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Matthias Erzberger et les Arméniens

mercredi 16 juin 2021 | par SibiryaKurdu


Matthias Erzberger et les Arméniens

Matthias Erzberger, Souvenirs de guerre de M. Erzberger, ancien ministre des finances d’Allemagne, Paris, Payot, 1921 :

"Vers la fin de l’année 1915, Son Eminence le cardinal Piffel, par l’Association de l’immaculée Conception de Vienne, et le cardinal Csarnoch, de Gran, par l’Association de Saint-Ladislas à Budapest, parvinrent à force de zèle à créer l’organisation nécessaire pour grouper les efforts des catholiques des Puissances Centrales. J’assistai aux négociations décisives qui eurent lieu à Vienne et à Budapest. On me pria « de consacrer mes forces à favoriser les relations et les échanges d’idées ». J’eus à diriger le bureau central des trois organisations et leurs rapports avec les bureaux officiels. Le travail ne marcha d’abord que lentement. Cependant, en juin 1915, on put faire droit au vœu qu’avait exprimé le légat apostolique de Beyrouth au sujet de l’envoi de dix Pères franciscains. Les provinces franciscaines d’Allemagne se déclarèrent prêtes en outre à prendre sous leur direction, en proportion des forces dont elles disposaient, les anciens cloîtres franciscains en Syrie avec leurs dépendances d’autrefois (école, orphelinat, hôpitaux) et à fonder des écoles de commerce et d’agriculture. Le règlement scolaire turc était accepté comme base de l’enseignement ; on tiendrait compte des besoins des différentes provinces. Cette dernière réserve était absolument nécessaire, car le gouvernement central turc voulait faire partout de la langue turque une matière d’enseignement obligatoire, tandis que la grande majorité des habitants de l’Empire turc se servaient de l’arabe, qui était leur langue maternelle.

En septembre 1915, après avoir surmonté de nombreuses difficultés, j’arrivai à ce résultat qu’un représentant spécial des catholiques allemands fût envoyé résider de façon permanente à Constantinople « afin de s’occuper des intérêts spirituels des marins et des matelots allemands ». Il trouva, dans les milieux indigènes catholiques, des dispositions défavorables car, depuis la guerre, la situation avait empiré pour les catholiques. Dans ses premiers rapports il signalait déjà que l’activité des religieux à envoyer dans le pays devait plutôt se proposer des fins de religion et de moralité générales que des fins de mission au sens plus étroit du mot. Il faudrait penser avant tout aux besoins religieux des 80.000 catholiques latins. Dans le premier semestre de 1916, sept ecclésiastiques et douze religieux réguliers arrivèrent. Les sœurs de Saint-Charles Borromée, installées depuis trente années en Orient, furent chassées de leurs maisons du Caire et d’Alexandrie, connues dans le monde entier. Elles firent d’admirables sacrifices. Elles installèrent elles-mêmes à Constantinople une cuisine de pauvres, un orphelinat, une école privée, un hospice ; à Eskischehir le Foyer du Soldat ; à Konia l’hôpital ; à Alep l’école et l’orphelinat ; à Baalbek l’hôpital ; à Beyrouth une école, un pensionnat, un hôpital ; à Damas l’hôpital ; à Haïffa l’hôpital et l’école ; à Eliasruh, sur le Carmel, la maison de convalescence ; à Jérusalem 5 maisons, école, hospice civil, hôpital, orphelinat ; à Emmaüs un hospice civil. Quand elles ne créèrent pas ces maisons, elles en prirent la direction. La Supérieure générale m’écrivit en ces termes simples et modestes au sujet de l’impression générale que lui avait laissée une tournée dans ces pays : « La tenue et l’activité des sœurs est absolument satisfaisante. Elles sont toutes animées de l’esprit de devoir et d’abnégation. Les rapports avec les autorités allemandes et turques sont partout bons ». Les rapports hebdomadaires que je lus à ce sujet et la liste des victimes de la congrégation me permirent d’apprécier quelle somme énorme d’abnégation contiennent ces quelques paroles.

Dans le deuxième semestre, l’appui de l’Autriche-Hongrie se fit plus fortement sentir. En novembre 1916, 35 ecclésiastiques étaient venus d’Allemagne, ainsi que 76 religieuses. De 35 à 40 ecclésiastiques et 87 religieuses étaient venus d’Autriche. Plusieurs de ces apôtres nous ont été malheureusement enlevés par la maladie. Une des tâches à entreprendre, une des plus importantes, était la création d’un séminaire d’instituteurs catholiques. Car la plupart des enfants catholiques de la Turquie grandissaient sans instruction religieuse. Il n’y avait pour ainsi dire pas d’instituteurs catholiques. On ne pouvait pas en former parce que les séminaires turcs n’acceptaient que des mahométans. On pensa à la ville catholique d’Angora, mais ce plan échoua à cause de l’incendie de cette ville et d’autre part par suite de l’anéantissement des Arméniens catholiques [il est resté des milliers d’Arméniens catholiques à Ankara pendant toute la guerre : quant à ceux qui ont été déportés, ils ont été soit réinstallés à Alep ou Damas (où il n’y a pas eu d’"extermination" selon l’historien Ara Sarafian), soit dans le vilayet voisin de Konya ]. L’autorité centrale turque ne voyait pas toujours d’un bon œil l’activité des religieux catholiques, tandis que les bureaux provinciaux toléraient en général assez bien les nouveaux arrivants. Bien que les sœurs eussent réussi en très peu de temps à ne pas créer moins de huit foyers du soldat, le chef de l’Etat-Major de la Mission militaire allemande eut le courage de me dire qu’il n’était point souhaitable d’occuper dans les foyers du soldat et dans les maisons d’officiers des dames en costume de « Sœur » et portant ce titre. Il fallait y employer seulement des mères de famille, des ménagères et des cuisinières. Cet homme ne m’a point dit où on aurait pu prendre les personnes aptes à combattre les épidémies de fièvre qui sévirent à Mossoul et à Bagdad et qui nous enlevèrent de nombreuses religieuses. Les militaires du front exprimaient d’autres jugements. Témoin cette lettre du médecin directeur de l’hôpital français, Redjeb Bey, de Smyrne, au général commandant le XVII e Corps d’armée, en date du 18 août 1916 :

