« Le droit de pratiquer sa religion ne doit pas entrer en contradiction avec (...) - Turquie News
lundi 23 mai 2022

« Le droit de pratiquer sa religion ne doit pas entrer en contradiction avec le droit général »

Publié le |

« Le droit de pratiquer sa religion ne doit pas entrer en contradiction avec le droit général »

Jean-Marie Heydt, président de la Conférence des organisations internationales non gouvernementales du Conseil de l’Europe, s’est exprimé sur le communautarisme et l’islamophobie en Europe, à l’occasion de son intervention au colloque intitulé « Immigration, Islam et multiculturalisme en Europe » des 11-12 avril 2013, organisé par le Centre de recherche sur l’immigration et la politique de l’université de Hacettepe, à Ankara.

Sur les questions de société, Jean-Marie Heydt affirme défendre le principe du contradictoire, afin qu’il n’y ait pas d’argument unique, mais « un débat pour qu’on puisse suivre un cheminement, et peut-être se retrouver sur un même point ». « Il est normal de ne pas partir d’un point de vue identique, dès lors que nous n’avons pas la même histoire, la même culture », dit-il.

A la question de savoir si l’on peut à la fois prévenir le communautarisme, assurer l’intégration et empêcher que l’islamophobie se propage et prenne une ampleur incontournable, M. Heydt répond en recadrant le contexte :

« Malheureusement l’islamophobie se propage. Et elle est le résultat de différents facteurs. La situation d’insécurité dans laquelle les gens ont l’impression d’être, a fortement développé la peur de l’autre », dit-il avant de préciser : « L’autre n’est pas défini en tant que tel, il est défini dans un second temps. L’autre est celui qui est dans un environnement différent et qui peut nous déstabiliser ».

« Cette attitude va développer un rejet de l’autre. Et si l’autre est d’une religion différente de la sienne, par exemple l’islam, alors on va très vite voir se développer l’islamophobie, qui est soutenue par un certain nombre de personnages conservateurs », ajoute-t-il.

Le populisme fait que l’islamophobie est d’un intérêt électoral et pas du tout dans l’intérêt de la société, fait remarquer M. Heydt. La question de l’islamophobie est un vaste sujet renforcé par la question de la communauté, poursuit-il.

« La communauté est quelque chose de formidable pour l’individu qui peut se développer dans une sphère qui lui est propre, qui le soutien et qui l’aide. Mais en même temps, la communauté à ce travers, cet inconvénient d’enfermer la personne, et de le présenter comme ‘autre’. Le phénomène de peur va alors se développer, et créer un trouble qui n’est pas propice à un vivre-ensemble », dit-il.

Alors qu’il affirme que l’enjeu majeur est de faire cohabiter des droits, des libertés et des devoirs M. Heydt souligne le paradoxe créé par le droit de croire et pratiquer une religion, qui est un principe général, un droit universel, et les droits spécifiques exigés en application de ce droit universel, qui eux renforcent le communautarisme. « Le droit de pratiquer sa religion ne doit pas entrer en contradiction avec le droit général », selon M. Heydt.

Le problème de l’islam est incontestablement attisé par les médias, indique-t-il. « Un certain nombre de médias joue le rôle de porte-voix des conservateurs et populismes car cela se vend bien, mais quelles en sont les conséquences ? », s’interrogent M. Heydt. « Les médias ont un devoir de responsabilité à veiller sur la façon dont ils diffusent les informations ».

La question de l’interculturel et l’interreligieux fait l’objet de travaux au sein du Conseil de l’Europe. Mais pour M. Heydt, le problème, « c’est que ces travaux ne sont pas assez connus, ni assez mis en relief, c’est-à-dire que les Etats les transfèrent dans leur capitale, mais qu’est-ce qu’en font les capitales ? Les médias malheureusement ne sont pas assez présents dans ces travaux. Or, ils pourraient être véritablement porteurs d’orientation et d’élément d’avenir pour la société toute entière ».

Après avoir condamné les crimes néonazis ayant visé notamment les citoyens d’origine turque, M. Heydt faire remarquer que ces crimes renforcent le communautarisme et le repli sur soi. « La communauté elle-même commence à avoir peur de l’autre […] et c’est une catastrophe pour le vivre-ensemble ». Il préconise le développement de sanctions particulières pour les meurtres liés à la religion, l’ethnie, car ce n’est plus seulement le meurtre d’un simple individu, mais sa connotation dépasse le meurtre de l’individu, et concerne toute une communauté entière ».


Nombre de visite 277

À lire aussi