Et si les Turcs se mettaient à jouer au rugby... - Turquie News
jeudi 18 août 2022

Et si les Turcs se mettaient à jouer au rugby...

Publié le | par Hakan | Nombre de visite : 1951 |
Et si les Turcs se mettaient à jouer au rugby...

« La richesse de la raison est le mystère de la folie
Le fou de la raison est l’homme de la sagesse
Qui obtient la connaissance du cœur dans le chemin de la douleur
Trouve en son propre être des milliers d’étrangers ».
Djalâl-Od-Dîn Rûmi, dit Mevlana
Where everything started…

La légende raconte que le rugby a débarqué - c’est le mot - en Turquie à l’hiver 1915 au côté des troupes alliées alors sous le commandement de Winston Churchill, et dont 250 000 ne reviendront pas, à l’endroit très exacte des plages de la péninsule de Gallipoli qui seront alors le théâtre du plus grand débarquement maritime de la première guerre mondiale.

e serait là, dans la crique, à l’abri des combats, que le rugby fut joué pour la première par les Anzacs et les troupes britanniques sur le sol turc. Plusieurs Wallabies seraient même morts pendant la fameuse bataille. Dans une lettre à Harold Austin, secrétaire de son club de rugby, l’officier et représentant de l’équipe nationale Tom Richards écrira plus tard à ce propos que le rugby joué à Gallipoli fût : « une pause splendide dans la routine fastidieuse de la vie militaire qui vous ternit l’esprit et vous rend dans un état de négligence générale ».

Et les vents de l’Histoire se levèrent…

Ce n’est cependant que 84 ans plus tard, en 1999, que l’on verra naître le premier véritable club de rugby dans la ville deux fois millénaire de Soliman le Magnifique. Il le faut dire que le football en Turquie peut-être comparé au rugby en Afrique du Sud, ainsi que le déclarait Serge Saulnier, lorsqu’il était directeur de la tournée du XV de France, à une religion. C’est même la première religion du pays, partagée par tous. « Avec ses temples, ses grands prêtres et ses fidèles ».

Ce qui n’a pourtant pas découragé deux français, Marc Mercier et Dennis Ponds de Vier et un britannique, Chris Skirrow, d’écrire une page de l’histoire de la Turquie en créant en 1999 le premier club de rugby de Turquie à Istanbul, l’Istanbul Ottomans R.F.C. En 2008, alors qu’ils sont la première équipe turque à participer au tournoi de rugby à 7 du Ameland Beach Rugby Festival en Hollande, l’équipe manque de très peu le podium pour se retrouver à la quatrième place.

Un sport de voyou joué par des gentlemen

Les Ottomans furent une source d’inspiration et très peu de temps après sont nés à Istanbul les taureaux du Kadiköy RC et les penseurs du Bakırköy RC, ainsi que les Cyprus Pumas de la partie nord de l’île de Chypres qui poussent la taquinerie jusqu’à venir de sortir leur calendrier de joueurs posant nus. L’année 2007-2008 fut quant à elle un millésime pour le rugby turc puisqu’elle fut celle de la première compétition nationale.

Ces 5 dernières années, le rugby turc s’est répandu comme une trainée de poudre en Turquie, surtout dans les universités. Il y a fleuri un peu partout d’est en ouest et du nord au sud : les requins de Samsun, première ville du pays sur la mer noire, le rugby club de çankaya à Ankara où se trouve la présidence du pays, le Club de Sport de Rugby d’Erzurum, et même la ville de Kuşadası, plus connue pour ses plages, ses hôtels à touristes et ses boîtes de nuits à son club, les Aigles. Jusque sur le réseau Facebook, le rugby turc a trouvé ses fans !

« La plus vieille et la plus fidèle amie de la France » La politique actuelle nous fait bien souvent oublier ses mots que Robespierre déclarait lorsque l’Empire Ottoman fut le seul pays d’Europe à acclamer la Révolution qui correspondait alors aux Réformes tant désirées par le Sultan Selim III. Et c’est peu dire si nos deux depuis Soliman le Magnifique nourrissent une vieille histoire d’amour des plus passionnées. C’est donc tout naturellement que cette histoire se retrouve au cœur même du rugby turc.

Aujourd’hui sponsorisé par Peugeot, inondé des fameux ballons Gilbert, c’est en effet, pour beaucoup grâce à des français expatriés (pas moins de 11 français jouent aujourd’hui dans l’équipe des Ottomans d’Istanbul) que se développe aujourd’hui le rugby turc. Bien sûr il y l’effort de 2 français pour avoir créé le premier club de Turquie, comme celui de Clément Beuselinck, aujourd’hui étudiant en journalisme à Bordeaux et qui a créé l’année dernière le club de l’Université du Moyen Orient à Ankara, mais il y a surtout… les écoles françaises : Saint-Benoît, ou Notre Dame de Sion à Istanbul ou Saint Joseph à Izmir ont toutes leur club aujourd’hui.
Et, symbole de cette idylle historique, à la dernière saison, le meilleur marqueur de Turquie s’appelait… Stéphane Vincent ! Un expatrié qui vie en Turquie depuis 10 ans et est mariée avec une turque.

Vers une nouvelle Eire…

Cette année, la ligue turque est composée des Istanbul Ottomans (dont l’un des joueurs, Kemal Ege Gürkhan, qui s’exprime dans un français parfait m’a rappelé de ne pas confondre : « Pas Ottomans de Galatasaray, Putain ! »), Bakırköy RC, Istanbul Lions, ÖDTÜ, Samsun et les Pumas de Chypres.

La Turquie a quant à elle une équipe nationale et on parle même – puisqu’en Turquie c’est la règle dans de nombreux sports – de créer une équipe féminine ! Quant aux grands clubs, ils jouent tous pour la plupart en rugby à XV et à VII.

En France, c’est à Pontarlier, que débute la carrière de celui qui sera peut-être l’un des premiers grands piliers du rugby turc. A seulement 18 ans, l’un des joueurs de Pontarlier, surnommé « le Turc » pour ses origines, est déjà poussé par ses équipiers qui souhaitent qu’il joue un jour dans la sélection turque. A presque 21 ans pour 1,81 mètre et 108 kilogs, Gökhan CEYLAN, c’est son nom, a pour le coup un vrai nom turc qui peut faire peur. Gökhan signifiant littéralement « l’Empereur du ciel », et fait référence aux descendants de Cengiz Khan qui a régné sur toute l’Asie Centrale et était appelé « le Han des Hans, l’Empereur des empereur ». Et Ceylan, la gazelle… Rapide et fort donc, tel que le fût l’Empereur des mongols il y a presque 1000 ans de cela. Autant dire foudroyant ! Chabal n’a qu’à bien se tenir…

Mon vieil ami Jérôme Le Cam, breton de son état et professeur de sport en collègue, me confiait un jour que s’il ne devait plus enseigner qu’une seule discipline à ses « gamins », se serait sans réfléchir le rugby, pour tout ce que ce sport transmet de valeurs de partage, de respect mutuel, d’abnégation et de solidarité… Il est bien regrettable qu’il ne soit jamais venu à l’esprit de nos dirigeants d’aller faire un tour sur les terrains de rugby du Bosphore ! Parce que comme dirait Gökhan en parlant du rugby : « Hé ! Mec ! Quand tu gouttes à ça, impossible de le laisser tomber ! »

(Source Agoravox)



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