« Les religieuses allemandes qui sont affectées à notre 11e section ont depuis le premier jour accompli leur devoir avec un grand esprit de sacrifice. Elles ont fait régulièrement leur service, elles ont été constamment bonnes, charitables, persévérantes et expérimentées. C’est à elles qu’on doit la guérison plus rapide des malades et la diminution de la mortalité. Le résultat positif dont je parle est établi par les statistiques. Dans l’intérêt des malades, dans l’intérêt des forces nationales, nous avons besoin des sœurs qui travaillent sans trêve et avec constance ».

Le 10 mars 1916, je reçus un appel pressant de Mossoul. On réclamait aussitôt au moins douze sœurs qui apporteraient de grandes quantités de médicaments et d’objets de pansement. On réclamait en outre tout ce qui est nécessaire pour installer un hôpital de 100 lits et une polyclinique. Ah ! on ne pensait pas alors à des « ménagères et à des cuisinières ». Alep et Damas firent entendre des appels de ce genre. Tous furent entendus, grâce à l’abnégation des Ordres et des Congrégations allemands.

Mossoul offrait un terrain particulièrement fertile. Le Dr. Schäfer, qui y mourut à la fleur de l’âge, originaire du diocèse de Paderborn, réussit à nouer les meilleures relations avec le patriarche des Chaldéens. L’Eglise catholique des Chaldéens comptait en 1913 environ 100.000 fidèles, 300 prêtres, 153 églises, 81 chapelles, 130 séminaires, 144 stations. Le patriarche archevêque de Bagdad avait son siège à Mossoul. Quatre archi-diocèses et huit diocèses lui étaient subordonnés dans les régions de la Mésopotamie, du Kurdistan, de la Basse-Arménie et de la Perse. Le pasteur allemand avait particulièrement à cœur de garder le séminaire. Sa mort prématurée a malheureusement mis un terme à ses succès. Le Patriarche courut une fois le risque d’être cité par les Jeunes-Turcs devant un Conseil de Guerre. C’était le commencement d’une persécution des chrétiens. Le Consul allemand réussit à empêcher cette mesure. La police turque dut s’excuser près du Patriarche. Par son intervention près du Vali, le consul allemand sauva la vie à des milliers de chrétiens jacobites, qui sont environ au nombre d’un million.

Parmi les huit foyers du soldat que l’Association pour la Terre Sainte parvint à créer, c’est celui de Eskischehir qui s’est développé le plus favorablement. Il arriva à des résultats étonnants étant donné l’extraordinaire cherté des vivres. Il a distribué de grandes quantités de paquets. Il a largement pourvu de lecture nos soldats. A Constantinople, fut créée une association allemande pour l’édification d’une église catholique. L’ambassadeur comte Wolff Metternich, auquel je pus soumettre ce plan, avec d’autres analogues, avant son départ pour Constantinople en novembre 1915, s’est activement occupé de l’affaire.

