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jeudi 6 octobre 2022

Gabriel Noradounghian : du "libéralisme" ottoman au nationalisme grand-arménien

Publié le | par SibiryaKurdu | Nombre de visite : 20 |

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René Pinon, L’Europe et la Jeune Turquie. Les aspects nouveaux de la question d’Orient, Paris, Perrin , 1911, p. 90-91 :

"Les Jeunes-Turcs permettront à notre sympathie de leur dire ces vérités et de leur signaler ces périls. Dans l’Empire ottoman, ce sont les capitaux européens, français, allemands et anglais en particulier, qui ont tout fait ; le pays ne peut pas vivre sans eux ; l’argent européen, les cerveaux européens sont mêlés à toute l’activité, à toute la vie turques. Les réformateurs ont l’intention de respecter tous ces intérêts ; ils l’ont dit, et le choix d’un ministre des Travaux publics comme Gabriel-effendi-Noradounghian [en 1908] en est la preuve ; ils annoncent qu’un conseiller français sera chargé de la réforme des finances, un anglais de celle de la marine, un allemand de celle de l’armée. Mais il suffirait de quelques mesures trop hâtives ou seulement de quelques paroles imprudentes pour alarmer l’Europe et amener des complications que peut-être certains Etats verraient sans déplaisir."

"La crise turque : Le cabinet Ahmed Mouktar définitivement constitué", Le Petit Parisien, 24 juillet 1912, p. 1 :

"Le cabinet Ghazi Ahmed Mouktar est définitivement constitué [après un coup de force contre le Comité Union et Progrès]. Bien que le nouveau grand-vizir eût reçu l’investiture dans la soirée de lundi, on se demandait néanmoins s’il ne se verrait pas obligé, comme Tewfik pacha, d’abandonner la mission qui lui avait été confiée. Il n’en fut rien heureusement ; mais, comme on le verra par ailleurs, il y a eu au dernier moment une modification et non des moindres dans l’attribution des portefeuilles. Kiamil pacha, qui devait prendre le ministère des Affaires étrangères, a décliné cette offre. Il a par contre demandé et obtenu la présidence du Conseil d’Etat. Cette place, surtout honorifique, lui permettra de suivre utilement la marche des événements et de s’imposer peut-être, le cas échéant, pour le grand-vizirat.

C’est à Gabriel effendi Noradounghian, l’ancien ministre des Travaux publics, qu’ont été données les Affaires étrangères. Auteur d’un « Recueil d’actes internationaux de l’empire ottoman », Noradounghian a été attaché de l’ambassade de Turquie à Paris pendant cinq ans, de 1870 à 1875 ; puis, après avoir été chargé de plusieurs missions diplomatiques, il prit part, en 1881, en qualité de premier secrétaire de la légation de Turquie à Cettigné, aux travaux de délimitation de frontière.

Conseiller légiste de la Sublime-Porte, il fut ensuite ministre des Travaux publics et du Commerce dans les cabinets Kiamil pacha et Hussein Hilmi pacha [en 1908-1909] ; l’inimitié du comité « Union et Progrès » l’obligea cependant à se retirer et à se contenter de remplir avec assiduité son mandat de sénateur. Tel qu’il est, le nouveau cabinet est composé des hommes d’Etat les plus qualifiés et les moins inféodés aux coteries politiques. Ce sera là ce qui fera peut-être sa force s’il sait se dégager de toute influence et ne s’occuper que des intérêts de l’empire.

Comme nous l’exposions récemment, rarement la Turquie traversa une phase plus critique : guerre à l’extérieur , division des partis à l’intérieur, troubles dans plusieurs provinces, insurrection particulièrement grave en Albanie, où les troupes marchent d’accord avec les rebelles, voilà les difficultés avec lesquelles elle est aux prises. Et la tâche du cabinet Ahmed Mouktar n’en apparaît que plus sévère, car son programme doit être de maintenir l’armée dans l’obéissance, de rétablir l’ordre dans l’empire, de faire cesser les querelles intestines, de réconcilier enfin, pour le plus grand bien de la patrie ottomane, les intérêts opposés, et d’arriver à conclure une paix honorable avec l’Italie.

Ce programme, nous espérons et nous souhaitons de tout cœur qu’il parvienne à le mener à bien."

