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Entretien avec l’Ambassadeur de Turquie en France, M. Ismail Hakki Musa

Ecrit par Engin, 2020-06-30 23:26:07


Turquie-news.com met en ligne un reportage de Leyla Sarabi, journaliste azerbaïdjanaise, avec l’ambassadeur de la Turquie à Paris Ismail Hakki Musa

Entretien avec l’Ambassadeur de Turquie en France, M. Ismail Hakki Musa

L. Sarabi ; Monsieur l’Ambassadeur, vous avez commencé votre carrière d’ambassadeur en Belgique, n’est-ce pas ?

I.H Musa : Oui, j’ai été nommé en octobre 2011 l’ambassadeur plénipotentiaire et extraordinaire de Turquie en Belgique. Un ans plus tard, j’ai été rappelé à Ankara par l’Etat. Ayant poursuivi ma carrière dans différents postes, j’ai été nommé en 2016 ambassadeur en France.

L. Sarabi. En général, l’anglais est la première langue étrangère des diplomates...

I.H. Musa : Vous avez raison. On nous enseignait le français au lycée. J’ai fait mes études supérieures à Strasbourg et à Nantes. C’est pourquoi, le français est ma première langue étrangère.

L. Sarabi. Une question délicate : quelles sont les différences dans l’approche envers la France de l’étudiant Ismail et celles du diplomate Ismail Hakki Musa ?

I.H. Musa : Dans les deux cas, on se trouve à l’étranger. Il y a des problèmes financiers et moraux. Vous avez des pensés pour votre pays d’enfance. En tant qu’un étudiant, on a plus de temps pour les loisirs. On a suffisamment de temps pour voyager, connaître le pays et s’intégrer à une nouvelle culture. L’ambassadeur a plus de taches et responsabilités. Au moins 750 000 turcs sont domiciliés en France. Il faut être proche avec eux, sans exception. Il est nécessaire de suivre de près leurs problèmes, succès et difficultés. Il faut mobiliser les moyens diplomatiques pour une garder des relations correctes.

L. Sarabi. M. Ismail, pourriez-vous commenter la situation en France et leur approche à la pandémie ?

I.H. Musa ; La France figure parmi les pays les plus endeuillés par la pandémie de Covid-19. Le confinement a été appliqué à partir de 17 mars 2020. Il n’y avait aucun Etat prêt à la pandémie. Le tourisme a une place particulière dans l’économie française. Au moins 60 millions de touristes fréquentent la France chaque année. Le chiffre d’affaire annuel du secteur de tourisme est estimé 160 milliards d’Euros. Y ajouter 140 milliards d’Euros provenant de la vente de la parfumerie et des produits de luxe. La France est un Etat social. Afin de prévenir les dégâts du chômage, le gouvernement a débloqué 100 milliard d’Euros. Les travailleurs en chômage partiel touchaient leurs salaires. Mais une telle situation ne peut pas continuer. L’économie nationale est en train d’être paralysé. C’est pourquoi, le processus de normalisation a commencé à partir du 11 mai.

L. Sarabi. Quels sont les problèmes des citoyens d’origine turcs dans ces journées difficiles ?

I.H Musa ; Bien sûr, les citoyens d’origine turque résidant en France ont ressenti les difficultés durant la pandémie. Plusieurs Turcs contaminés par le coronavirus ont succombé au virus. Sur la demande des familles, les dépouilles ont été envoyées en Turquie par les avions ambulances (pour y être enterré). Dès que les demandes sont en croissance, il devient difficile de les satisfaire par raison de financement.

L. Sarabi. On prétend l’incinération des dépouilles sans autorisation préalable des familles !

I.H. Musa ; Non, jamais. Les rites funéraires se déroulent par conformité de l’opinion religieuse. Il y a certains qui demandent l’incinération après le décès. Comme c’est un coronavirus nouveau, nous préparons des cercueils spéciaux. Tous les morts contaminés du Covid-19 sont inhumés dans ces cercueils.

L. Sarabi. M.Ismail, il est difficile d’être un diplomate turc en France pro-arménienne...

I.H. Musa ; Comme vous le savez, la question du soi-disant génocide a été surexploitée par les arméniens en France. Cela est fait par le moyen des démarches politiques assez banales qui provoquent parfois des désarrois pour eux-mêmes. Les lois adoptées en 2002 et 2017 exigent une sensibilité spéciale au sujet du soi-disant génocide arménien. Il n’y a toujours pas de loi forçant la reconnaissance de cet événement. Les arméniens profitent de l’ambiance naturelle en France. A l’époque premier ministre, Monsieur Recep Tayyip Erdogan (Président turc en exercice – NDLR) avait proposé en 2005 aux arméniens de laisser cette question à la compétence des historiens. Je ne sais pas pourquoi, mais les arméniens rejettent toujours cette proposition. Alors, pourquoi avoir peur si la version arménienne est officiellement adoptée ? il y a eu une tragédie, laquelle les arméniens n’étaient pas seules victimes. De quelle manière la prétention des arméniens est-elle équitable ?