En juin 1916, nous parvînmes à passer avec la Turquie une convention relative à la protection des établissements catholiques allemands. Cette convention ne protégeait cependant qu’un petit nombre des établissements d’Orient soutenus par des Allemands et par de l’argent allemand. Des fonds affluaient vers presque tous les établissements d’Orient par l’intermédiaire des grandes missions allemandes. C’est pourquoi j’exposai dans un mémoire adressé aux Affaires Etrangères que les grands établissements présentant un caractère plus international devaient être également protégés. Je rappelais que le gouvernement turc avait déjà essayé pendant la guerre de conclure un Concordat avec le Saint-Siège. Le Saint-Siège m’avait dit qu’il était disposé à conclure un concordat, pendant le séjour que je fis à Rome en février 1915. Mais il avait ajouté qu’il ne pourrait le faire qu’après la paix. Je faisais observer que le gouvernement allemand pourrait remporter un succès satisfaisant pour tout le monde si, dans un accord avec la Turquie, il s’engageait à s’employer en faveur d’un Concordat entre la Turquie et le Saint-Siège. Dans les négociations relatives à cette affaire, le Pape, gérant suprême des biens de l’Eglise, serait en situation de faire valoir les revendications relatives à la reddition des biens ecclésiastiques dont l’Empire turc s’était emparé. La Turquie pouvait d’autant mieux accueillir cette revendication qu’elle avait toujours déclaré qu’elle n’était hostile qu’au caractère national étranger et non pas au caractère chrétien de ces institutions. Le Saint-Siège pourrait remettre à la disposition de sujets ottomans (c’est-à-dire des autorités ecclésiastiques de l’Empire ottoman) les institutions internationales sur lesquelles l’Etat avait mis la main. Ce serait garantir la propriété ecclésiastique et ce serait un succès pour les tendances nationales de la Turquie. Si un accord de ce genre n’avait pas lieu, il faudrait s’attendre à ce qu’après la guerre le Saint-Siège élevât une protestation au sujet de la façon dont le gouvernement en avait usé envers les biens ecclésiastiques. Des conversations telles que je les souhaitais furent engagées en effet à Constantinople. Elles n’aboutirent point à un accord écrit, mais le gouvernement turc déclara qu’il adoptait l’idée principale de cet accord, parce qu’il avait appris qu’autrement je n’approuverais pas l’abolition pure et simple des Capitulations. Le général Ludendorff , qui avait appris mes objections, m’écrivit le 22 septembre 1916 : « Votre parti souhaite que les Capitulations soient conservées en Turquie en ce qui concerne l’Eglise ou l’Ecole, sous une forme quelconque. D’autre part, je comprends aussi le point de vue turc qui m’a été exposé par Enver Pacha. Si nous faisons à la Turquie un cadeau complet, nous en ferons notre obligée. Un demi-cadeau laisserait une impression équivoque ». Les accords de l’Allemagne avec la Turquie ont rendu un service fort appréciable au christianisme en général. Les catholiques allemands peuvent se souvenir avec satisfaction de ce qu’ils ont fait malgré toutes les difficultés qu’ils ont eu à vaincre. Bien des accusations élevées contre eux pendant la guerre s’en trouvent réfutées. La voie est maintenant libre pour une nouvelle solution de toutes ces questions. (...)

Un des feuillets les plus chargés du dossier européen est sans contredit celui qui concerne la question arménienne. Dans chaque conflit qui a mis aux prises la Turquie avec une Puissance quelconque, ce sont les Arméniens qui ont été les victimes. La Russie s’est constamment efforcée de placer tous les Arméniens sous son contrôle politique et religieux. Continuellement le gouvernement turc traitait l’Arménie avec une méfiance, en de nombreux cas, injustifiée. Pendant la guerre des Balkans, qui affaiblit beaucoup la Turquie, les Arméniens ont été fidèles envers le Sultan [les signes du contraire sont légion], bien que le rêve arménien d’un Etat autonome ait eu à ce moment les plus grandes chances de succès [on en était encore au début de la normalisation des relations entre les dachnaks et le régime tsariste ]. Malgré les assurances données par des ministres et des hommes politiques turcs influents, l’attitude des autorités turques m’a donné l’impression que, dans la question arménienne, ce n’étaient pas les raisons nationales, mais le fanatisme mahométan qui jouait le rôle essentiel [le gouvernement unioniste a accéléré les réformes visant à la sécularisation du droit et de l’enseignement après la révolte arabe (1916)...]. Avant l’entrée en guerre de la Turquie, en 1914, l’ambassade d’Allemagne à Constantinople est entrée en contact avec le Patriarche et les autres autorités arméniennes. Elle leur exposa que l’heure décisive avait sonné, et qu’il fallait qu’ils se comportassent en fidèles sujets de l’Empire ottoman. Les Arméniens affirmèrent leur loyalisme envers la Turquie. D’autres éléments chrétiens de la population manifestèrent aussitôt après la déclaration de guerre leur inébranlable fidélité envers l’Empire ottoman. L’archevêque des Maronites de Beyrouth écrivit par exemple, le 17 novembre 1914, une lettre pastorale qui parlait de « la sincère affection pour notre patrie en ces temps malheureux », et qui ordonnait que les curés rassemblassent des dons en faveur de l’armée. L’archevêque de Chypre, du rite maronite, a, dans une lettre pastorale du 14 novembre 1914, invité ses fidèles « à protéger l’honneur et les biens de la Turquie et à montrer au gouvernement une inébranlable fidélité et un dévouement sincère ». Il ordonna des prières, l’envoi de dons aux armées, il recommanda de réserver le meilleur accueil aux soldats qui entraient dans le Liban. Le patriarche cyriaque catholique d’Antioche a, dans une lettre pastorale du 15 novembre 1914, invité ses fidèles « à montrer au gouvernement turc l’obéissance et la soumission, ainsi qu’une fidélité inébranlable ». Tous les chrétiens de la Turquie eurent donc, au commencement de la guerre, une attitude tout à fait loyale [risible].

