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Les Arméniens pendant la Première Guerre mondiale : les réflexions rétrospectives de Clair Price et Arnold J. Toynbee

vendredi 2 avril 2021 | par SibiryaKurdu


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Clair Price (journaliste américain), The Rebirth of Turkey, New York, Thomas Seltzer, 1923, p. 85-88 :

"Le bloc arménien au Parlement de Constantinople tenait son congrès de 1914 à Erzerum dans les provinces de l’Est lorsque le gouvernement d’Enver [expression étrange : Enver Paşa était seulement ministre de la Guerre ] est entré en guerre. Des émissaires du gouvernement leur ont rendu visite là-bas et leur ont présenté le projet pantouranien dont l’objet immédiat était de repousser la Russie. Une partition du Transcaucase russe a été proposée, le territoire conquis devant être divisé entre Arméniens, Géorgiens et Tartares , chacun devant se voir accorder l’autonomie sous la suzeraineté ottomane. Le bloc arménien a répondu que si la guerre s’avérait nécessaire, il ferait son devoir de sujets ottomans mais ils ont conseillé au gouvernement de rester neutre. On peut supposer que les députés arméniens au Parlement étaient toujours disposés, malgré les déceptions à l’égard du régime d’Enver , à respecter la Constitution avec les députés turcs. Les comités d’indépendance ont cependant trouvé leur inspiration en Occident et leur programme a été électrisé par le prétendu souci de l’indépendance arménienne avec lequel les puissances alliées ont commencé la guerre. Le groupe annexionniste russe était également concerné. Selon eux, l’opportunité pour la Russie de « libérer » les provinces orientales était à portée de main.

En vertu de la Constitution de 1908, le gouvernement d’Enver avait le droit de mobiliser aussi bien les Arméniens en âge de servir que les Turcs, mais une opposition armée éclata aussitôt, notamment à Zeitoun, une ville de montagnards arméniens qui jouissait depuis longtemps d’une indépendance locale presque complète. Le long de la frontière orientale, les Arméniens ont commencé à déserter au profit des armées russes et le gouvernement d’Enver, se méfiant de la loyauté de ceux qui restaient, les retiraient des forces combattantes et les organisaient en équipes de travail dont le commissariat, c’est le moins qu’on puisse dire, travaillait de manière encore plus vétuste que celui des troupes combattantes.

Avec cette situation à l’arrière, Enver Pacha franchit les frontières russe et perse mais en janvier 1915, il fut repoussé derrière sa propre frontière par la victoire russe à Sarykamish. Cette victoire a déclenché les espoirs annexionnistes et des bandes armées de volontaires arméniens ont commencé à opérer derrière les armées ottomanes. En avril, Lord Bryce et les « Amis de l’Arménie » à Londres ont lancé un appel pour des fonds afin d’équiper ces volontaires, et la Russie n’était probablement pas non plus indifférente à leur égard. Voyant que la Grande-Bretagne et la Russie étaient en guerre contre le gouvernement ottoman, il aurait été surprenant qu’une décision aussi évidente ait été négligée. Ces bandes de volontaires ont finalement capturé Van , l’une des capitales provinciales de l’Est, à la fin du mois d’avril et, après avoir massacré la population turque , elles ont rendu ce qui restait de la ville aux armées russes en juin. Les nouvelles de Van touchèrent les Turcs précisément comme les nouvelles de Smyrne les touchèrent lorsque les Grecs y débarquèrent en mai 1919. La rumeur courut immédiatement à travers l’Asie Mineure selon laquelle les Arméniens s’étaient soulevés.

