lundi 30 janvier 2023

La croissance européenne / La contribution éventuelle de la Turquie ?

Publié le | par TN-pige | Nombre de visite 655
La croissance européenne / La contribution éventuelle de la Turquie ?

La croissance européenne

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la croissance européenne a été dopée par les événements historiques. J’en veux pour preuve la reconstruction après la guerre de 1939-1945. Suite à ces événements, l’Europe s’est construit dans une volonté de réconciliation entre le peuple Allemand et Français. De facto, on a également insisté sur la nécessité d’établir une puissance économique plurielle afin de rivaliser contre le Nouveau Monde. L’histoire européenne a forcé le vieux continent à être force propositions, d’innovation et de reconstruction, tous ces éléments étaient vitaux pour l’émergence de cette nouvelle puissance. Aujourd’hui, le dessein d’une reprise économique a été gommé si vite, qu’on se demande si la croissance pourra à nouveau retrouver des couleurs.
Il convient alors de s’interroger sur les raisons de cette faiblesse.

Quelles sont les raisons de ce manque cruel de croissance en Europe, et à fortiori dans l’union Européenne ?

Un retard sans équivoque

Si le fil d’Ariane de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) a été d’éviter un nouveau conflit franco-allemand, son cheminement s’est fait dans une perspective de puissance supranationale et économique. Ainsi, grâce à une croissance de 5% par an entre 1945 et 1973, le pouvoir d’achat a été multiplié par 7.Mais à partir des années 70, le modèle fordiste (modèle prédominant à cette époque) commençait à s’essouffler. Malgré ce souffle cours, aujourd’hui, on cherche à retrouver cet âge fortement propice à la croissance. Pragmatisme quand tu nous tiens : ce doux rêve est totalement irréalisable. À ce titre, il convient de rappeler que les principaux éléments contributeurs à la croissance durant les 30 glorieuses étaient la démographie, et le progrès technique. La démographie, car on avait un fort besoin de main-d’œuvre, mais également parce qu’on commençait à inaugurer une compétition entre les matières grises à l’échelle internationale. Quant au progrès technique, une incroyable panoplie d’idées et de nouveaux produits avaient fait leurs apparitions. Cette période était si opportune à la croissance, qu’on avait même émis l’idée que nos innovations allaient être sans fin. Or penser infini lorsque notre existence est finie était déjà caduque. L’innovation durant les trente glorieuses permettait de grands pas en termes de productivité, car les investissements ont esquissé une transition entre des produits banals et des nouveautés hautement sophistiquées. À l’inverse, aujourd’hui, réaliser une innovation c’est donner naissance à une technologie nouvelle et à fort capital, mais le gain de productivité n’est pas aussi élevé qu’auparavant. Dans nos sociétés contemporaines on fait toujours référence à cette nostalgie, et cette période reste une référence au 20e siècle.

Jadis, la crise de 2008 tient ses racines dans le Nouveau Monde, mais cela n’a pas empêché les États-Unis de retrouver une croissance économique de plus de 2%. En revanche, le cas européen est très préoccupant, car il est difficile d’imaginer comment aujourd’hui l’Europe pourrait marcher sans béquilles. En effet, même avec une propagation tardive de la crise, elle n’a pas été capable de rebondir comme les USA. Qu’a-t-on fait ? Pas grand-chose, si ce n’est garder un silence inexorable digne d’une incapacité sans nom à comprendre son environnement, et à prévoir les événements qui dans ce cas étaient évident. De par cette situation fortement inquiétante, il convient de dire combien l’Europe a accumulé un retard handicapant sur Oncle Sam. Cet écart s’est élargi pour deux raisons. La première correspond à l’inlassable volonté de l’Europe de conserver des heures de travail réglementées. Alors qu’aux États-Unis, le travail est organisé de manière très flexible, et les entreprises peuvent fixer des horaires supérieurs à 35h00. Par conséquent, la reprise a pu être plus simple, car les entreprises ont su trouver au moment où ils avaient besoin les ressources humaines nécessaires pour se relancer. Certes, la différence semble minime, mais dans le cas présent, elle explique parfaitement les raisons de la reprise de la croissance américaine. Mais ce n’est pas tout, un deuxième élément vient se greffer à la première, et semble également complémentaire. En Europe et dans l’union européenne, on observe davantage de chômage et un sous-emploi galopant qui commencent à ronger les pays de l’intérieur. L’explication est très simple : le sous-emploi correspond à l’incapacité des personnes voulant travailler, et en âge d’être actives à exercer un emploi. Pourquoi ? Car le marché du travail en Europe, et plus particulièrement en France est trop rigide : 35h00, un salaire minimum et des charges qui explosent pour les entreprises.