Lors de l’entrée des Russes dans l’Arménie turque , certains orthodoxes arméniens commirent, il est vrai, des actes de trahison [actes de trahison qui allaient jusqu’aux massacres indiscriminés de civils musulmans ], auxquels la Turquie répondit par les mesures les plus rigoureuses, par exemple la déportation de tout le peuple arménien. A la fin de juillet 1915, le pape Benoit XV donna aux légats apostoliques de Constantinople la mission de faire au Sultan des représentations afin d’empêcher que le malheureux peuple ne fut anéanti par les mesures des autorités turques. En novembre 1915, le Pape écrivit de sa main une lettre au Sultan conçue dans le même sens. Le ministre des Affaires Etrangères répondit que les Arméniens catholiques pouvaient retourner dans leurs foyers. Cette promesse ne fut pas tenue [il y a vraiment eu des "rapatriements" de déportés arméniens pendant la guerre, et on ne voit pas pourquoi ceux qui étaient catholiques en auraient été exclus d’office]. Bien au contraire, on apprit que les mauvais traitements augmentaient. Bien que les champions de l’idée de l’autonomie nationale fussent les Arméniens orthodoxes appuyés par la Russie et les Arméniens élevés dans les écoles américaines, même les Arméniens catholiques ne furent pas épargnés malgré leurs sentiments de loyalisme [même le journal catholique français La Croix a admis que le gouvernement central ottoman avait réellement ordonné d’exempter les Arméniens catholiques , cet ordre n’a pas toujours été respecté au niveau local, mais il n’y a pas eu de déportations systématiques des Arméniens catholiques (ou protestants)]. Cinq évêques furent assassinés ou disparurent, cinq furent déportés, trois seulement laissés dans leur diocèse. Le nombre des prêtres assassinés ou disparus était de 140 à la fin de 1945, celui des religieuses, de 40 [ces chiffres sortent de nulle part : le rapport de Mgr Terzian (patriarche arménien catholique) à Bernstorff (ambassadeur allemand), à la fin de 1917, ne signale pas de disparitions et de décès massifs parmi les effectifs du clergé]. A Angora, la plus grande ville catholique, qui fut encore plus éprouvée par le grand incendie de novembre 1916, tout exercice du culte était interdit [outre que l’encadrement religieux catholique (ecclésiastiques de souche arménienne ou non) n’a jamais disparu de l’Anatolie centrale pendant la guerre, Talat a autorisé (par ordre secret) les activités cultuelles des Arméniens catholiques à Ankara]. On empêcha un prêtre allemand envoyé dans cette ville de célébrer le service divin. Un Allemand [le docteur Paul Richard Neukirch] qui faisait partie de l’expédition de la Croix-Rouge rapportait ses observations dans les termes suivants dans le deuxième semestre de 1915 :

« Tandis qu’autrefois on voyait défiler les misérables hordes de femmes et d’enfants arméniens dépouillés de tout, accompagnées seulement de quelques hommes armés, maintenant les gens emmenaient avec eux des bêtes de somme et du bétail. A la fin, on vit passer les habitants d’Erzeroum en une énorme caravane de voitures traînées par des bœufs et lourdement chargées. Ces gens avaient bonne mine, voyageaient par courtes étapes et étaient protégés par de très nombreux gendarmes commandés par des officiers ».

L’auteur de ces lignes attribuait, il est vrai, ces mesures de sûreté à l’initiative du vali de l’endroit [Tahsin Bey , un proche de Talat et un cadre de l’Organisation Spéciale ], car d’autres autorités procédaient sans aucun ménagement. Non seulement d’Arménie, mais encore d’autres contrées de la Turquie, on apprit en Allemagne l’assassinat et l’expulsion des chrétiens. Ces informations déterminèrent le « Comité de mission des catholiques allemands », dans une lettre au Chancelier, à « élever sa voix pour qu’on mît fin aux mesures appliquées par le gouvernement turc aux Arméniens. Quels que soient les faits à la charge des Arméniens, l’humanité, dont le gouvernement turc ne peut se refuser à entendre la voix, exige que le pauvre peuple arménien ne soit pas exterminé. »

Le Comité de mission pria le gouvernement allemand d’agir sur la Turquie pour l’amélioration du sort des Arméniens et de faire savoir au gouvernement turc que « la population chrétienne de l’Allemagne, malgré la satisfaction que lui cause l’alliance avec la Turquie, s’inquiète et s’émeut en apprenant que ses coreligionnaires de Turquie sont opprimés ». Le Chancelier répondit en novembre « que le gouvernement considérerait toujours à l’avenir, comme dans le passé, comme un de ses plus hauts devoirs d’employer son influence à éviter aux peuples chrétiens les persécutions religieuses. »

L’ambassade d’Allemagne à Constantinople avait tout de suite accueilli avec empressement les plaintes des Arméniens. Elle avait, il est vrai, en même temps, agi sur le patriarche arménien pour que l’ordre régnât dans les régions dont il est question. Dès le mois de décembre 1914, l’ambassadeur d’Allemagne transmit à la Porte les plaintes arméniennes. Le Grand Vizir [Sait Halim Paşa ] attribua les faits qui motivaient ces plaintes à des provocations arméniennes , car les Arméniens — disait-il — prenaient ouvertement position contre la Turquie. A plusieurs reprises, notre Ambassadeur assura au Patriarche que l’Allemagne s’occuperait de la situation des catholiques arméniens. Lorsque le gouvernement turc exprima pour la première fois ses intentions au sujet des déportations d’Arméniens, en mai 1915, l’ambassade d’Allemagne s’est employée aussitôt à faire adoucir ces mesures. Des témoignages neutres prouvent que les consuls allemands ont tout fait pour atténuer ces lamentables misères." (p. 92-101)

