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« À Mulhouse, on est en phase 3 »

Ecrit par Engin, 2020-03-05 22:07:37


« À Mulhouse, on est en phase 3 »

source ; https://www.lalsace.fr/edition-mulhouse-thann/2020/03/05/a-mulhouse-on-est-en-phase-3

Médecin généraliste à Mulhouse et médecin régulateur au Samu, Patrick Vogt s’étonne de la communication a minima de l’Agence régionale de santé et de la préfecture du Haut-Rhin. Pour lui, Mulhouse est passée en phase 3 et est devenue « un modèle expérimental extraordinaire ».

« Mon père a participé du rassemblement de carême à l’église de Bourtzwiller. Suite à cela, il a eu des symptômes grippaux : toux, fièvre, courbatures… Il a appelé le 15, le médecin du Samu lui a demandé de rester confiné, de porter un masque s’il sort, mais lui a dit aussi que les cas suspects ne sont plus testés car il y en a trop. Je trouve incroyable cette hypocrisie, qui consiste à prêcher la transparence, d’un côté, et à ne pas tester, de l’autre », s’étonne un lecteur mulhousien.

Il n’est pas le seul. Le Dr Vogt estime lui aussi que la communication faite par les autorités sanitaires suscite de l’incompréhension chez les gens. « Nous avons eu sous nos yeux un modèle expérimental extraordinaire ! », explique-t-il. « Du 17 au 21 février, entre 2 000 et 3 000 personnes venant de toute la région, mais aussi d’autres pays d’Europe, des Antilles, de Guyane, se sont réunies dans un grand rassemblement religieux à Bourtzwiller. Elles sont restées plusieurs heures et plusieurs jours ensemble, s’embrassant, se touchant, ayant une grande proximité du fait de leur pratique religieuse. À partir du vendredi 21 février et durant quelques jours, la plupart des participants présentaient un syndrome grippal, se sont soignés d’eux-mêmes, ont vu leur médecin généraliste, sont passés aux urgences. Certains sont restés à la maison et d’autres sont retournées au travail… »

« Nous sommes sans doute le plus grand foyer de France »

Selon le praticien, « les médecins généralistes qui ont vu ces patients ont aussi présenté un petit symptôme grippal deux ou trois jours plus tard ». L es 2 et 3 mars, certains de ces patients « présentant des symptômes persistants ont été testés positifs et isolés. Les participants ont été invités à contacter le 15. Depuis, plusieurs centaines d’appels par jour, environ 600, décrivent tous la même chose, la survenue d’un syndrome grippal d’intensité et de durée plus faible que la grippe saisonnière », poursuit le médecin. « Et d’autres prélèvements chez ce type de patients peu symptomatiques sont positifs. Vu le nombre d’appels quotidiens supplémentaires au 15, on peut estimer qu’il y a actuellement plusieurs centaines de cas par jour. »

Le généraliste s’est déjà livré à plusieurs observations : « Au vu de ce qu’on voit à Mulhouse, il semble que le virus se propage de façon épidémique. Il est très contagieux, l’incubation est courte, à peine 48 heures, les symptômes sont d’intensité et de durée plus faible que la grippe saisonnière, les enfants semblent y être peu sensibles. Les personnes âgées semblent en revanche avoir des symptômes plus sévères. Les formes graves semblent rares à ce jour mais elles sont sans doute différées dans le temps. Nous sommes sans doute le plus grand foyer de coronavirus de France. Et pendant ce temps, l’Agence régionale de santé [ARS] et la préfecture du Haut-Rhin annoncent que nous sommes toujours en phase 2 avec une vingtaine de cas seulement… »

Pour le médecin généraliste, « la Porte ouverte chrétienne est ce qu’on appelle un cluster, un foyer de circulation du virus, et ce ne sont pas une vingtaine de cas avérés mais sans doute des centaines qui ne se sont pas testées. À Mulhouse, nous ne sommes plus en phase 2 mais en phase 3 de diffusion massive du virus. Nous sommes dans le déni total de la part des autorités ! »

« C’est le Samu qui fait le tri »

En l’absence de réponse de la part de l’ARS du Grand Est sur ces questions, nous avons contacté la Direction générale de la santé (DGS), qui indique qu’il y a eu une adaptation de la prise en charge et qu’effectivement, il n’est plus judicieux de procéder à des tests systématiques, « notamment là où il y a beaucoup de cas et où seuls les cas les plus graves sont désormais hospitalisés ».

C’est ce qui se passe dans le Haut-Rhin. Pour déterminer si un patient doit être hospitalisé ou non, c’est le Samu, qu’il faut toujours appeler en cas de fièvre, toux et courbatures, qui fait le tri. « Ça se fait localement », précise-t-on encore à la DGS, « au cas par cas. Les personnes qui ne présentent que des symptômes relativement bénins, comme ceux d’une grippe, sont invitées à se soigner chez eux, en évitant les contacts. Mais le Samu donne aussi des consignes pour inviter le patient ou son entourage à rappeler le 15 si une aggravation des symptômes se produit. »

Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a reconnu jeudi soir que le virus circulait activement dans plusieurs territoires, dont le Haut-Rhin et le Bas-Rhin.

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