Les origines de ce retard

Henri Bourguinat est célèbre pour avoir développé la théorie des « 3D ». Cette théorie est apparue dans les années 80 avec l’émergence de la globalisation financière. La désintermédiation, le décloisonnement, et la déréglementation étaient le signe avant-coureur d’un nouveau marché mondial. Un marché dans lequel tous les marchés nationaux allaient être interconnectés et ne faire qu’un. Cette globalisation financière a permis de développer un grand nombre de produits financiers, et de donner naissance aux multiples crises que nous avons connus depuis une vingtaine d’années.

L’origine de ce décalage entre l’ancien et le Nouveau Monde est simple : dans les années 80 l’Europe avait tendance à créer peu d’emplois, mais à dégager de forts gains de productivités. Au contraire, les USA avaient tendance à créer beaucoup d’emploi avec une faible productivité. Et à partir des années 2000, cette situation a commencé à changer, car l’Europe a créé plus d’emplois, mais avec moins de croissance. Tandis que les USA ont connu une productivité bien plus importante en favorisant l’innovation. Autrement dit, le Nouveau Monde a préféré parier sur l’avenir plutôt que de créer des emplois à l’instant présent. Qui plus est, ce fut un pari risqué, mais le retour sur investissement était assuré, car les USA jouissent d’une forte flexibilité de travail, ce qui leur permet de se redresser quel que soit la situation. On remarque également qu’un petit coup d’œil sur les meilleures entreprises nous mène à penser que c’est un changement dans le management, l’organisation, et la façon de considérer le travail qui montre l’incapacité des firmes européennes de s’imposer sur la scène mondiale. Et pour preuve : Google, Amazon, Apple en l’espace de quelques années ont révolutionné la façon de travailler. L’originalité de la croissance américaine repose sur des entreprises nouvelles créées qui développent très rapidement de la richesse, et de nouvelles méthodes de valorisation du travail. Aussi, la faiblesse de l’Europe repose sur le fait que les plus grosses entreprises françaises sont trop anciennes et n’ont plus la capacité à innover. Cette innovation n’est pas seulement d’un point de vue matériel, mais doit également être dans le domaine des procédés de fabrication et processus de travail.

L’Europe manque cruellement de capacité d’innovation

La culture d’entreprise est certainement l’élément clé qui différencie la réussite des entreprises américaines et européennes. À ce titre, l’expérience montre qu’en Europe les entreprises connaissent une croissance moindre qu’aux USA. Car le management et l’esprit d’entreprendre sont hautement différents. Vous avez certainement remarqué que lorsqu’une Américaine développe une idée nouvelle, un principe nouveau, et des produits d’un nouveau genre , elle prend alors une ampleur mondial. Pour illustrer nos propos, nous allons prendre un exemple simple : Starbuck. Un jour, un homme a eu l’idée de créer un café. Et oui rien que ça ! Mais ça a marché ! Nous passerons les détails autour de l’image du produit et de ce qu’il évoque. Force est de constater qu’en plus d’un manque cruel de capacité de croissance des entreprises, les idées ne sont pas aussi innovantes qu’on ne le dise. Cependant, il y a également une volonté des entrepreneurs européens à ne pas grandir, car la peur de la concurrence est toujours présente, et on ne sait pas si nos produits vont plaire à l’étranger. Si nos produits étaient impopulaires à l’étranger, ils deviendraient inexorablement impopulaire dans le pays d’origine.