"A mon retour de Constantinople, je pris énergiquement en main l’« organisation de charité en faveur des Arméniens ». Des particuliers me remirent des fonds assez considérables. L’Episcopat allemand organisa une collecte en faveur des Arméniens. Le patriarchat arménien entretenait toujours des relations amicales avec le représentant des catholiques allemands à Constantinople, qui pouvait, lui aussi, aider ces malheureuses populations. Nous fîmes autant de bien qu’il nous fut possible. J’ai reçu de nombreuses lettres de remerciement du patriarchat et de chefs arméniens notoires. A ce moment, j’ai beaucoup discuté la question avec des Allemands autorisés. Je me suis demandé avec eux si, en présence des événements d’Arménie, on ne devrait pas exercer sur les Turcs une pression qui irait jusqu’à la menace de révoquer l’alliance conclue avec eux. Après mûre réflexion, il fallut renoncer à cette idée, car une pareille mesure n’aurait pas aidé les Arméniens, elle leur aurait probablement nui. Lorsque, aux premiers mois de l’année 1918, le traité de paix avec la Russie attribua à la Turquie de nouveaux territoires arméniens, je suis énergiquement intervenu pour éviter le retour des massacres , j’ai insisté pour qu’on envoyât assez de troupes allemandes pour contrôler l’avance des soldats turcs [en l’occurrence, les soldats ottomans avançaient dans des territoires dévastés et ensanglantés par les forces arméniennes ]. En cette circonstance aussi, le résultat général a été favorable. Connaissant exactement les événements, je puis dire que l’Empire allemand ne peut pas être rendu responsable des très regrettables faits qui se sont produits en Arménie et que les autorités allemandes, comme les catholiques allemands, ont tout fait pour empêcher les atrocités. (...)

Les Lieux Saints de Jérusalem ont été depuis longtemps l’objet d’ardentes compétitions. Les catholiques latins, les Grecs et les Arméniens se disputent l’Eglise du Tombeau et le sanctuaire de Bethléem  ; les catholiques et les Arméniens, l’Eglise de Marie dans la vallée du Cedron : tandis que le Cenaculum (Salle de la Cène sur le Sion) et l’Eglise de l’Ascension (sur le Mont des Oliviers) sont en possession des Musulmans. Au moment où la Turquie entra en guerre aux côtés de l’Allemagne, mon devoir de catholique était de profiter de cette situation politique favorable pour mettre les catholiques en possession des sanctuaires qui restaient entre les mains des Mahométans. Pour mettre fin aux continuelles querelles, il s’agissait d’attribuer chaque sanctuaire à un propriétaire seulement. Enfin, je songeais à l’utilité de transformer de la façon suivante le patriarchat latin qui était toujours aux mains de l’Italie : chacune des nations fournirait tour à tour le patriarche. Les mêmes efforts furent faits bientôt au sujet de la Custodie. Toutes ces tendances étaient justifiées par la situation intolérable qui régnait alors aux Lieux Saints. Les ruines s’y accumulent parce que rien ne peut être fait sans l’assentiment de tous les intéressés. Les incidents sanglants qui se sont produits aux Lieux Saints sont un scandale pour le christianisme tout entier. J’ajoute que le moment était venu où l’on pouvait faire échec aux visées russes, soutenues par le clergé grec orthodoxe, et relatives au patriarchat sur les Eglises orientales. La « Congrégation du Saint-Sépulcre », qui possédait les Lieux Saints les plus importants, était composée seulement, aux termes de ses statuts, de nationaux grecs. La population orthodoxe, de langue arabe, établie dans le pays, en était éliminée. Tout le haut clergé et le patriarche grec appartenaient à cette confrérie. Une tentative faite par les éléments indigènes en 1908 pour briser par une révolte sanglante la tyrannie de cette caste hellénique n’eut point ce succès. L’influence russe devint encore plus forte, même quand les éléments de langue arménienne et arabe réussirent à occuper le siège patriarcal d’Antioche. Comme catholique allemand, j’avais un intérêt particulier à voir régler d’une façon satisfaisante la question de la propriété du Cenaculum ; car, le 30 octobre 1898, l’Empereur avait accordé, dans l’intérêt des catholiques allemands, la libre jouissance du terrain voisin, la Dormitio, à l’« Association de la Terre Sainte ». Le sanctuaire allemand qui fut alors bâti sur le terrain impérial n’est séparé que par un intervalle de trois mètres du bâtiment où se trouve la Salle de la Cène. Cette construction monumentale, bâtie dans sa forme actuelle au XIVe siècle, est considérée comme l’emplacement du dernier repas pris par le Sauveur et est liée à la Fête de la Pentecôte et à une série d’autres grands souvenirs bibliques : c’est donc un des plus grands sanctuaires de la Chrétienté. Jusqu’en l’année 1520, ce sanctuaire appartint aux catholiques. Maintenant, c’est une mosquée sans ornements, presque inutilisée, une sorte d’annexe à la mosquée située en dessous et qui est très fréquentée. Les Musulmans y vénèrent à tort le prétendu tombeau de David (d’où le nom Nebidaud, fréquent chez les Arabes). Le rez-de-chaussée, avec le prétendu tombeau de David, est aujourd’hui interdit aux chrétiens. De la cour, on atteint le Cenaculum par un escalier de vingt marches. A l’est du Cenaculum sont deux petites salles plus hautes, la Chapelle du Saint-Esprit. Depuis longtemps, les catholiques songeaient à acquérir le Cenaculum. Une dame de l’aristocratie française avait, en 1861, mis à cet effet, à la disposition du cardinal uniate arménien Hassun, qui séjournait alors à Rome, la somme de deux millions de francs. Le grand vizir ne se montra point hostile à la proposition, mais il demanda l’avis du gouverneur de Jérusalem. Le gouverneur, Reuf Pacha, s’éleva contre le projet et fit tout pour en empêcher la réalisation. L’acquisition de la Dormitio éveilla naturellement le désir de posséder la Salle de la Gène. Au début du siècle, les catholiques allemands prirent une initiative en ce sens, mais le gouvernement allemand n’y donna pas suite, afin « de ne pas exciter les Musulmans ». En 1913, la Gustodie de la Terre Sainte entreprit des démarches pour l’acquisition du Cenaculum, près de membres éminents de la Cour d’Autriche. Les catholiques allemands ont, par voisinage, l’intérêt le plus immédiat au règlement de cette question (voir l’esquisse). Dès le début, j’estimai tout naturel que si le Cenaculum passait, directement ou indirectement, entre les mains des catholiques allemands, il serait mis à la disposition des catholiques du monde entier." (p. 106-109)