L. Sarabi. Monsieur l’ambassadeur, l’instauration des liens avec des politiques étrangers est une part intégrale de votre mission. Les arméniens mettent-ils des obstacles face à vous ?

I.H. Musa ; Oui, vous avez raison. Mais nous n’avons aucune communication diplomatique avec les arméniens. Simplement, je voudrais rappeler un événement. Nous organisons chaque 29 octobre une compétition dans l’ambassade consacrée à la Fête de la République de Turquie. Les diplomates, parlementaires, politiques sont invités pour l’élargissement des liens mutuels. Un parlementaire français d’origine arménienne (je ne voudrais par citer le nom) était également invité à la cérémonie organisée en 2018. Nous avons partagé les photos sur les réseaux sociaux. Sans tarder, la communauté arménienne a fait beaucoup de bruit pour rien. Ils ont saccagé le parlementaire et insisté à sa démission. Pourquoi ? Pour une simple participation à une fête turque. Le député en question est fondateur du Dialogue d’amitié franco-arménienne. Il a été accusé de haute trahison. Les arméniens sont en désaccords avec nous. Pour les aider à survenir ces désaccords, ils doivent se confier comme les turcs et azerbaïdjanais l’ont fait. Nous les invitons au dialogue, mais persistent à forcer leur point de vue. Cela devient alors un monologue. Il y a des arméniens qui pensent d’une manière adéquate, mais ils sont toujours sous la pression du groupuscule rejetant le dialogue.

L. Sarabi. M. Ismail, de par votre conduite, vous avez prouvé être un ami des azerbaïdjanais. Vous participez dans toutes nos commémorations et fêtes. Nous vous remercions pour la fraternité et la sincérité.

I.H. Musa ; Je vous en prie. Quant aux relations entre la Turquie et l’Azerbaïdjan, je ne me permettrais pas de m’interposer dans les affaires de mon chère ami Erkan Özoral, ambassadeur de Turquie en Azerbaïdjan. Mais je dois rajouter une chose : nous sommes ensemble pour toujours. Je rencontre régulièrement mon cher frère Rahman Mustafayev (ambassadeur d’Azerbaïdjan en France – NDLR). Nous faisons des échanges d’opinion. L’amitié et la sincérité entre les présidents de nos pays est un bon exemple. Il y a un devoir de fraternité. Comme le dit dans une expression turque – revient chez moi malgré tout. Quoi qu’il en soit, je suis toujours aux cotés de mes frères azerbaïdjanais durant la journée de la commémoration du génocide de Khodjaly (perpétré le 26 février 1992 – NDLR). C’est notre devoir moral de partager les douleurs de nos frères et soeurs azerbaïdjanais.

L. Sarabi. Une dernière question, monsieur l’Ambassadeur... J’ai beaucoup d’amis turcs en France. La plupart travaille dans différents secteurs à fort potentiel. Mais une question me turlupine l’esprit. Le secteur alimentaire turc est omniprésent en France alors que les écoles et centres culturels ne sont pas nombreux.

I.H. Musa ; Vous avez tout à fait raison. Les citoyens originaires de Turquie en France ont suffisamment avancé dans le secteur alimentaire et de construction. C’est une bonne chose, d’une part. On fait connaitre la cuisine turque et il est possible d’autre part de passer le temps avec des amis, quand on s’ennuie. Le système scolaire en France est divisé entre établissements publics et privés. Il y a quelques lycées turques privés à Paris. L’école Yunus Emre est établie à Strasbourg. Mais une école publique turque manque. Nous avons déjà fait une demande sur ce sujet. Nous voudrions installer ici l’équivalent des écoles françaises fonctionnant en Turquie. Nous espérons une réponse favorable. Mais la situation en Allemagne est plus satisfaisante. Parce que les Turcs se sont logés là-bas plus tôt qu’en France. Mais dans l’Hexagone, nous faisons déjà des progrès. Les médias turcs élargissent leur présence, avec la série télé et la musique. Nous faisons à notre tour des efforts nécessaires pour l’élargissement des liens culturels entre la France et la Turquie.

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