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Première Guerre mondiale : la déportation des Allemands du Maghreb français

mercredi 21 avril 2021 | par SibiryaKurdu


"Questions militaires", Bulletin quotidien de presse étrangère, n° 2, 3 mars 1916, p. 1 :

"PRISONNIERS. (...)

Des tentatives de fuite faites par quelques Allemands du Maroc, internés à Sebdu (Algérie occidentale), ont servi de prétexte à la déportation des internés dans l’oasis de Laghouat, dans le Sahara. Le climat y est insupportable pour des hommes nés dans les pays situés au nord de la Méditerranée. Il est certain que la France veut exterminer les Allemands du Maroc. — Kreuzzeitung, 28.2."

Gilbert Meynier, L’Algérie révélée. La guerre de 1914-1918 et le premier quart du XXe siècle, Genève-Paris, Droz, 1981, p. 508-509 :

"A en croire la presse française d’Algérie, le pays serait quadrillé par un réseau d’espions allemands ou turcs. Le nombre des dénonciations, extrêmement grand au début de la guerre, diminue beaucoup ensuite ; les journaux, les libelles et conférences de propagande racontent à peu près toujours les mêmes histoires d’archéologues allemands fouineurs, de légionnaires allemands déserteurs , d’ecclésiastiques allemands subversifs. Fin 1917, Jean Mélia ressasse encore les mêmes lieux communs qu’en 1914. Comme personne ne voit au juste où sont passés les "espions" recensés en 1914, il est commode de leur attribuer, faute de mieux, tous les mouvements d’opposition rencontrés par le pouvoir colonial. Il est vrai que plusieurs légionnaires allemands désertent, que des prisonniers de guerre s’évadent. Le premier contingent de prisonniers allemands arrive en Algérie fin septembre 1914 et, dès le début, on sépare on sépare le bon grain de l’ivraie en mettant à part les Alsaciens-Lorrains. Au 1er décembre 1914, il n’y a pas plus de 764 prisonniers allemands en Algérie. C’est le Maroc qui en absorbe le plus : Lyautey en demande un grand nombre afin de montrer aux Marocains la puissance française. Pour les mêmes raisons, Depont, à la C.I.A.M., en réclame aussi. Mais en Algérie, il n’y en aura jamais plus de 3 500. Comme le G.G. refuse de les employer en en Algérie du Nord pour ne pas concurrencer la main d’oeuvre locale, ils sont surtout affectés à des chantiers du Sud. Une campagne de presse allemande dénonçant le travail des prisonniers dans des climats inhumains incite les A.E. à demander leur transfert dans le Nord, qui est fait dans le courant de l’année 1915. En février 1916, les 2/3 sont rattachés à un dépôt de Tizi-Ouzou, le reste à Sétif. Les uns travaillent à des constructions de routes en Kabylie, les autres sur les Hautes Plaines constantinoises. Ils posent à l’administration des problèmes de surveillance ; on craint sans cesse qu’ils puissent communiquer avec les Algériens. Il existe à Sebdou, au sud de Tlemcen, un camp de prisonniers où ont été internés au début de la guerre les Allemands résidant au Maghreb, surtout au Maroc. Or, à plusieurs reprises, Lyautey se plaint de ce que ce camp soit une passoire d’où de nombreux évadés parviennent à rejoindre le Maroc. En novembre 1915, l’évasion de l’ancien agent consulaire à Rabat, Fock, met le G.G. mal à l’aise. Peu après, plusieurs autres évasions se produisent dont celle de l’agent allemand Bartels ; au même moment, quelques légionnaires désertent à Bel Abbés. Civils et militaires en sont à se rejeter mutuellement les responsabilités des négligences quand le récit horrifique de leur détention à Sebdou, fait par les évadés à un journal espagnol, provoque une nouvelle campagne de presse en Allemagne. En février 1916, le ministère de l’Intérieur transfère le camp de Sebdou à Laghouat. Au même moment, est créée une inspection des prisonniers guerre. Elle rapporte que les Allemands sont inutiles en Algérie et préconise un rapatriement général en France. Malgré l’opposition des militaires à une une telle mesure, la plus grande partie des prisonniers quitte l’Algérie dans le courant de 1916. A la fin de l’année, il n’y a plus que 24 ouvriers qualifiés allemands à travailler aux ateliers de chemin de fer de Souk-Ahras. Auparavant, Paris avait décidé la suppression du camp de Laghouat et expédié la totalité des prisonniers en France, camp de l’île Sainte Marguerite.

Les Allemands ont bien causé quelques soucis au G.G. mais ils n’ont pas constitué en Algérie un réseau d’espionnage , thèse qu’il tente d’accréditer pour s’en débarrasser. Il est bien question, de temps à autre, soit dans la presse, soit dans les archives, d’activités d’espionnage, voire de sabotages. Des rumeurs font état d’une base secrète de sous-marins au cap Kramis, de l’activité de pères blancs alsaciens germanophiles au moment du soulèvement de l’Aurès. L’administration de Lutaud et la presse "radicale" donnent quelque publicité à l’arrestation de tel curé alsacien réputé pro-allemand. Un rapport officiel mentionne comme possible la présence de marins allemands dans la région de Tigzirt. Un autre parle d’un sabotage sur la voie ferrée Alger-Oran. Les sabotages sont si si fréquents de la part des Algériens qu’il n’est pas besoin de faire appel aux menées allemandes pour les expliquer. D’ailleurs, passés les premiers mois de guerre, passée la fièvre initiale d’espionnite, ce genre de rapports se raréfie. Il a pu exister des espions allemands mais leur action ne dut avoir aucune commune mesure avec leurs agissements en Tripolitaine et au Maroc."

Voir également : Carte des cas de déportations de populations durant les guerres contre-insurrectionnelles

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https://armenologie.blogspot.com/20... La déportation des Arméniens : une mesure conjoncturelle et temporaire


Voir en ligne : http://armenologie.blogspot.com/202...