"Même après sa retraite, le comte Wolff Metternich n’a cessé de s’employer, oralement et par écrit, pour cette grande cause, et insisté pour que la question fût réglée avant la signature des traités germano-turcs. On profita du séjour à Berlin du ministre de Turquie Halil pour lui faire comprendre que les traités avec la Turquie courraient de grands dangers si nous ne constations pas de bonne volonté dans la question du Cenaculum. Le ministre turc promit d’arranger la chose aussitôt après son retour à Constantinople. Il ajouta que ce serait facile si l’Allemagne se montrait accommodante dans les questions ecclésiastiques et scolaires. Le secrétaire d’Etat von Jagow évita qu’on confondît ces deux sortes d’affaires. L’ambassadeur comte Wolff Metternich me dit en octobre 1916 « que l’acquisition du Cenaculum avait de grandes chances d’aboutir. Ce serait déjà chose faite s’il était resté quelques semaines encore à Constantinople. Il avait eu à ce sujet plusieurs entretiens avec Talaat Pacha qui lui avait déclaré qu’il pourrait avoir la moitié de Jérusalem s’il provoquait l’abolition des Capitulations. Ni le ministre du Wakuf, ni le Scheick ul Islam n’avaient fait d’opposition. Le gouverneur de Jérusalem s’était montré très favorable. Il avait déclaré que, dans les milieux ottomans, on ne soulèverait certaines objections que si une église était aussitôt édifiée sur le terrain ». Je pus assurer à l’ambassadeur que les Allemands ne songeaient aucunement à bâtir en cet endroit une église, puisqu’il touchait la Dormitio, où se trouvait déjà une somptueuse église. De pareilles déclarations furent faites au gouvernement turc à Constantinople. Je traitai souvent cette question avec le successeur du comte Metternich, M. de Kühlmann. Je lui faisais remarquer que l’acquisition de la salle de la Cène était hautement désirable pour faire accepter au Parlement les traités germano-turcs qui soulevaient, en présence de certains événements qui s’étaient produits en Turquie, d’assez fortes résistances. M. de Kühlmann considéra bientôt que le succès était très douteux. En effet, Talaat Pacha fit au commencement de 1917 une série de nouvelles observations. Il ne voulait permettre aux catholiques allemands que des exercices religieux réguliers. Il finit par proposer que les catholiques allemands s’intéressassent à un autre sanctuaire pour ménager les susceptibilités religieuses des Mahométans. Je fis une contre-proposition : ce ne seraient pas les catholiques allemands qui achèteraient le Cenaculum ; on mettrait les fonds à la disposition du Sultan pour qu’il se présentât comme acheteur. En présence des menaces militaires qui pesaient toujours sur Jérusalem, on pourrait éloigner de Sion le sarcophage que les Turcs prenaient pour le tombeau de David, puisque cette partie élevée de la ville était exposée au bombardement. Le Sultan pourrait acheter avec les fonds une nouvelle mosquée et y placer le sarcophage : le tout se présenterait comme une mesure militaire. Les scrupules religieux ne pourraient plus être invoqués. Malheureusement les négociations traînaient en longueur. Elles furent arrêtées quand Jérusalem se trouva menacée. Enfin, la prise de Jérusalem par les Anglais fit tout échouer. Sur mon initiative, on s’accorda avec la Turquie pour que l’évacuation de Jérusalem se passât de telle sorte « que les balles et les obus ne sifflassent point sur la ville. »

En présence des événements qui ont transformé la Palestine, la Chrétienté tout entière doit exiger que les Lieux Saints deviennent sa propriété, sous une forme qui exclue à l’avenir tout différend. Pendant la guerre, j’ai été prié de différents côtés d’insister pour mettre fin au désordre intolérable qui régnait dans l’Eglise du Saint-Sépulcre. C’est le Sultan de Turquie qui est propriétaire. Outre les catholiques latins, les Grecs, les Arméniens et les Coptes ont droit d’utiliser l’Eglise. On proposa que le Sultan cédât l’Eglise du Saint-Sépulcre à l’empereur d’Allemagne et à l’empereur d’Autriche qui, de leur côté, la donneraient au Saint-Père." (p. 112-114)

