La Grèce, éternel cheval de Troie de Moscou en Europe ? Athènes bloque une nouvelle fois les sanctions contre le gaz russe
Pendant que l’Union européenne demande à ses citoyens, à ses entreprises et à ses États membres d’accepter des sacrifices économiques au nom du soutien à l’Ukraine, la Grèce choisit une nouvelle fois de défendre… ses intérêts commerciaux.
Selon plusieurs sources diplomatiques européennes, Athènes bloque actuellement une partie du nouveau paquet de sanctions contre la Russie afin de préserver les activités extrêmement lucratives de ses armateurs dans le transport du gaz naturel liquéfié (GNL) russe.
Une attitude qui choque jusque dans les couloirs de Bruxelles, où un diplomate n’a pas hésité à qualifier la position grecque de « sans vergogne ».
Quand les intérêts privés passent avant la solidarité européenne
La Grèce ne cherche pas à importer davantage de gaz russe pour sa consommation nationale. Son objectif est tout autre : permettre à ses compagnies maritimes de continuer à transporter le GNL russe vers les marchés internationaux.
En clair, Athènes demande que les navires grecs puissent continuer à gagner des millions grâce aux exportations énergétiques russes… tout en laissant les autres États européens assumer le coût politique, économique et énergétique des sanctions.
Le principal bénéficiaire serait le milliardaire grec George Prokopiou, propriétaire notamment de Dynagas, dont plusieurs méthaniers assurent depuis des années le transport du GNL produit sur le gigantesque site russe de Yamal.
Une nouvelle démonstration du double discours grec
Cette affaire n’est malheureusement pas un cas isolé.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Grèce s’est régulièrement opposée aux mesures susceptibles de toucher directement son industrie maritime, pourtant l’une des principales bénéficiaires du commerce mondial avec la Russie.
Déjà, Athènes avait tenté de limiter les restrictions visant les pétroliers russes. Aujourd’hui, elle revient à la charge pour protéger les revenus générés par le transport du GNL.
Le message envoyé est limpide :
Les sanctions, oui… mais uniquement lorsqu’elles concernent les autres.
Une solidarité européenne à géométrie variable
Les citoyens européens ont accepté une hausse spectaculaire des prix de l’énergie.
Les entreprises ont perdu des marchés.
Les industries ont dû revoir leurs chaînes d’approvisionnement.
Pendant ce temps, certains armateurs grecs continueraient à profiter du commerce énergétique russe en demandant à Bruxelles des dérogations sur mesure.
Cette attitude alimente un sentiment d’injustice au sein de plusieurs capitales européennes.
Pourquoi certains États devraient-ils supporter seuls les conséquences économiques des sanctions tandis que d’autres négocient des exceptions destinées à préserver les intérêts de quelques milliardaires ?
Une crédibilité européenne encore affaiblie
Cette nouvelle obstruction intervient alors même que l’Union européenne peine déjà à parler d’une seule voix sur de nombreux dossiers stratégiques.
Chaque blocage renforce l’image d’une Europe divisée, où les intérêts nationaux l’emportent systématiquement sur les engagements communs.
Ironiquement, Athènes réclame régulièrement davantage de solidarité européenne lorsqu’il est question de sécurité en Méditerranée orientale, de migrations ou des tensions avec la Turquie.
Mais lorsqu’il s’agit de consentir elle-même à un effort économique, cette solidarité semble soudain devenir beaucoup plus relative.
Une constante qui interroge
Cette affaire s’ajoute à une longue série de controverses ayant entaché l’image de la Grèce ces dernières années : le scandale des « passeports dorés », les critiques récurrentes sur certains réseaux maritimes liés au commerce russe, ou encore les nombreuses demandes d’exemptions lors des négociations européennes.
À chaque crise, le même réflexe semble prévaloir : préserver coûte que coûte les intérêts économiques grecs, même au prix d’un affaiblissement de la position commune de l’Union européenne.
La question mérite donc d’être posée : jusqu’à quand Bruxelles acceptera-t-elle qu’un État membre utilise son droit de veto pour défendre les intérêts de quelques armateurs, au risque de fragiliser l’ensemble de la politique européenne de sanctions