Lorsque les entreprises européennes se financent par des crédits, les firmes américaines font appel à un système de capital-risque : c’est ce qui explique l’investissement très élevé des entreprises américaines. De plus, les actionnaires des entreprises dans le Nouveau Monde savent également que le retour sur investissement se fera dans plusieurs années, et c’est cette patience qui fait défaut en Europe. Ce modèle de financement a été ingénié en Europe, mais il n’a pas rencontré franc succès, car il est toujours difficile de calquer un modèle préétabli dans un environnement pas prêt à cela. Néanmoins, les difficultés ne s’arrêtent pas là. L’autre problème de l’Europe réside dans son inconscient intérieur à vouloir protéger les structures ayant une bonne assise. À ce titre, le vieux continent cherche par tous les moyens à protéger les grandes entreprises, quitte à ce qu’elles absorbent les start-ups. En revanche, aux USA, tout le monde à sa chance, et grâce à l’ingénieuse flexibilité du travail, les petites entreprises peuvent prendre des travailleurs sans durées limites de temps. Mais ces entreprises peuvent aussi disparaitre du jour au lendemain, et c’est là tout le drame. Aussi, ce qui fait le charme et la réussite des USA, c’est de laisser libre court au marché, sans pour autant sombrer dans l’ultralibéralisme.

La crise de l’euro a-t-elle été initiée par cet écart avec les USA ?

C’est une question tout à fait légitime et dans l’ère du temps. Entre 2000 et 2010, c’est-à-dire durant les 10 premières années de la monnaie unique, les pays du nord de l’Europe ont concentré leur force dans la restructuration industrielle, et le sud de l’Europe a connu une forte croissance grâce au crédit privé. La hausse considérable du crédit dans les pays du sud a incité les capitaux à se diriger vers les pays d’Europe du sud, car les besoins financiers pour des projets immobiliers étaient en forte croissance. Cette faim de crédits a donné naissance à une forte inflation et une dette insupportable, c’est le cas en Espagne. Et lorsque la crise des subprimes est apparue dans les pays d’Europe du Nord en 2008, le sud avait vu son niveau de compétitivité atrophié, tandis que le nord jouissait d’une compétitivité à toute épreuve. À cette période, la confiance était au plus bas, et par mesure de sécurité, les investisseurs ont renfloué leurs capitaux. Puis, petit à petit on s’est rendu compte de la bulle de crédit qui s’était dessiné et de la taille des constructions immobilières qui ne trouvaient pas preneur. Et la promiscuité gagnait du terrain, car le problème grec allait s’ajouter à un terrain déjà très épineux.


Dans un contexte de crise, la Turquie a-t-elle encore sa place dans l’Union Européenne ? Peut-elle apporter sa contribution à un continent en perdition ?

Première puissance économique du Moyen-Orient, 7ième en Europe et 15ième à l’échelle mondiale. Mais la Turquie ne compte pas s’arrêter en si bon point. Il s’agit alors de déterminer les éléments rationnels qui pourrait nous pousser à affirmer la raison pour laquelle, l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, pourrait toujours être effective malgré une économie européenne sous perfusion. Après des décennies de déceptions économiques, la Turquie est aujourd’hui récompensée de ses efforts. En avril Mark Lewis, représentant du FMI en Turquie, a adhéré à l’idée selon laquelle il y aura une période avant et après remboursement de la dette. Et pour cause : il affirme que la Turquie est solide d’un point de vue macroéconomique, et que son influence ne cessera de grandir après s’être acquittée de sa dette. Aujourd’hui, c’est chose faite, la Turquie a fait peau neuve en remboursant les restes de son engagement qu’elle avait auprès du FMI depuis 1958.

Alors que ses voisins européens traversent une crise, et n’arrivent pas à satisfaire leurs propres règles (critères de Maastricht), la Turquie quant à elle, surf sur les vagues de la croissance. Seulement quelques chiffres suffisent pour conforter nos propos : la croissance a été de 4.4% en moyenne sur la période 2001/2011, et de 9.2% en 2010, puis 8.5% en 2011. Elle jouit également d’une dette de 37% contre plus de 80% dans la majorité des pays de l’Union européenne, et d’un déficit de 2%. En l’espace de 10 ans, c’est-à-dire entre 2001 et 2011, les objectifs fixés par le gouvernement ont été atteints.