A ce moment-là, la situation militaire s’était nettement retournée contre le gouvernement d’Enver. La victoire russe à Sarykamish se développait et des flux de réfugiés turcs se déversaient dans l’ouest de l’Asie mineure. Les Britanniques avaient lancé leur campagne des Dardanelles aux portes mêmes de Constantinople, et la Bulgarie n’était pas encore venue. Il ne semble pas raisonnable de supposer que ce moment aurait été choisi par le gouvernement d’Enver pour prendre des mesures à grande échelle contre ses Arméniens, sans que de telles mesures aient été estimées comme immédiatement nécessaires. Des mesures ont été prises. Les gouverneurs provinciaux dans les parties de l’Empire qui étaient exposées à l’ennemi, c’est-à-dire les provinces orientales, et la côte méditerranéenne où les hommes de guerre britanniques et français maintenaient une patrouille, reçurent l’ordre de rassembler leurs Arméniens et de les conduire vers le Sud dans le pays arabe pour y être internés. Si ces déportations devaient être effectuées de manière ordonnée , les dispositions policières les plus solides et les plus fiables étaient nécessaires, mais ces dispositions le gouvernement d’Enver ne pouvait ou ne voulait pas les prendre. En général, les déportations rassemblaient seulement les Arméniens et les exposaient sans protection à une population alarmée et en colère du fait des nouvelles de Van. Ils ont sombré dans une entreprise épouvantable dans laquelle des hommes arméniens en âge de servir ont été abattus par groupes et le reste des femmes, des enfants et des personnes âgées qui n’avaient pas encore pris la route en tant que réfugiés en Transcaucasie russe , ont finalement été internés en Mésopotamie et en Syrie dans les conditions de pauvreté les plus épouvantables. Cette affaire a privé la Russie de sa seule prétention à une intervention dans les provinces de l’Est , et le ministère britannique des Affaires étrangères, qui a participé au programme anglo-russe de partition de l’Empire ottoman, la Perse étant déjà partitionnée, en a naturellement profité. L’estimation par Lord Bryce du nombre d’Arméniens morts au cours de cette guerre était de 800.000 [l’estimation de Bryce était inférieure à celle du fanatique anti-musulman et anti-turc Johannes Lepsius (1,4 million) : Arnold J. Toynbee et Rouben Khérumian , ainsi que les démographes Justin McCarthy et Fuat Dündar (après recherches), ont retenu quant à eux le chiffre de 600.000 morts (ce qui inclut des Arméniens transportés dans le Caucase russe, victimes eux aussi des attaques de bandes kurdes, de la famine et des épidémies)]."

Arnold J. Toynbee (propagandiste britannique au service du Foreign Office pendant la Première Guerre mondiale), The Western Question in Greece and Turkey, Londres, Constable & Co., 1922, p. 275-276 :

"Des deux côtés, ces atrocités [en 1919-1922] ont été ensuite présentées comme des mesures militaires nécessaires et justifiables contre les attaques des bandes de guérilla. Les Turcs ont déclaré que l’organisation révolutionnaire des Grecs « pontiques » était en contact avec l’état-major grec ; que ce dernier les avait fournis en armes et même en officiers ; et que, dès le début de l’offensive, ils devaient faire une diversion dans les arrières de l’armée turque. Les Grecs, de leur côté, déclarèrent que les villages turcs qu’ils avaient détruits avaient abrité des bandes turques, qui avaient pénétré les lignes grecques et avaient attaqué leurs communications ferroviaires. Il y avait probablement du vrai dans les deux déclarations, car les bandes de guérilla sont toujours susceptibles d’être en activité dans des conditions telles que celles créées en Anatolie après le 15 mai 1919. C’était autrefois l’excuse des troupes turques en Macédoine avant la guerre des Balkans pour la « terreur », le pillage et l’incendie de villages , et il est fort possible qu’il y ait eu (comme l’affirment les Turcs) une provocation similaire pour les atrocités contre les Arméniens en 1915."

Sur Arnold J. Toynbee et Clair Price : 600.000, et pas 1,2 million : comment le menteur Yves Ternon a multiplié par deux les estimations de Toynbee

Arnold J. Toynbee : de la propagande pro-arménienne au témoignage pro-turc

Le contexte de l’acquittement de Soghomon Tehlirian (1921) : conflit germano-polonais et volonté de rapprochement avec l’Angleterre de Lloyd George

Sur les sources britanniques : Le Blue Book (1897) : une source d’information sur les provocations insurrectionnelles des comités arméniens en Anatolie

Les ravages des troupes russo-assyro-arméniennes pendant la Première Guerre mondiale : une réalité admise par les Britanniques contemporains

Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l’armée russe durant la Première Guerre mondiale

Sur les sources américaines : Les témoignages américains sur la tragédie arménienne de 1915

Cemal Azmi Bey et les Arméniens

Tahsin Bey : protecteur des Arméniens, homme de confiance de Talat Paşa et membre de l’Organisation Spéciale

Première Guerre mondiale : les efforts pour ravitailler et aider les déportés arméniens

Les enquêtes diligentées par le gouvernement américain en Anatolie orientale (1919-1920)


Voir en ligne : http://armenologie.blogspot.com/202...