"Comme d’habitude, le maréchal Foch fit énumérer une série de plaintes relatives à la non-exécution des conditions d’armistice. Il fut, il est vrai, obligé de reconnaître qu’en ce qui concernait la livraison du matériel, de « remarquables progrès avaient été accomplis ». Mais il exigea la sanction suivante : au lieu de réparer ses négligences par une livraison supplémentaire de 500 locomotives et de 1.200 wagons avant mai 1920, l’Allemagne livrerait une grande quantité de nouvelles machines agricoles de différents genres (58.000). Il exigeait en outre la subordination des prisonniers de guerre russes qui se trouvaient en Allemagne à une Commission interalliée ; l’occupation d’une nouvelle tête de pont formée à Kehl ; la livraison de tous les sous-marins, avec interruption complète de la construction des sous-marins ; la restitution immédiate du matériel enlevé dans le nord de la France et en Belgique ; la fixation immédiate des conditions dans lesquelles la marine de commerce allemande devait être mise à la disposition des gouvernements alliés et associés en vue de contribuer au ravitaillement de l’Allemagne et de l’Europe. Foch ne donnait que 24 heures de délai pour accepter ou repousser ces conditions. Je déclarai ces délais insuffisants. Répondant aux reproches français, j’affirmai que le peuple allemand voulait la paix, et au plus tôt ; que la démobilisation de l’armée allemande était presque terminée ; que la remise à l’Entente du matériel de guerre allemand était accomplie. On avait — disais-je — fait tout ce qu’il était humainement possible de faire en ce qui concernait la livraison du matériel de chemin de fer ; tous les prisonniers de guerre des Alliés avaient été rapatriés. Jusqu’au 8 février, l’Allemagne avait rendu plus de 24.000 officiers et presque 1.200.000 hommes. L’empressement que nous avions mis à restituer les valeurs ennemies était de nature à imposer le respect aux adversaires les plus exigeants. J’avais installé un bureau central spécialement chargé de hâter l’exécution de l’armistice. Les conditions imposées à la marine étaient remplies presque entièrement ; ce qui n’avait pas été réalisé était précisément ce que j’avais qualifié d’irréalisable. Les ateliers allemands de chemins de fer n’avaient travaillé depuis des semaines que pour les Alliés. L’Allemagne avait rempli loyalement ses engagements. Mais chaque jour apportait de nouvelles plaintes au sujet de l’attitude des Alliés qui contredisaient les accords que nous avions passés. Il s’agit surtout — disais-je — des mesures prises pour séparer les territoires occupés du reste de l’Allemagne, de l’arrestation illégale de propriétaires et de directeurs d’entreprises industrielles qui se trouvaient légitimement en possession de machines enlevées en France et en Belgique. L’expulsion brutale des Allemands d’Alsace-Lorraine contredisait le traité d’armistice. Les mesures du commissaire français des Finances constituaient des procédés tels que seuls jusqu’ici les Bolchewiks en avaient employé en Russie, car ils touchaient à la propriété allemande privée... Je ne m’inclinerais pas devant les exigences édictées par le commissaire. Je montrais en outre que, malgré toutes les promesses, l’importation de vivres n’avait pas lieu. La faim et le désespoir enlevaient au peuple allemand son reste de force.

Nous insistions donc sur deux points : rapatriement immédiat des prisonniers de guerre et conclusion immédiate de la paix, car personne n’avait le droit de retarder la paix. « A la violence du vainqueur, j’oppose les droits éternels du peuple allemand, qui doit pouvoir vivre et se développer. Ce droit est sacré et intangible. L’Histoire ne considérera pas comme grand celui qui empêche la paix, mais celui qui apporte la paix générale et durable, avec la réconciliation des peuples ». Le maréchal Foch ne voulut pas envisager une série de ces réclamations. Mais dans la suite de l’entretien, il reconnut que le détail de ces plaintes ne lui avait pas été transmis. Une vive discussion s’ensuivit. Il s’agissait de savoir quelle extension il fallait donner à la promesse de ne pas punir ceux qui avaient pris part à des mesures du guerre. Le maréchal comprenait par là la cessation des poursuites contre l’espionnage, mais non pas contre l’achat de matériel qui avait été saisi dans les territoires autrefois occupés par l’Allemagne. Je n’étais pas de cet avis. La question fut renvoyée à la sous-commission, où, après bien des efforts, elle fut résolue d’une façon satisfaisante pour les deux parties. Les personnes arrêtées seraient (sauf une exception) mises en liberté et de nouvelles arrestations n’auraient pas lieu. De vifs débats s’engagèrent à propos de l’expulsion brutale des Allemands d’Alsace-Lorraine. Le maréchal Foch déclara que le gouvernement français ne pouvait pas entrer dans cet ordre d’idées, parce qu’il s’agissait de questions purement militaires. Il refusait de faire droit à tous les desiderata énoncés à cet égard. Quand il pensait à ce que les Allemands avaient commis à Lille et dans le nord de la France envers les populations , il se voyait dans l’obligation de nous prier de ne pas insister davantage. Je répondis qu’il fallait faire les distinctions voulues. Des mesures prises pendant la guerre ne pouvaient pas être comparées à celles qu’on prendrait pendant l’armistice. Le maréchal Foch fît remarquer que la France ne vivait pas en paix avec l’Allemagne. « Or, on est en guerre ou en paix, pour moi, il n’y a pas de milieu ». — « Le milieu est précisément l’armistice qui nous donne aussi, à nous, Allemands, des droits », répliquai-je. Foch déclara catégoriquement que non seulement il ne voulait pas continuer avec moi ces discussions, mais qu’il ne changerait rien aux prescriptions concernant l’Alsace-Lorraine. J’accueillis ce refus avec l’expression de mon profond regret en faisant observer que des innocents en souffriraient, et que la France n’en aurait aucun avantage. Je dis encore que le gouvernement français, par les mesures préconisées par son commissaire aux Finances, soutenait le bolchévisme. Le maréchal Foch repoussa cet argument en déclarant qu’il ne voulait pas soulever de questions de droit. Je dis que là-dessus j’étais d’accord avec lui. Toute la note rédigée par le Commissaire fut laissée de côté. Comme on tardait toujours à rendre les prisonniers allemands qui se trouvaient en Turquie et dans le sud de la Russie, j’observai que c’était un crime plus grand que celui que les Turcs avaient commis contre les Arméniens, car les pauvres Allemands étaient voués à une mort certaine. Le général Weygand me dit qu’il espérait pouvoir me donner là-dessus une réponse satisfaisante dans quelques jours. Il ajouta qu’il était difficile que les Alliés fussent toujours d’accord. Une des puissances alliées n’avait pas encore donné sa réponse. L’après-midi et durant la soirée eurent lieu des séances de la Commission financière, qui firent favorablement augurer du ravitaillement de l’Allemagne en vivres." (p. 401-404)

