lundi 30 janvier 2023

Un débat qui commence

Le rôle de la Bulgarie dans l’adhésion de la Turquie à l’UE

Par Tristan Lefilleul

Publié le | par Hakan | Nombre de visite 530
Le rôle de la Bulgarie dans l'adhésion de la Turquie à l'UE

Vendredi 26 février, l’association Café Babel Sofia organisait en partenariat avec le Courrier de la Bulgarie, le quotidien Dnevnik et l’Union Paneuropéenne Bulgarie un débat sur le rôle de la Bulgarie dans le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE. Si sur le site Internet de Dnevnik, ce débat avait suscité la polémique, la rencontre a été calme. Les Bulgares semblent favorables à l’entrée de leur voisin dans l’Union, tout en réclamant de mieux le connaître. Un débat salutaire alors qu’on a fêté à l’automne 2009, les 20 ans du « processus de régénération nationale ».

Si la Turquie entre dans l’Union européenne (UE), un des pays les plus concernés sera sans doute la Bulgarie. Bien que cette nouvelle adhésion ne soit pas prévue pour bientôt, il est temps d’y réfléchir, et surtout en Bulgarie. C’est justement cet objectif que s’est fixé Café Babel Sofia depuis son lancement, « débattre sur la question européenne sur son blog ou sur le terrain » nous explique le Secrétaire général de l’organisation, Alexandre Nedeltchev, lors du débat organisé à Sofia vendredi 26 février.

Les intervenants ont insisté dès le début sur l’importance de la question en Bulgarie, en précisant qu’il ne fallait pas mal l’interpréter. Il ne s’agit pas de savoir si l’on est pour ou contre l’adhésion, il ne s’agit pas non plus d’un débat sur l’histoire commune des deux pays. Il s’agit d’un débat sur les relations économiques, de bon voisinage entre la Turquie et la Bulgarie et du rôle de ce dernier dans le processus d’accession à l’UE.

La salle du Centre d’information de l’Union européenne est pleine, certains décident même de rester debout. Les intervenants sont présentés par Hristo Anastassov (Courrier de la Bulgarie), le modérateur du débat. Sont présents : Guergana Passi, présidente de l’Union Paneuropéenne de Bulgarie et ancien Ministre des affaires européennes, son Excellence, Mehmet T. Gücük, Ambassadeur de Turquie en Bulgarie, le sociologue Antoni Galabov et Andreï Kovatchev, membre du Parlement européen. Tout est prêt, le débat peut enfin commencer.

Une opinion publique optimiste mais peu informée

Antoni Galabov est chargé de répondre à une question importante, celle de la position de l’opinion publique bulgare par rapport à l’adhésion de son voisin oriental à l’UE. Selon les résultats d’Eurobaromètre « elle reste euro-optimiste mais d’un optimisme non informé ». Certains perçoivent l’entrée de la Turquie dans l’Union « comme un risque au niveau de la sécurité nationale », d’autres comme « une évolution générale et un développement économique » ajoute Galabov en précisant que les remarques de ces derniers étaient souvent très positives. Un des phénomènes intéressant et prometteur, nous explique le sociologue, est celui de la diffusion des séries télévisées turques en Bulgarie. Elles permettent aux téléspectateurs du pays de voir qu’ils partagent les mêmes valeurs, qu’elles soient familiales ou autres.

De son côté Guergana Passi, s’inquiète plutôt de l’opinion publique turque en citant une remarque qu’un jeune lui a adressée lors d’un voyage en Turquie : « Pourquoi devrions-nous nous battre pour que la Turquie rentre dans l’Union européenne ? Ils ne veulent pas de nous ». Alors que l’opinion publique bulgare sur la question, bien qu’encore très vague, est plutôt positive, en Turquie l’euroscepticisme grimpe à cause « d’un manque de motivation et d’une UE qui n’est pas toujours honnête avec la Turquie » nous explique Mme Passi.

Effectivement, S.E. Gücük le confirme, l’opinion publique turque soutient de moins en moins l’intégration parce que Tes turcs seraient, comme leurs voisins, mal informés. « À la fin du processus d’intégration, le peuple turc devra aussi décider si son pays doit intégrer l’UE » ajoute l’Ambassadeur.

Andreï Kovatchev explique qu’il n’y a pas que les Turcs et les Bulgares qui sont mal informés en Europe. « Nous devrions investir beaucoup plus dans l’information pour les citoyens européens » pour qu’ils sachent ce que représente le Traité de Lisbonne par exemple. M. Kovatchev rassure : « Il ne faut pas voir la Turquie d’aujourd’hui dans l’Union européenne, mais la Turquie à la fin du processus d’intégration ». Une Turquie qui est déjà très forte sur le plan économique, et qui « peut pourvoir l’UE en général », affirme l’Ambassadeur.

Après avoir rappelé les nombreux échanges commerciaux qui existent entre la Turquie et la Bulgarie, S.E. Mehmet T. Gücük a parlé de la relation spéciale qu’entretient son pays avec l’Europe depuis des décennies. « Elle a pris part à l’écriture des valeurs de l’Europe en tant que membre du Conseil de l’Europe (CoE) et défend l’Europe des Droits de l’Homme… », explique l’Ambassadeur. Bien que la Turquie soit la 17e puissance économique mondiale en terme de PIB, elle a besoin encore de temps et de réformes pour progresser dans la défense des Droits de l’Homme et de la liberté d’expression. Un chemin vers l’UE sur lequel doit se trouver la Bulgarie, comme nous l’expliquent les intervenants.

Une Bulgarie qui soutient la Turquie

Selon Andreï Kovatchev, la Bulgarie doit montrer la route à la Turquie, « nous devons lui montrer nos erreurs, nos réussites, quand la Bulgarie se trouvait dans son processus d’adhésion à l’UE ».

Antoni Galabov précise que le pays membre doit être un médiateur pour la Turquie en développant une dimension de consultation et de persistance. « La Bulgarie doit jouer le rôle de Dragoman » ajoute Galabov.

S.E. Mehmet T. Gücük ajoute que le soutien de la Bulgarie est considéré par Ankara comme une perspective d’adhésion à l’UE. « Nous espérons qu’elle continue à la soutenir à l’avenir » affirme-t-il.

À la fin des discours des intervenants, les questions du public ne se sont pas concentrées sur le rôle de la Bulgarie, mais se sont plutôt tournées sur la Turquie. Sur les raisons pour lesquelles l’histoire à été évitée, sur la partie orientale du pays et la question du respect des Droits de l’Homme, etc. Il y eut même une question provocante à l’égard de l’Ambassadeur, qui demandait comment il espérait intégrer 70 millions de turcs alors que les 5 millions déjà présents en Europe n’arrivaient pas à s’intégrer.

Toutes les réponses à ces questions générales ont été apportées avec la plus grande diplomatie par S.E. Gücük et avec une forte volonté de rassurer. On est en droit de se demander après avoir écouté les remarques du public si on s’est posé la bonne question… Avant de pouvoir soutenir Ankara dans son processus d’adhésion, le public semblait surtout avoir besoin d’être rassuré sur une Turquie qu’il connaît mal.


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