La Turquie ambitionne de devenir un hub pour le GNL en Méditerranée.
La Turquie consolide son rôle dans le marché du gaz naturel liquéfié
La Turquie accélère son positionnement comme plateforme régionale de gaz naturel liquéfié, indique S&P Global dans une étude parue le 6 mai. Une ambition portée par la hausse de ses importations et la multiplication des contrats d’approvisionnement.
La Turquie renforce sa présence sur le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) à un moment où les flux énergétiques européens restent sous tension. Selon l’étude de S&P Global, le pays a importé 6,9 Mt de GNL depuis le début de l’année. Un chiffre en progression de 5,02%. Pour mémoire, sur le premier trimestre de l’année, la Turquie a importé 6,57 Mt.
Une hausse de 35% des importations
Cette progression s’inscrit dans une tendance plus large. En effet, en 2025 le pays a traité 12,38 Mt et 9,17 Mt en 2024 sur l’année, soit une augmentation de 35%. Cette dynamique reflète d’abord la structure du marché turc. Le pays dépend des importations pour couvrir une demande intérieure estimée entre 50 et 60 milliards de mètres cubes (Mdm3) par an. Sa production locale représente environ 4% des besoins nationaux.
Une base d’approvisionnement stable et diversifiée
Ankara a, par ailleurs, renforcé sa stratégie contractuelle. S&P Global mentionne une dizaine d’accords signés fin 2025 avec plusieurs grands groupes internationaux, parmi lesquels BP, Cheniere, Shell, SEFE, JERA, Eni, Equinor, Hartree, Woodside et Mercuria. Botas, société d’État turque, a déjà sécurisé environ 5 Mt par an dans le cadre d’accords conclus avec Exxon et Shell en 2024. Ces engagements offrent à la Turquie une base d’approvisionnement plus diversifiée et plus stable.
Entre zones de production et zone de consommation
Au-delà de l’approvisionnement intérieur, le pays entend jouer un rôle de transit vers les marchés voisins. Sa position géographique, entre la mer Noire, l’Asie Mineure et l’Europe du Sud-Est, lui permet de relier des zones de production aux principaux centres de consommation européens. Ainsi, continue S&P Global, la Turquie assure des flux vers la Bulgarie, la Grèce, la Moldavie et la Slovaquie. De plus, la présence des gazoducs TurkStream et Tanap revêtent une importance pour acheminer le gaz russe et azerbaïdjanais vers l’Europe.
De Marmara à la Bulgarie
À titre d’exemple, Depa, société turque, a remporté un appel d’offres de Bulgargaz pour la fourniture d’un TWh de GNL à regazéifier. Les opérations se dérouleront au port turc de Marmara. Un flux qui démarre à l’été. Pour les acteurs du secteur, ce type d’opération confirme la capacité de la Turquie à devenir un hub. En effet, le pays offre des capacités de transit offrent à la Turquie de se positionner comme un hub énergétique entre les producteurs et les consommateurs d’Europe de l’Est et du Sud.
L’avenir reste incertain malgré les capacités de GNL du pays
Les perspectives restent néanmoins tributaires de plusieurs facteurs. Le renouvellement de certains contrats de pipeline, notamment avec l’Iran. D’autre part, l’évolution des flux via TurkStream, constituent des variables importantes pour la suite. En effet, selon un négociant interrogé par S&P Global, ce gazoduc demeure une grande inconnue. Les contrats arrivent à échéance cette année. Les négociants sont attentifs à la situation si les volumes sont maintenus. Depuis le début de l’année, TurkStream reçoit moins de GNL depuis l’Iran et plus depuis la Russie. Cependant, les opérateurs s’accordent à reconnaître à la Turquie un poids en raison de ses infrastructures et de sa diplomatie.
La Turquie : plateforme de référence en Méditerranée
À moyen terme, la Turquie apparaît donc comme un acteur de plus en plus structurant dans les échanges de GNL. Sa capacité à agréger des volumes d’origines diverses, à les regazéifier puis à les réexpédier vers l’Europe pourrait lui permettre de s’imposer comme une plateforme énergétique de référence en Méditerranée orientale. Cependant, le pays devra intégrer un paramètre important : le 1er janvier 2027, l’Union européenne interdit les exportations de GNL russe. Alors, la Turquie pourrait être utilisée comme un site de « blanchiment » du gaz russe pour les pays de l’UE, avancent certains observateurs