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L’Arménie devrait prolonger le boycott des produits turcs

dimanche 18 avril 2021 | par Engin


L'Arménie devrait prolonger le boycott des produits turcs

L’Arménie devrait prolonger le boycott des produits turcs (seulement sur les produits que les arméniens n’ont pas besoin)

Alors que des rumeurs circulent, insistantes, sur les compromis que serait disposé à passer le gouvernement arménien avec la Turquie, le vice-premier ministre arménien Mher Grigorian a annoncé que l’interdit décidé le gouvernement de N.Pachinian concernant l’interdiction de produits turcs, qui était entré en vigueur, pour six mois, le 31 décembre 2020, serait probablement reconduit.

mais uniquement sur les produits que les entreprises arménienne et les arméniens n’ont pas besoin

L’Arménie avait officiellement dénoncé l’aide militaire apportée par la Turquie à Bakou, qu’elle soit directe, avec la présence de membres de l’état major turc dans les premiers jours de la guerre, ou sous la forme de livraisons d’armes, dont les redoutables drones, et de mercenaires djihadistes recrutés en Syrie et en Libye. S’exprimant dans l’enceinte du Parlement arménien, M.Grigorian a indiqué que le gouvernement était désireux de reconduire le boycott en juin, en précisant que l’interdit ne portait pas sur les matériaux de construction et autres produits turcs dont les entreprises arméniennes ont besoin.

L’Arménie étant toujours soumise au double blocus terrestre imposé par l’Azerbaïdjan et la Turquie depuis près de 30 ans, c’est essentiellement par la Géorgie qu’elle a importé pour quelque 220 millions de $ de biens produits en Turquie l’an dernier, a précisé M.Grigorian, en ajoutant que les entreprises locales sont en mesure de produire ou d’importer les mêmes produits de Chine, de Russie ou d’autres ex-Républiques soviétiques. “Je pense que le marché s’adaptera très vite à cette situation”, a souligné le membre du gouvernement devant les députés. La Turquie, qui a fermé ses frontières terrestres avec l’Arménie par solidarité avec l’Azerbaïdjan depuis 1993 et a refusé d établir des relations diplomatiques avec Erevan pour la même raison, a aussi interdit toute importation de produits arméniens.

Le président turc Erdogan, qui ne s’est par ailleurs pas privé de revendiqué sa part des lauriers dans la victoire militaire de l’Azerbaïdjan, qu’il célébrait début décembre aux côtés de son homologue azéri Aliev à Bakou, doit encore préciser si cette victoire a changé la donne et si un règlement du conflit du Karabagh, acceptable aux yeux de Bakou, restait la condition préalable à une normalisation des relations entre Ankara et Erevan. En vertu des termes de l’accord de cessez-le-feu qu’a dû signer l’Arménie avec l’Azerbaïdjan, le 9 novembre, sous l’égide de la Russie, pour mettre fin à une guerre sanglante qui a coûté aux Arméniens les 7 districts qu’ils contrôlaient autour du Haut Karabagh ainsi qu’une partie de ce dernier, l’Azerbaïdjan serait disposé à lever le blocus de l’Arménie… selon Erevan. Il semblerait en effet qu’en échange de son accès au Haut-Karabagh, par le seul corridor de Latchine désormais, gardé par les forces russes de paix déployées dans la région, l’Arménie aurait accordé à Bakou un corridor longeant la frontière arméno-iranienne pour relier la république autonome du Nakhitchevan – et la Turquie avec laquelle elle partage une petite frontière- au reste de l’Azerbaïdjan. Cet échange, dont les termes restent très troubles et controversés, ouvrirait la voie à une levée progressive du blocus terrestre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et pourquoi pas, ont laissé entendre les responsables arméniens, à une levée à terme du blocus turc sur l’Arménie.

Pourtant, le climat n’est pas à la détente entre l’Arménie et la Turquie. Le ministre arménien des affaires étrangères Ara Ayvazian déclarait ainsi à la fin mars que les Turcs devaient mettre un terme à leurs “actions hostiles à l’encontre de l’Arménie” s’ils entendaient contribuer à la paix et à la stabilité dans la région. Les propos d’A.Ayvazian semblaient guère en phase avec une déclaration relative aux relations arméno-turques faite par Nikol Pachinian peu avant en mars. Le premier ministre arménien avait souligné que l’Arménie devait aussi réviser sa politique tant avec la Turquie qu’avec l’Azerbaïjan, en appelant à une nouvelle approche des relations entre les pays de la région, provoquant une vive indignation en Arménie, où les leaders de l’opposition avaient mis l’accent sur une nouvelle preuve de la volonté de Pachinian de « sacrifier les intérêts nationaux » sur l’autel de ses ambitions politiques.

A l’approche des législatives anticipées de juin, à l’occasion desquelles Pachinian remettra en jeu son mandat, de telles déclarations ne semblent plus de mise au gouvernement, où l’on préfère mettre l’accent sur le boycott des produits turcs, mesure populaire même si les plages turques le sont tout autant pour les vacanciers arméniens. Quant à la Turquie, une telle mesure ne l’émeut guère, alors qu’elle ramasse des contrats à la pelle, offerts sur un plateau par son allié azéri, qui a invité massivement les entreprises turques à « recosntruire le Karabagh ». Les entreprises turques de bâtiment et autres sont d’ores et déjà engagées dans la construction de routes et de l’aéroport de Fizouli, une localité au sud du Karabagh, dans l’un des 7 districts récupérés par les Azéris à la faveur de la guerre. Un chantier gigantesque, le futur aéroport, censé rivaliser avec celui de Bakou, ayant vocation à incarner, entre la frontière azéro-iranienne et la localité de Chouchi, « cœur du Karabagh azéri » passée elle aussi sous le contrôle de Bakou, la renaissance de cette région aux portes de l’Arménie… et de la Turquie !

Les compagnies turques n’ont pas eu besoin de répondre à quelque appel d’offre, et ont été choisies, parfois au détriment de groupes français pourtant bien implantés à Bakou et plus compétitifs, mais sanctionnés par le régime d’Aliev en raison du soutien exprimé par la France aux Arméniens durant la guerre, et après, avec la reconnaissance du Haut Karabagh, certes sans plus d’effets concrets, par l’Assemblée nationale et le Sénat.



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