Paul Erio, "A Constantinople on délibère toujours", Le Journal, 27 janvier 1913, p. 4 :

"Constantinople, 26 janvier. (Par dépêche de notre envoyé spécial.) — Depuis que les membres du nouveau gouvernement sont arrivés au pouvoir [après un coup d’Etat contre le gouvernement de l’Entente libérale], ils ont déployé, il faut le reconnaître, la plus louable activité. Leur tolérance, leur désir d’éviter que des luttes intestines viennent troubler encore davantage le pays et gêner par la suite les négociations en cours avec les Etats belligérants et les grandes puissances ont produit la plus heureuse impression. Pourtant, la tâche du gouvernement est extrêmement ardue. Mahmoud Chevket pacha , le grand vizir, évitera s’il le peut la reprise des hostilités, mais il ne consentira à signer qu’une paix honorable. Il ne faut pas oublier, en effet, qu’il n’a pris le pouvoir que pour empêcher l’abandon, par le cabinet Kiamil pacha, d’Andrinople , et des îles de la mer Egée. Au cours de la réunion d’hier le cabinet s’est occupé de la réponse à donner à la note des puissances, mais rien n’a transpiré des décisions prises. Le conseil s’est réuni de nouveau cet après-midi et délibère encore.

Le portefeuille des affaires étrangères été offert aujourd’hui pour la deuxième fois à Noradounghian effendi, qui a décliné de l’accepter. Devant son refus, Saïd Halim , secrétaire général du comité Union et Progrès et président du conseil d’Etat, a été désigné pour prendre ce portefeuille. Le décret a été soumis à la signature du sultan.

Constantinople est parfaitement calme. "

Georges Rémond , "Constantinople et la reprise de la guerre", L’Illustration, n° 3652, 22 février 1913, p. 154 :

"... On peut nettement démentir aujourd’hui les bruits, qui ont couru ici, après la révolution, de rixes, de batailles même entre officiers et soldats vieux et jeunes Turcs à Tchataldja : ils sont contredits de partout. Les divers articles parus à ce sujet dans plusieurs journaux sont puisés aux sources les plus douteuses. D’après les officiers du parti de Nazim [Paşa] , que je connais personnellement, et qui me l’ont assuré, toute l’agitation s’est bornée à des discussions de café. Et quant à la marche qu’on avait annoncée d’Ahmed Abouk sur Constantinople, c’était une pure légende forgée de toutes pièces.

Il faut le constater une fois de plus : l’âme musulmane n’a pas de réactions ; la victoire de l’adversaire lui paraît une sorte de fatalité divine devant laquelle il convient de s’incliner. Un Turc est infiniment lent à se ressaisir. Ou plutôt, il ne se ressaisit point, mais dit simplement : « Allons ! voilà que je me suis cassé le cou, voyons un peu si celui-ci réussira mieux. Il ne tardera guère, lui non plus, de se rompre les os à si dur jeu ; je reprendrai alors ma place. »

... J’ai rendu visite à Noradounghian effendi, le ministre d’hier, très étonnante tête au nez démesuré, aux yeux brillants de vieil oiseau qui se serait coiffé d’un fez ; il parle des événements avec une tranquillité, une objectivité étonnantes, sans amertume. Il nous reçoit familièrement entre sa femme, sa fille, qui, lorsqu’il était ministre et se trouvait absent, répondait à sa place aux journalistes. Il est tout petit, disparaît dans un grand fauteuil au milieu de son vaste salon meublé à la façon de celui d’un dentiste de première classe, et s’exprime avec une voix douce aux inflexions subtiles. « Oh ! nous dit-il, ce n’est pas un si grand changement ! Mon successeur sera tout d’abord obligé d’étudier le dossier des diverses communications faites aux alliés et aux puissances par la voie de nos représentants à Londres, et notre correspondance avec ceux-ci ; après quoi ses conclusions ne différeront pas très sensiblement de celles auxquelles nous étions arrivés. » Et cela est vrai, ou du moins possible, et en tout cas assez mélancolique. Les révolutions ne servent de rien ou presque : on supprime des individus, on ne change pas le cours des événements."

Anahide Ter Minassian, Histoires croisées : diaspora, Arménie, Transcaucasie, 1880-1990, Marseille, Parenthèses, 1997, p. 58-59 :

"La Délégation nationale [arménienne] était à Paris depuis 1912. Elle vit sa légitimité contestée par l’arrivée à Paris, en février 1919, après un voyage de deux mois, de la Délégation de la République arménienne présidée par Avétis Aharonian , un écrivain romantique et un militant dachnak qui n’a ni l’expérience, ni l’entregent de Boghos Noubar Pacha. Le conflit entre les deux délégations dont la première parle de plus en plus au nom des Arméniens libéraux de Turquie et dont la seconde est identifiée aux Arméniens de Russie et au Parti dachnak, était inévitable. Un accord permit toutefois la rédaction d’un mémorandum commun et, le 26 février 1919, Avétis Aharonian et Boghos Noubar Pacha furent autorisés à exposer devant le Conseil des Dix les revendications arméniennes. Celles-ci portaient sur un vaste territoire s’étendant d’Alexandrette à Trébizonde et à la République caucasienne, et sur l’attribution de moyens qui permettraient à l’Arménie d’accéder à une réelle indépendance. Cette « Arménie de de la mer à la mer » suscita les critiques du journal Le Temps qui titra ironiquement « L’Empire arménien », mais elle souleva l’enthousiasme du Congrès national arménien qui siégea à Paris du 24 février au 22 avril 1919. Parmi ses trente-neuf délégués, représentant les principales communautés arméniennes, on note la présence de personnalités religieuses (l’archevêque Yeghiché Dourian), de personnalités politiques (Gabriel Noradounguian et Krikor Sinapian ex-ministres de l’Empire ottoman) et d’hommes de lettres (Archag Tchobanian , Lévon Chant, Vahan Tékéyan)."