Figure de l’aile gauche du parti catholique Zentrum , Matthias Erzberger fut député au Reichstag sous Guillaume II , puis ministre des Finances sous Weimar (1919-1920).

En raison de son hostilité foncière à l’égard des Jeunes-Turcs et de ses préjugés religieux, il a pris parti pour Wolff-Metternich (ambassadeur allemand) et Pallavicini (ambassadeur austro-hongrois) contre leurs détracteurs allemands (mieux renseignés et plus expérimentés quant aux réalités ottomanes).

Son témoignage est d’une faible valeur puisque trop entaché d’omissions et, plus grave, d’inexactitudes (du reste, assez facilement repérables et réfutables, même en ne s’appuyant que sur les archives diplomatiques allemandes). Il jette néanmoins une certaine lumière sur les relations germano-ottomanes, et en particulier les enjeux autour des questions religieuses.

On notera qu’il évoque l’impact bénéfique de l’aide humanitaire allemande en faveur des Arméniens (distribuée avec l’accord des autorités ottomanes). Et apparemment il ne croyait pas à une extermination de la population arménienne lors de la poussée triomphale de l’armée ottomane à l’Est (printemps 1918).

Assassiné par des terroristes ultra-nationalistes (1921), il a connu ainsi une fin comparable à celles de Talat Paşa et Walther Rathenau.

Sur les Arméniens catholiques : L’anti-catholicisme virulent au sein du millet arménien (grégorien)

De l’espionnage hamidien au nationalisme grand-arménien : l’itinéraire de Krikor Sinapian

Aram Efendi, une figure laïque de la communauté arménienne catholique

La lutte d’Ohannès Bey Alexanian au sein de la communauté arménienne catholique

"Génocide arménien" : les télégrammes secrets (authentiques) de Talat Paşa (Talat Pacha)

"Génocide arménien" : les élites arméniennes d’Istanbul (après la descente de police du 24 avril) et les Arméniens d’Anatolie exemptés de déportation

Les Arméniens d’Ankara pendant la Première Guerre mondiale et après l’armistice de Moudros

Les Arméniens de Konya pendant la Première Guerre mondiale et après l’armistice de Moudros

Un choix du nationalisme kémaliste : conserver les populations arméniennes encore présentes sur le territoire turc

Sur la politique du Saint-Siège : Le pape Benoît XV et l’Empire ottoman

Le pape Benoît XV devant la question arménienne (dans les Empires ottoman et russe)

L’Empire ottoman tardif et ses catholiques (y compris les Arméniens catholiques)

Cevdet Bey (beau-frère d’Enver) à Van : un gouverneur jeune-turc dans la tempête insurrectionnelle

Les catholiques (y compris les Arméniens catholiques) et la guerre d’indépendance turque

Sur les officiers allemands de confession catholique : L’amitié entre Hans Humann et Enver Paşa (Enver Pacha)

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Le capitaine Hans Humann et les Arméniens

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Sur les sources allemandes en général : Les Arméniens et la pénétration allemande en Orient (époque wilhelmienne)

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Première Guerre mondiale : les efforts pour ravitailler et aider les déportés arméniens

Ernst Jäckh et les Arméniens

Le point de vue du publiciste allemand Ernst Jäckh sur les massacres d’Arméniens

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Le comte Johann Heinrich von Bernstorff et les Arméniens

Mémoires de guerre : les contradictions entre le général Ludendorff et le maréchal Hindenburg


Voir en ligne : http://armenologie.blogspot.com/202...


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