Aujourd’hui, la Turquie a également une assise diplomatique et une influence non négligeable sur les pays arabo-musulmans, et ces derniers commencent à s’inspirer de son modèle. Sa puissance régionale fait d’elle un parfait collaborateur pour d’éventuels conflits avec des pays du Proche et Moyen Orient, du Caucase ou encore de l’Asie. Aussi, en 2012, 28% de ses exportations se font vers le Proche et Moyen Orient, et ses premiers collaborateurs restent le Caucase, et l’Union européenne avec 39% de ses exportations en 2012. À ce titre, la Turquie possède en réalité des relations économiques parfaitement établies et dynamiques avec la France. En effet, elle est le 12ième client de la France dans le monde. Loin de se targuer de ses relations privilégiées avec la Turquie, la France est leur premier apporteur de capitaux, avec plus de 7 milliards d’euros en 2012. Et on ne compte pas moins de 400 entreprises françaises avec un effectif de 100 000 personnes dans toute la Turquie.

Nos chers amis Allemands, sont de moins en moins réticent à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, et les dires de Monsieur Eckart Cuntz, embrasseur d’Allemagne en Turquie sont sans équivoque : « La Turquie devient de plus en plus importante pour l’Allemagne et l’Union Européenne ». En février dernier, le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle a eu des propos similaires concernant la Turquie :« Si nous n’y prêtons pas attention, l’heure va venir où l’Europe sera plus intéressé par la Turquie, que la Turquie par l’Europe. »

À l’instar de la France, voyons quelques chiffres révélateurs dont les médias nous font grâce :

[**la Turquie représente aujourd’hui 74 millions d’individus, dont 60% de la population qui a moins de 35 ans. Le pouvoir d’achat continu sa hausse d’année en année, et les besoins énergétiques, financiers, structurels et de déplacement sont très élevés. Ce sont des domaines dans lesquelles l’économie allemande a des atouts inconditionnels. Aussi, l’ancien empire ottoman compte près de 30 000 entreprises étrangères, dont 5000 d’origine allemande. Mais ce n’est pas tout, en 2012, pas moins de 534 entreprises avec des capitaux allemands ont été créées sur le sol turc, soit une hausse de 14% par rapport à 2011. En somme, les turco-sceptiques, et Madame Merkel en première ligne, n’ont qu’à bien se tenir ! On pourrait même ériger l’hypothèse selon laquelle, les produits turcs pourraient venir se substituer aux produits chinois qui ne cessent de faire du dumping (concurrences déloyales, ventes à pertes), et ces échanges seraient sous le joug de différentes règlementations européennes afin d’éviter toutes activités déloyales.*]

Si l’interconnexion des marchés initiés dans les années 80 a développé de nouveaux moyens de financements, elles ont aussi contribué à créer de nouvelles crises, bien plus dévastatrices que leurs ainées. Aujourd’hui, l’économie contemporaine repose de plus en plus sur des éléments dont les existences sont parfois peu fondées, et il est difficile d’y déroger, surtout lorsque cela concerne la finance internationale. Mais force est de constater que l’Europe ne sait pas profiter de ses avantages, sa matière grise et de ses capitaux comme le font les USA. La difficulté de l’Europe réside dans son incapacité à fédérer toute sa puissance pour former une synergie et développer de nouveaux moyens d’innovations, et d’adaptation à un environnement en perpétuel changement. À cet égard, il fait bon de mentionner l’inexistence de l’Europe sur la scène politique mondiale. Ce manque de présence est fortement symptomatique d’une Europe, et à fortiori d’une Union européenne en perdition, autant d’un point de vue économique que politique. La Turquie pourrait apporter un vent de nouveauté d’un point de vue démographique et économique. D’une part grâce à sa population très jeune, et d’autre part grâce à sa croissance. Forte de ses relations économiques et culturelles étroites avec les deux pays majeures de l’Union Européenne, elle devrait avoir sa place. Cependant, l’hypocrisie règne en maître, et il est un sujet tabou d’avouer la vérité et de dire que les européens veulent rester dans un monde "chrétient". Même s’il reste encore des progrès à faire en termes de démocratie, la Turquie est sur la bonne voie. Aussi, avec la volonté de sortie de l’Angleterre, des décisions paradoxales à l’égard de certains pays, et l’incapacité à mettre en place de réelles politiques économiques, ne peut-on pas penser que l’Union Européenne est vouée à se désagréger ?

Chers lecteurs voici une citation sur laquelle méditer :

" Le monde entier fût-il ligué contre toi ne peut te faire le quart de mal que tu te fais à toi même."

Source : Blog Economie



À lire aussi