J. Sivadjian, Archag Tchobanian. Notice biographique et bibliographique rédigée d’après le texte arménien de K. Fenerdjian, Paris, O. Zeluk, 1938, p. 19-20 :

"Au cours de la guerre balkanique de 1913 fut formée la Délégation Nationale Arménienne, présidée par Boghos Nubar Pacha et au sein de laquelle on créa un comité de propagande, composé de P. MM Arakel Bey Nubar, H. Lacroix, P. Esmérian, Michael Varandian , Y. Tinghir, etc., et dont le secrétaire était Tchobanian.

En 1919 eut lieu à Paris le congrès des Arméniens de l’Occident. Tchobanian prit part à ce congrès, qui réorganisa la Délégation Arménienne sous la présidence de Boghos Nubar Pacha. Cette Délégation, dont Tchobanian était l’un des six membres, nomma, sous la présidence de celui-ci, une commission de propagande. L’année suivante eut lieu le deuxième congrès qui élut une Délégation composée de quatre membres. Cette Délégation invita Tchobanian à l’aider en qualité de conseiller et de directeur de propagande.

En 1921, le président de la troisième Délégation Nationale Arménienne, M. Noradounghian, s’assura également le concours de Tchobanian dans la section de propagande de ladite Délégation, et lorsque celle-ci prit l’initiative de la formation du Comité Central des réfugiés arméniens, Tchobanian en fit partie dès la première heure et depuis six-sept ans il est le président de ce Comité."

Sur les Arméniens durant les périodes hamidienne et jeune-turque : La place des Arméniens dans l’Etat hamidien

Les Arméniens et la police hamidienne

De l’espionnage hamidien au nationalisme grand-arménien : l’itinéraire de Krikor Sinapian

Abdülhamit II (Abdul-Hamid II), un sultan entouré d’Arméniens

Le règne du "sultan rouge" (sic) Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) : une "belle époque" pour les Arméniens ottomans hors d’Anatolie orientale

La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste

Le général Mahmut Şevket Paşa et les Arméniens

Le projet ottomaniste d’admission des Arméniens dans l’armée ottomane : des Tanzimat à la révolution jeune-turque

Bedros Haladjian, un cadre dirigeant du Comité Union et Progrès

Les relations entre les Jeunes-Turcs et l’Eglise apostolique arménienne

"Génocide arménien" : les élites arméniennes d’Istanbul (après la descente de police du 24 avril) et les Arméniens d’Anatolie exemptés de déportation

Les officiers arméniens de l’armée ottomane pendant la Première Guerre mondiale

https://armenologie.blogspot.com/20... La déportation des Arméniens : une mesure conjoncturelle et temporaire

Sur le prince Sabahattin et l’Entente libérale : Les divergences du Comité Union et Progrès d’Ahmet Rıza avec la FRA-Dachnak (et le prince Sabahattin) au sein de l’opposition anti-hamidienne : la question de l’intervention étrangère et du terrorisme nihiliste

Le vrai visage de l’"alternative libérale" au Comité Union et Progrès et au kémalisme

Contre-révolution de 1909 : le rôle des "libéraux" anti-unionistes dans les violences anti-arméniennes

Les "libéraux" anti-unionistes et les Arméniens : des rapports complexes et ambigus

Le sultan Mehmet VI et les Arméniens

Les "procès d’Istanbul" (1919-1920) : un point de vue hintchakiste

Sur la mouvance ramkavare : La cause arménienne (Hay Tahd), ou le combat racial des "Aryens" contre les "Touraniens"

L’influence du darwinisme social sur le nationalisme arménien

Antoine Meillet : socialisme, fantasmes indo-européens et arménophilie militante

Les relations des trois principaux partis nationalistes arméniens (Ramkavar, Hintchak, Dachnak) avec le totalitarisme soviétique

L’arménophilie de Camille Chautemps

Les relations entre Archag Tchobanian et le maréchal Pétain



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