 « mescit » (petites mosquées sans minaret ou salles de prière),
• 57 « medrasas » (collège de théologie)
• 7 « darülkurra » (écoles coraniques),
• 22 mausolées ou turbés,
• 17 « imaret » (hospices ou maisons d’accueil pour les déshérités),
• 20 caravansérails
• 36 palais et manoirs
• 6 magasins
• 48 hammams (bains publics et installations thermales),
• 3 hôpitaux
• 7 aqueducs
• 8 ponts

Les trois œuvres majeures de Mimar Sinan sont la mosquée Şehzade Mehmet à Istanbul qu’il considérait comme un travail d’apprenti, la mosquée Süleymaniye également à Istanbul qu’il considérait comme un travail de maçon, et la mosquée Selimiye à Edirne qu’il considérait comme un travail de maître maçon.

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