En Turquie, un procès emblématique a commencé ce jeudi 11 février, celui des passeurs qui sont à l’origine de la mort du petit Aylan, ce garçonnet syrien naufragé décédé sur une plage turque.

C’était le 2 septembre 2015. Les images du corps du petit Aylan, 3 ans, feront le tour du monde. Aylan est mort noyé au large de la Turquie, après le naufrage d’une embarcation surchargée de réfugiés syriens.

Les deux passeurs syriens, Muwafaka Alabash et Asem Alfrhad, comparaissent ce jeudi pour « trafic d’immigrants » et « négligences délibérées », selon l’agence de presse turque Dogan. Les deux hommes risquent trente-cinq ans d’emprisonnement. Dès le début du procès, ils ont nié toute responsabilité pour accuser le père d’Aylan, seul survivant du naufrage. « Le vrai criminel, l’organisateur, c’est Abdullah Kurdi, qui est devenu un héros à la télévision mais n’est même pas venu témoigner », a ainsi déclaré Asem Alfrhad.

En dépit de ces allégations, les juges ont décidé ce jeudi d’abandonner les poursuites contre Abdullah Kurdi, effectivement absent du procès et un temps soupçonné par la justice turque d’avoir « utilisé » l’embarcation surchargée de réfugiés. Après le drame, le père d’Aylan a également été accusé d’avoir organisé cette traversée clandestine de la mer Egée et même d’avoir conduit l’embarcation dans laquelle a péri son fils. Le père a toujours nié les faits.

380.000 euros de bénéfices par embarcation

Six mois après la mort d’Aylan, sur la côte turque, le commerce des passeurs de migrants est toujours florissant. Selon un rapport récent réalisé par le numéro deux de l’opération Sofia de lutte contre le trafic d’êtres humains, un convoi de réfugiés générerait jusque 380.000 euros de bénéfices pour ses organisateurs. Fin novembre, les autorités turques, en échange d’une aide européenne de 3 milliards d’euros, se sont engagées à contrôler leurs frontières et à intensifier la lutte contre ceux qui font florès sur la détresse des réfugiés. Las : depuis le début de l’année, les départs de migrants vers la Grèce se seraient intensifiés par rapport à la même période l’an dernier.

Hasard des dates, en parallèle de l’ouverture du procès des deux passeurs, le secrétaire général de l’Otan a annoncé qu’un groupement naval allait se rendre en mer Egée pour « lutter contre le trafic humain ». La mission devrait fournir « des informations et une surveillance, essentielles pour aider à lutter contre les réseaux criminels », mais aussi permettre de secourir des embarcations en perdition. Comme celle du petit Aylan.

L’an dernier, plus de 800 000 migrants ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. En 2015, plus de 1 700 passeurs ont été arrêtés. La plupart sont Syriens. Le procès a été ajourné.

Source : France Info et Le Figaro