L'installation des déportés arméniens à Deir ez-Zor (1915) - Turquie News
lundi 26 septembre 2022

L'installation des déportés arméniens à Deir ez-Zor (1915)

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Kâmuran Gürün, Le Dossier arménien, Paris, Triangle, 1984 :

"Le même jour, 26 mai [1915], la présidence du Conseil reçut du ministère de l’Intérieur la note suivante :

« Une partie des Arméniens habitant des lieux proches de la zone des opérations gêne les mouvements de l’Armée impériale , agit en accord avec l’ennemi et, surtout, rejoint les rangs de l’ennemi. A l’intérieur du pays, elle attaque à main armée les forces armées et la population innocente. Elle massacre, pille et met à sac des villes et bourgades ottomanes et fait régner la violence. Elle procure des vivres aux forces navales de l’ennemi et va jusqu’à lui indiquer nos positions fortifiées. Certaines dispositions ont donc été prises afin d’écarter de la zone des opérations de tels germes de troubles et l’on a entrepris de faire évacuer les villages servant de base d’opérations et de refuge aux insurgés. C’est ainsi en particulier que, les Arméniens tout comme ceux des provinces de Bitlis, Van et Erzurum et les Arméniens habitant les villages et bourgades des cantons de Beylan, Cisrî-i Suur et Antakya, à l’exception de ceux des villes d’Adana, de Sis et de Mersin, ont commencé à être dirigés vers les provinces méridionales. On continuera à les transférer et les établir aux endroits qui leur auront été attribués dans les arrondissements de Mossoul et de Zor - sauf dans leur partie septentrionale qui est contiguë à la province de Van - dans la partie méridionale de celui de Mossoul - sauf dans la ville d’Urfa - dans la partie orientale et sud orientale de la province d’Alep et dans la partie orientale de la province de Syrie. Cette mesure a été jugée nécessaire pour les intérêts fondamentaux de l’Etat. » " (p. 250)

"Le 18 mai 1915 (5 mai 1331), une note codée fut envoyée par le ministre de l’Intérieur au gouverneur d’Erzurum. La nécessité d’envoyer les Arméniens d’Erzurum dans les régions au sud d’Urfa et de Mossoul et dans le district de Zor, y était précisée.

Le 23 mai (10 mai 1331), des notes chiffrées furent envoyées à Erzurum (n° 14), à Van (n° 21) et à Bitlis (n°14). Elles donnaient les instructions suivantes :

« Les Arméniens de la province seront transférés et installés dans les lieux qui leur seront désignés dans la province de Mossoul - sauf dans la partie septentrionale qui jouxte la province de Van - dans le sandjak de Zor et dans celui d’Urfa - sauf dans le canton d’Urfa.

Les Arméniens qui arriveront dans les lieux d’installation, seront établis dans des résidences que l’on construira dans les villages et les bourgades ou dans les lieux qu’indiquera l’administration locale où ils pourront construire de nouveaux villages. Il appartient aux administrateurs locaux de s’occuper de l’envoi et de l’établissement des Arméniens qui doivent être transférés. Il appartient également aux administrateurs en service, de protéger la personne et les biens des Arméniens, de les ravitailler et de veiller à leur repos tout le long de la route.

Les Arméniens que l’on transfère pourront transporter avec eux tous les biens qu’il seront en mesure de porter. Ce transport ne pourra s’effectuer naturellement que dans les lieux où les opérations de guerre le permettent. »

Ce même jour, une note chiffrée était envoyée au gouverneur de Mossoul et aux sous-préfets d’Urfa et de Zor. Il y était écrit :

« Les Arméniens des provinces de Van, de Bitlis et d’Erzurum qui seront transférés, seront installés dans la région d’Urfa, là où d’autres Arméniens ne sont pas déjà établis, dans les parties méridionales de la province de Mossoul et dans les lieux qui seront indiqués par l’administration locale.

Les Arméniens qui arriveront dans les régions d’établissement seront installés soit d’une façon dispersée dans des résidences qu’ils construiront dans les villages et bourgades existants, soit dans les lieux qu’indiquera l’administration locale, où ils pourront construire de nouveaux villages. Les villages et bourgades déjà existants dans lesquels habiteront les Arméniens et les nouveaux villages qu’ils construiront, devront être situés au moins à 25 km de distance de la ligne du chemin de fer de Bagdad et des autres chemins de fer.

