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Critique de Miel de Semih Kaplanoglu

par Nicolas Bardot

mardi 20 juillet 2010 | par Hakan


Critique de Miel de Semih Kaplanoglu

Yusuf a 6 ans et vit avec ses parents dans un village isolé d’Anatolie. Pour le petit garçon, la forêt environnante est un lieu de mystère et d’aventure où il aime accompagner son père apiculteur. Il le regarde avec admiration grimper en haut des arbres pour récolter le miel. Un jour, Yusuf bégaye en déchiffrant un texte que son professeur lui a demandé de lire. Ses camarades se moquent de lui et l’excluent de leurs jeux. Quand son père doit partir chercher les abeilles dans un lieu lointain et dangereux de la montagne, Yusuf devient muet.

L’ESPRIT DE LA RUCHE

Dernier volet de la Trilogie de Yusuf entamée avec L’Oeuf (2007) et Le Lait (2008), Miel, qui peut être vu indépendamment des autres épisodes, s’est vu remettre en début d’année l’Ours d’or à Berlin, des mains de Werner Herzog. A l’heure où le cinéma turc, en Occident, est essentiellement incarné par Nuri Bilge Ceylan (Uzak, Les Trois singes), cette récompense vient mettre un peu de lumière sur un autre visage, une autre œuvre, celle de Semih Kaplanoğlu qui retrace ici la jeunesse d’un poète dans une région perdue d’Anatolie. Après un intrigant prologue, Miel inquiète un peu avec sa séquence sur les bancs de l’école qui évoque la filmographie étouffe belle-mère de la Makhmalbaf Family (ses cahiers, ses tableaux noirs, ses pommes). Pas de didactisme pourtant dans ce Miel où l’apprentissage est partout, la découverte permanente, à l’ombre du père comme à l’ombre des arbres. Semih Kaplanoğlu parvient à capter l’hypersensibilité du regard enfantin, son univers intérieur, son étrange rapport au monde comme un grand mystère.

Yusuf, le petit héros, gambade à toute berzingue dans la campagne, sur les chemins, ivre de curiosité dans un monde rempli d’énigmes. La disparition du père en est une. Les mots en sont une autre. Tout cela sous un ciel perpétuellement orageux, comme au bord de la tempête, dans un film au bord du drame, du vertige, quelque chose couve, va sortir de la bouche (les séances de lecture en classe), mais on ne sait pas encore quoi. Pendant ce temps, Kaplanoğlu travaille son tempo, soigne ses plans, invite à la contemplation. Aux premiers bégaiements (Yusuf hésitant devant sa leçon de lecture) succède un accomplissement, même difficile. A l’autre bout de la planète, la poésie, dans le dernier film de Lee Chang-dong, proposait une autre façon d’envisager le monde, de l’investir, de le voir et le dire, une renaissance en fin de vie. Yusuf n’en est pas là et n’est pas encore poète mais se pose en observateur, de ses camarades de classe à travers une vitre ou d’une nature hors du temps, inquiétude et émerveillement mêlés dans ce beau voyage de découvertes.

Mie (Bal) - Turquie, 2010

De Semih Kaplanoglu

Scénario : Semih Kaplanoglu, Orçun Köksal

Avec : Bora Altas

Photo : Baris Ozbicer

Durée : 1h43

Sortie : 22/09/2010

Source Film de culte



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