jeudi 8 décembre 2022

« Calmer le Caucase » par Ali Babacan (MAE de Turquie)

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« Calmer le Caucase » par Ali Babacan (MAE de Turquie)

par Ali Babacan

Le conflit entre la Russie et la Géorgie a de nouveau démontré le caractère volatil du Caucase et pourquoi il est si crucial pour le monde d’y désamorcer les relations tendues.

Ce conflit a affecté tous les pays de la région. L’Azerbaïdjan et l’Arménie, par exemple, ont été privés de leurs principaux itinéraires de transport. Il a soulevé des inquiétudes sur les importants projets d’infrastructures comme la laison de chemin de fer entre Bakou, Tbilisi et Kars, l’oléoduc Baku-Tbilisi-Ceyhan et le gazoduc Baku-Tbilisi-Erzurum, qui promet d’assurer la sécurité énergétique à long terme et le transport de la région vers l’Europe.

Comme voisin au conflit, la Turquie a un intérêt énorme dans le fait de réduire la tension entre la Russie et la Géorgie.

De la part de l’Union européenne, la France a pris un rôle très actif en obtenant un cessez-le-feu et les efforts louables du président Nicolas Sarkozy sont entièrement soutenus par la Turquie.

Pour rétablir la paix et la stabilité dans le Caucase à un plus long terme, la Turquie poursuit aussi une série d’initiatives diplomatiques principalement basées sur trois piliers.

D’abord, nous devons reconnaître et nous occuper du manque profond de confiance parmi les états de la région. La Russie et la Géorgie sont en guerre l’un avec l’autre. La situation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan au travers du conflit dans et autour du Nagorno-Karabakh n’est pas beaucoup différente. Il y a aussi des problèmes entre la Turquie et l’Arménie.

Le manque de confiance dans la région crée un environnement fertile pour une multiplication des instabilités, de l’insécurité et, comme nous l’avons vu dans la Géorgie, la guerre. Il sape aussi le dialogue politique, la coopération économique et des bonnes relations amicales dont les pays Caucasiens ont besoin pour prospérer.

En outre, cette situation tendue est devenue plus ou moins une particularité inhérente du Caucase ces s 17 dernières années, puisque aucune des tentatives précédentes pour résoudre les conflits prolongés n’a abouti à des résultats constructifs. Cette situation doit être corrigée rapidement.

Les pays du Caucase ont besoin de développer une méthode fonctionnelle pour trouver des solutions à leurs problèmes ’intérieurs.

La proposition de la Turquie est d’amener les pays de la région à se rassembler sous la Plate-forme pour la Stabilité et la Coopération du Caucase (CSCP).

Via l’intérêt de construire la confiance entre ces nations, la Turquie croit qu’il est temps de poursuivre une approche régionale mais complète. Le CSCP, dans ce contexte, fournit une occasion.

Il n’a pas l’intention de devenir une alternative à n’importe quelle institution, mécanisme ou n’importe quelle organisation internationale qui traite des problèmes du Caucase.

Au contraire, c’est une plate-forme complémentaire visant à faciliter la communication entre les pays de la région, une structure pour développer de la stabilité, de la confiance et de la coopération, un forum pour le dialogue.

Dans ce contexte, elle n’est pas seulement compatible avec la politique de l’UE vis-à-vis de la Turquie, mais aussi un complément à la politique et la vision de l’UE vers la région du Caucase, à savoir la Politique de Voisinage de l’UE. Cette complémentarité pourrait apporter une nouvelle impulsion et un élan fonctionnel à la région.

Deuxièmement, pour devenir un véritable intermédiaire honnête dans la région, la Turquie a pris l’initiative de créer un environnement favorable pour la normalisation de ses relations bilatérales avec l’Arménie.

Le président Abdullah Gul s’est rendu à Yerevan le 6 septembre pour suivre match qualificatif pour la Coupe du monde entre les équipes de football turque et arménienne. C’était un premier pas historique pour casser les barrières qui ont empêché nos deux nations de s’approcher l’un près de l’autre.

Pendant la visite à Yerevan, les présidents arménien et turc ont largement discuté de la situation de la sécurité dans le Caucase, des perspectives pour la normalisation des relations turco-arméniennes et des voies pour réaliser une telle normalisation dans le plus proche avenir.

J’ai aussi accompagné M.Gul et j’ai eu l’occasion de passer en revue ces mêmes sujets d’une façon plus étendue avec le ministre arménien des Affaires Etrangères Edouard Nalbandian. Sans aucun doute, tant que nous parlons, aucun des problèmes de la région ne pourra s’imposer comme non soluble.

Troisièmement, comme le processus de normalisation des relations turco-arméniennes va de l’avant, nous ne devons pas épargner nos efforts en vue de trouver une solution au problème du Nagorno-Karabakh. Ces deux processus ont un caractère mutuel de consolidation - n’importe quel développement positif sur l’un aura un effet significatif de stimulation sur l’autre.

M.Gul, après sa visite à Erevan, s’est rendu à Bakou le 10 septembre pour demander si la Turquie pourrait faciliter la résolution du problème du Nagorno-Karabakh. Nous observons une obligation à Bakou, aussi bien qu’à Yerevan, d’apporter une solution durable au conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Dans ce contexte, il est nécessaire encore une fois de souligner l’importance d’une approche constructive et compréhensive des problèmes dans la région du Caucase.

La Turquie est un avocat loyal des principes de base des lois internationales comme l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats aussi bien que la résolution paisible des conflits par le dialogue.

Avec les initiatives qu’elle a prise récemment, la Turquie cherche à apporter la stabilité et la prospérité dans la région du Caucase. Le CSCP peut jouer un rôle principal pour obtenir ce résultat. Un environnement favorable pour la coopération, l’harmonie, la confiance et la compréhension mutuelle sera réalisable dans la région seulement après que les discussions et des conflits au Caucase soient résolus paisiblement et irrévocablement.

Ali Babacan est le ministre des Affaires étrangères de Turquie

Article paru le 23 septembre dans l’International Herald tribune

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