Il sera du ressort des fonctionnaires en service de s’occuper de la sécurité des biens et des personnes des Arméniens, de leur ravitaillement et de leur repos tout au long du chemin. Les Arméniens transférés pourront prendre avec eux toutes leurs affaires ne nécessitant pas de moyens de transport. » " (p. 254-255)

"Le 5 juin 1915, une note chiffrée du ministère de l’Intérieur adressée à la sous-préfecture de Zor disait :

« Il n’y a aucun inconvénient à ce que les Arméniens loueurs de bêtes de somme fassent l’aller-retour entre Alep et Urfa. Mais il faudra cependant surveiller en permanence leur situation et leur comportement. » " (p. 256)

"Le 23 juin, note chiffrée envoyée au sous-préfet de Zor :

« Au moment de l’installation des Arméniens, il conviendra de veiller à ce que les habitants originaires d’une même sous-préfecture ou d’un même canton soient dispersés dans différentes régions. Dans les lieux d’émigration, il ne faudra donner aucune possibilité à la création d’écoles arméniennes , les enfants devront obligatoirement suivre leur enseignement dans les écoles de l’Etat. Les villages qui seront construits devront être situés à 5 heures de distance les uns des autres. Il faudra veiller à ce que ces villages ne soient pas situés sur des hauteurs propices à la défense et à la résistance. » " (p. 257)

"Une circulaire chiffrée du ministère de l’Intérieur du 12 juillet 1915 précisait que, dans la sous-préfecture de Zor, la population arménienne avait dépassé 10 % de l’ensemble et qu’il ne fallait plus envoyer d’Arméniens dans ce sandjak." (p. 258)

Şinasi Orel et Sürreya Yuca, Les "Télégrammes" de Talât Pacha. Fait historique ou fiction ?, chapitre III : "Les documents d’archives ottomanes", Paris, Triangle, 1986 :

"DOCUMENT AUTHENTIQUE NO LIII

Télégramme chiffré no 5524 du ministère de l’Intérieur aux préfectures d’Erzurum, Adana, Ankara , Alep, Hudavendigâr, Diyarbakır, Sivas, Trabzon , Kastamonu, Konya , Mamuretilaziz ; aux sandjaks d’Urfa, Izmit, Zor, Karesi, Kayseri, Kütahya , Maraş, Karahisar.

« Conformément aux ordres déjà donnés, communiquer le nombre de personnes punies jusqu’à présent parmi les gens qui ont attaqué les Arméniens.

23 août 1331 (5 septembre 1915)

Le Ministre de l’Intérieur. » "

Henry Morgenthau (ambassadeur américain à Istanbul), note dans son journal (publié sur le site de l’Institut Gomidas, dirigé par Ara Sarafian ), 26 septembre 1915 :

"Zenop Bezjian, vekil [représentant] des protestants arméniens, a appelé. [Archag] Schmavonian [interprète à l’ambassade américaine] l’a présenté. C’était son camarade de classe. Il m’a beaucoup parlé des conditions [de vie]. J’ai été surpris de l’entendre dire que les Arméniens de Zor étaient assez satisfaits, qu’ils se sont déjà mis à faire du commerce , et qu’ils gagnent leur vie. Ce sont les premiers qui ont été envoyés et ils semblent être arrivés là-bas sans avoir été massacrés. Il m’a donné la liste des différents camps et il pense que plus d’un demi-million ont été déplacés. Il était très attaché à ce qu’ils soient aidés avant l’hiver."

Source : https://web.archive.org/web/20061014163827/http://www.gomidas.org/gida/index_and_%20documents/MorgRecords_index_and_documents/docs/MorgenthauDiaries1915.pdf

Voir également : "Génocide arménien" : les télégrammes secrets (authentiques) de Talat Paşa (Talat Pacha)

Le contenu des "carnets" de Talat Paşa (Talat Pacha)

La déportation des Arméniens de 1915 : une réponse contre-insurrectionnelle

"Génocide arménien" : les élites arméniennes d’Istanbul (après la descente de police du 24 avril) et les Arméniens d’Anatolie exemptés de déportation

La Mésopotamie envisagée comme une région de réinstallation pour les populations (avant la Première Guerre mondiale)

L’intégration scolaire et militaire des déportés arméniens

Réparations : une question insoluble

L’évacuation meurtrière de 300.000 Arméniens d’Anatolie par l’armée russe et les nationalistes arméniens

Les témoignages américains sur la tragédie arménienne de 1915

Première Guerre mondiale : les efforts pour ravitailler et aider les déportés arméniens

"Les" Arabes ont-ils vraiment "sauvé" les Arméniens ? Les exactions des bandes tribales arabes contre les Arméniens durant la Première Guerre mondiale et peu après Première Guerre mondiale : les épidémies (meurtrières) et les famines (d’origine criminelle) dans les territoires ottomans

Famines du Liban et de la Syrie : le témoignage du grand-père maternel de Walid Joumblatt

Les témoignages arméniens sur le "génocidaire" Cemal Paşa (Djemal Pacha)

Bekir Sami Kunduh : entre racisme anti-arménien et pragmatisme

Süleyman Nazif et les Arméniens

https://armenologie.blogspot.com/20... La déportation des Arméniens : une mesure conjoncturelle et temporaire



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