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À Munich, un procès exemplaire pour crimes contre l’humanité contre la minorité yézidie

mardi 26 octobre 2021 | par Engin



À Munich, un procès exemplaire pour crimes contre l'humanité contre la minorité yézidie

À Munich, un procès exemplaire pour crimes contre l’humanité contre la minorité yézidie

Avec RFI

Une Allemande, membre du groupe jihadiste EI a été condamnée à dix ans de réclusion par un tribunal de Munich pour crime de guerre, le 25 octobre 2021.

Plus de 5 000 hommes de tous âges assassinés, plus de 7 000 femmes et enfants enlevés et réduits à l’esclavage : la minorité kurdophone du nord de l’Irak, les Yézidis, a été victime de persécutions massives par les jihadistes de l’organisation État islamique. En 2014, une jeune Allemande rejoint les rangs de l’EI. Elle a été condamnée le 25 octobre 2021 à Munich pour « crimes contre l’humanité ayant entrainé la mort » au terme d’un des premiers procès de ce type.

Jennifer Wenisch, qui est aujourd’hui âgée de 30 ans, avait décidé en 2014 de rejoindre en Irak ceux qu’elle appelle « ses frères » après une conversion à l’islam.

Elle fait partie d’une sorte de police des mœurs et vérifie, armée d’une kalachnikov et d’une veste remplie d’explosifs, que les femmes respectent les nouvelles règles en vigueur, le tout pour quelques dizaines de dollars par mois.

Au printemps 2015, elle épouse un Irakien contre lequel une autre procédure se déroule devant un tribunal de Francfort.
Jennifer Wenisch ne s’intéresse pas aux tâches ménagères.
Son époux lui achète alors deux esclaves, une mère et sa fille de cinq ans, toutes deux issues de la minorité yézidie. Elles sont régulièrement maltraitées. Un jour, le mari attache la petite qui malade, a uriné sur un matelas à une fenêtre en plein soleil.
La fillette meurt de soif.
Sa mère qu’elle implore ne peut rien faire. Jennifer Wenisch n’intervient pas. Elle déclare durant le procès que son mari aurait pu « la pousser ou l’enfermer ».

Une arrestation à Ankara par les services turcs

Jennifer Wenisch a été arrêté en Turquie début 2016 puis extradée vers l’Allemagne. Mais elle n’est arrêtée que deux ans plus tard alors qu’elle tente de rejoindre l’organisation État islamique en Syrie. Un chauffeur en qui elle fait confiance travaille en fait pour le FBI. Elle lui raconte ce qui est arrivé à la fillette yézidie. Des micros sont dans la voiture. Elle est arrêtée avant même son départ de l’Allemagne. Le tribunal de Munich utilise les enregistrements comme pièce à conviction. Ils permettent l’ouverture du procès qui aura duré au total deux ans et demi.

La mère de la fillette morte de soif est aujourd’hui réfugiée en Allemagne. Elle vit sous la protection de la police et a témoigné à plusieurs reprises. Elle a notamment été défendue par Amal Clooney, la femme de l’acteur George Clooney.

Un procès pour crime de guerre contre les Yézidis

Le procès s’est terminé lundi 25 octobre. C’est l’un des premiers procès contre les crimes commis contre la minorité yézidie. Il est exemplaire à plusieurs titres. Tout d’abord, parce qu’il a pu avoir lieu malgré les difficultés. Mais aussi parce qu’ il ne s’agit pas d’un tribunal pénal international devant lequel les responsables de l’organisation État islamique répondraient de leur acte. Si ce procès prouve que ce génocide avec une peine pour crimes contre l’humanité ne reste pas impuni, il ne s’agit qu’un des cas parmi des milliers d’autres. Celui d’une mère brisée, analphabète qui a perdu son mari, son fils aîné, ses parents et une fille de cinq ans. Seul son plus jeune fils la rattache à la vie.

Au tribunal de Munich, elle a vu une accusée indifférente, mais aura la satisfaction de la voir condamner à dix ans de réclusion. Une Germano-Tunisienne avait été condamnée il y a un an. Deux autres Allemandes sont soupçonnées de crimes contre l’humanité à l’encontre de la minorité yézédie.

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